La Commission ferme les yeux face aux violences envers les manifestants en France

Karmenu Vella au Parlement européen le 11 février. [Parlement européen]

De nombreux eurodéputés ont dénoncé lundi au Parlement européen le nombre et la gravité des blessés lors des manifestations des Gilets jaunes en France. Le commissaire à la pêche dépêché pour l’occasion n’a pas répondu aux interpellations.

Alors qu’un projet de loi limitant la liberté de manifester est en discussion en France, le Parlement européen a débattu, lundi 11 février, du droit à manifester pacifiquement, à la demande de la GUE.

Le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, par ailleurs candidat à la présidence de la Commission pour le camp socialiste, a prudemment évité le sujet, quittant l’hémicycle juste avant le début du débat.

C’est donc le commissaire à la pêche, Karmenu Vella, qui a représenté l’exécutif européen, en assurant que la Commission européenne « surveillait de près toutes les évolutions règlementaires qui pourraient affecter » le droit de manifester .

La Charte des droits fondamentaux, signée par les États membres, prévoit en son article 12 la liberté de rassemblement et d’association.

Les nombreuses manifestations des Gilets jaunes, dont certaines ont dégénéré en violences, ont incité le gouvernement français à proposer un texte de loi dit « loi anti-casseurs », qui suscite un violent débat en France. Les opposants dénoncent une loi liberticide, qui donne à l’exécutif le droit d’interdire des manifestations, alors que jusqu’à maintenant seul le pouvoir judiciaire avait le pouvoir de le faire.

Mais l’opposition dénonce surtout l’utilisation de la violence disproportionnée par les forces de l’ordre. Depuis cet automne, on compte des centaines de blessés dans les rangs des manifestants, dont près de 200 touchés à la tête. Plusieurs manifestants ont perdu un oeil ou une main en raison des tirs de lanceurs de balles de défense, ou LBD, des balles soi-disant défensives.

Les députés français de tout bord, qu’ils soient socialistes, extrême-gauche ou extrême-droite ont dénoncé le recours à la force excessive des forces de l’ordre françaises, à l’exception du PPE qui s’est contenté de moquer le chef de l’État, Emmanuel Macron, l’appelant « Jupiter revenu sur terre ».

« La liberté de manifester est un droit garanti par notre démocratie mais elle présuppose le respect. Respect de l’autorité de l’État et respect de la République », a avancé Renaud Muselier. Le chef de la délégation PPE au Parlement européen s’est félicité d’avoir réuni 1,5 million d’euros lors d’une cagnotte pour les forces de l’ordre.

Discrétion extrême de la Commission européenne sur le sujet

Plusieurs eurodéputés, dont Yannick Jadot et l’élu polonais Marek Jurek, de l’ECR, ont de leur côté accusé la Commission européenne d’avoir une attitude différente envers la violence contre les manifestants lorsqu’elle se manifeste dans des pays comme la Pologne ou la Hongrie, et la France.

« Les autorités de l’UE considèrent que l’utilisation de la force par des gouvernements libéraux est justifiée, alors que lorsque ce sont des gouvernements conservateurs, c’est deux poids deux mesures. Cette façon de considérer l’usage de la force ne convient pas », a assuré Marek Jurek.

« Il n’y a qu’en France, en Pologne et en Grèce qu’il y a un usage sans limite de ces armes » a  aussi déploré Yannick Jadot, candidat tête de liste pour les Verts en France, assurant que la Commission réagirait si ce type de violences avait été constaté en Pologne ou en Hongrie.

« En Grèce il y a eu des recours à la violence totalement injustifiés », a renchéri l’élu grec Georgios Epitideios en faisant référence à la répression des manifestations contre l’austérité, ou contre le changement de nom de la Macédoine du Nord.

Face à quoi le commissaire à la pêche s’est fendu d’une réponse pour le moins concise, en se bornant à lire un court texte.

« L’UE à travers son agence des droits fondamentaux et les formations aux forces de l’ordre s’assure que les droits des citoyens sont respectés » a-t-il lu, sans répondre aux questions des eurodéputés, notamment celle de Christine Revault d’Allones, eurodéputée socialiste, qui demandait à la Commission un bilan du projet Godiac.

Coordonné par la Suède, le projet en question, « Good practice for dialogue and communication as strategic principles for policing political manifestations in Europe », vise à déterminer les pratiques les plus efficaces et les moins violentes pour le maintien de l’ordre lors des manifestations.

Les gilets jaunes provoquent une crise diplomatique entre la France et l'Italie

Une rencontre entre les gilets jaunes et le ministre du travail italien, Luigi Di Maio, a mis le feu aux poudres entre Paris et Rome, dont les relations se sont dégradés ces derniers mois

Subscribe to our newsletters

Subscribe