La Commission se dote d’une nouvelle DG Défense et Espace

epa06003166 Visiting French Minister of the Armed Services Sylvie Goulard (L) is welcomed with military honors by German Minister of Defense Ursula von der Leyen (R) in the German Ministry of Defence, in Berlin, Germany, 01 June 2017. French Minister Sylvie Goulard is on her inaugural visit to Germany. EPA/CARSTEN KOALL

La création d’une nouvelle direction générale chargée de l’industrie de la défense et de l’espace au sein de la nouvelle Commission européenne est un acte éminemment politique.

Certains pourraient n’y voir qu’un épiphénomène bureaucratique sans conséquence. D’autres une mesure de communication, symbolique sans lendemain, ou gloser sur le ‘tropisme’ défense d’Ursula von der Leyen, la présidente désignée de la Commission européenne. Ce serait une erreur d’interprétation.

Cette création ex nihilo est plutôt rare. Au sein de l’exécutif européen, il y a bien eu  quelques scissions ou regroupements au sein des directions générales (DG), mais n’ayant qu’une visée administrative  doublée une symbolique politique. Il s’agissait de compétences qui figuraient déjà dans le chef de la Commission européenne, voire dans le titre de la direction.

Signe d’une transformation institutionnelle

On a assisté aussi à quelques évolutions plus profondes, voulues d’un point de vue institutionnel. La dernière création similaire est la transformation de l’ancienne task force ‘Justice Affaires Intérieures’, existant au sein du secrétariat général, en une véritable direction générale à part entière, sous la Commission Prodi.

Un acte qui suivait la ‘communautarisation’ de ces questions introduites par le traité d’Amsterdam et le Conseil européen de Tampere. Plus récemment, en 2011, on a assisté à la disparition de la DG Relex (chargée des relations extérieures) de la Commission européenne vers le tout nouveau Service européen pour l’action extérieure (SEAE). Un changement découlant la aussi du Traité de Lisbonne.

Une révolution culturelle

La création de la nouvelle DG consacrée à l’industrie de la Défense et l’Espace se situe dans la même veine institutionnelle, même si elle n’a pas été précédée d’un acte de Traité.

Elle reflète l’acquisition d’une nouvelle compétence par la Commission européenne. Il n’est donc pas étonnant que la future présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen l’ait mentionnée expressément lors de la présentation à la presse de son équipe de commissaires début septembre.

Une logique politique

Cette création n’est cependant pas une réelle surprise, puisque ces deux ou trois dernières années, en particulier, les questions de défense ont émergé comme une des priorités principales de l’Union européenne.

Sous l’impulsion d’un quintet Juncker-Mogherini-Barnier- Bienkowska-Katainen, les initiatives ont foisonné. La mise en place de la coopération structurée permanente entre 25 des 27 États membres concernés, les financements dégagés pour la mobilité militaire (6 milliards d’euro sur sept ans), pour la recherche en matière de défense puis pour le futur fonds européen de défense (13 milliards d’euros sur sept ans), pour l’espace (Galileo et Copernicus) ne sont pas des faits anodins.

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Cette évolution politique s’est finalement traduit par une transformation administrative. C’est un signe désormais que tout ce qui est ‘défense et espace’ n’est pas tout à fait étranger ni à la construction communautaire ni aux compétences de la Commission européenne.

L’acte n’est pas tout à fait spontané. Le dossier a été bien préparé en amont, discrètement, par l’équipe du secrétariat général, sous l’impulsion de Martin Selmayr, et surtout par la commissaire actuelle en charge de l’Industrie, Elżbieta Bieńkowska. « Depuis deux ans, nous nous sommes préparés à la scission de cette direction générale. J’étais sûr que cela arriverait » a indiqué l’intéressée devant le Parlement européen.

Maintenant, un véritable challenge attend la Commission européenne. Il va falloir recruter et se préparer à une révolution culturelle. La nouvelle DG aura besoin « d’acquérir des compétences et du savoir faire. […] La culture de la défense doit être cultivée au sein de la Commission ». On ne peut pas mieux dire.

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