La forte mobilisation contre la réforme des retraites met le gouvernement à l’épreuve

Manifestation en Haute-Garonne. Photo FO

De nombreuses professions ont rejoint l’appel à la grève de la RATP jeudi 5 décembre, et le mouvement a été reconduit pour vendredi. La grève va tester la capacité d’Emmanuel Macron à réformer la France.

Prévue depuis trois mois, la grève démarrée jeudi en France a rassemblé autour de 800.000 manifestants dont de nombreux fonctionnaires, mais aussi des avocats, des pompiers, des médecins et des étudiants, des Gilets jaunes et des casseurs. La mobilisation est nettement plus importante que les précédentes, et la grève a été reconduite pour vendredi dans une majorité de cas, dont la RATP et la SNCF.

44% de salariés étaient en grève chez EDF, 80 % à la RATP, 55 % à la SNCF ; un instituteur et professeur sur deux n’a pas assuré les cours à l’Education nationale. Une partie des avions a aussi du rester cloué au sol, faute de contrôleurs aériens.

«Cela durera le temps qu’il faudra, il y aura un gagnant et un perdant» a assuré le représentant CGT des cheminots de la Gare de Lyon pour la SNCF, à LCI.

Les grévistes protestaient contre la réforme de leur régime de retraite prévue par le gouvernement, qui souhaite unifier le système et modérer les régimes spéciaux, au nombre de 42, qui selon lui alourdissent le montant total des retraites.

Si la grève est parvenue à paralyser une partie du pays, notamment la région parisienne en raison de l’absence quasi totale de transport et la fermeture de nombreux établissements de l’éducation nationale, les manifestations organisées un peu partout ont aussi rassemblé des centaines de milliers de manifestants.

En province, plus de 700.000 personnes se seraient déplacées selon l’Intérieur. A Paris, où le rassemblement a été perturbé par des casseurs, le cortège de près de 250.000 manifestants selon le syndicat CGT, mais 65.000 seulement selon le ministre de l’Intérieur, a néanmoins pu effectuer son parcours. Au total, l’estimation de la CGT atteint 1,4 million de personnes.

« La France a le meilleur système des retraites, je ne vois pas pourquoi on le changerait » assurait un manifestant CGT, jeudi à Paris, où un cortège de 250.000 personnes a bravé le froid, le brouillard, la grève du métro mais aussi quelques gaz lacrymogènes pour se rassembler vers République.

Face à cette situation, le gouvernement a tenté de jouer l’apaisement.

« Nous respectons la mobilisation des Français », a assuré la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye à l’issue du conseil des ministres. « Nous entendons aussi le fait qu’il y a des choses qui leur semblent aujourd’hui flou » dans la réforme, a-t-elle reconnu.

Une réforme peu lisible

Lors d’une visite au siège de la RATP, la secrétaire d’Etat en charge des transports, Elisabeth Borne, a assuré qu »un espace pour discuter des modalités de mise en oeuvre » de la réforme des retraites existait.

Si le régime actuel des retraites en France est déjà complexe en raison du nombre impressionnant de cas de figures, sa réforme l’est encore plus. Le gouvernement prévoit en effet un changement de méthodologie draconien, avec l’introduction d’un mode de calcul par points, et non plus par nombre de trimestres travaillés. Selon les Echos, une établissement public de gestion des retraites pourrait être crée, ce qui permettrait d’identifier le montant que l’Etat doit chaque année abonder pour combler un déficit récurrent : les cotisants actuels sont insuffisamment nombreux pour payer la retraite de leurs ainés, ce qui oblige l’Etat à compenser tous les ans de plusieurs milliards d’euros. Mais le régime devrait revenir à l’équilibre d’ici quelques années.

Le gouvernement peine à convaincre les syndicats sur le fait que sa réforme vise à réduire les inégalités ; car si les inégalités existent, et sont particulièrement importantes entre salariés du privé et du public, ou entre hommes et femmes, la réforme ne bénéficiera pas à grand monde si ce n’est au budget de l’Etat. Les écarts sont en effet dus aux écarts de salaires, sur lequel le gouvernement n’a pas grand pouvoir, plus qu’au mode de calcul des retraites.

Une séquence test pour Emmanuel Macron

Déjà fragilisé au niveau international, où le chef d’Etat a suscité l’ire de ses pairs en critiquant l’OTAN, Emmanuel Macron fait face à un épisode clé de son quinquennat. Après avoir abandonné des milliards, l’année dernière, pour calmer la révolte des Gilets jaunes, il doit aujourd’hui montrer qu’il est capable de réformer la France, même symboliquement.  Les conséquences de la réforme envisagée aujourd’hui n’auront en effet pas d’effets sur le budget avant 2025. Et sur le fond, les économistes s’interrogent sur la logique de la réforme : à cette échéance, c’est plus la capacité du pays à améliorer la productivité de ses travailleurs, plutôt que la durée du temps de travail, qui fera la différence sur l’état des comptes de la nation.

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