La France dénonce le manque de sérieux de Boris Johnson dans l’affaire des migrants de la Manche

Des policiers inspectent la plage près de Wimereux, en France, le 25 novembre 2021. Au moins 27 migrants sont morts et deux autres ont été transportés à l’hôpital après le naufrage, le 24 novembre, du bateau dans lequel ils tentaient de traverser le canal de la Manche vers la Grande-Bretagne. EPA-EFE/MOHAMMED BADRA [EPA-EFE/MOHAMMED BADRA]

Le conflit entre le Royaume-Uni et la France au sujet des bateaux transportant des migrants dans la Manche s’est intensifié vendredi 26 novembre après que la France a retiré l’invitation faite à la ministre de l’Intérieur britannique Priti Patel de participer à un sommet à Calais pour discuter de la manière de répondre à la crise migratoire dans la Manche.

La Belgique, la France, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Commission européenne participeront à la réunion de dimanche.

En début de semaine, 27 personnes se sont noyées après le chavirement du bateau dans lequel elles tentaient de traverser la Manche pour rejoindre l’Angleterre.

Dans une lettre adressée jeudi au président français Emmanuel Macron, ensuite partagée sur Twitter, le Premier ministre britannique Boris Johnson a formulé cinq propositions, notamment des patrouilles conjointes, une meilleure utilisation des technologies telles que les capteurs et les radars, des patrouilles maritimes dans les eaux de l’autre pays et une coopération renforcée des services de renseignement, qui pourraient contribuer à prévenir de futures tragédies.

La lettre appelle également à la mise en place immédiate d’une politique de retour en France des migrants qui atteignent le Royaume-Uni, et à l’ouverture de discussions sur un accord de retour entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Mais cela a suscité une réaction furieuse du président Macron qui a accusé le premier ministre Johnson de ne pas être « sérieux » et a retiré l’invitation faite à Mme Patel de participer à la réunion de dimanche.

« On ne communique pas entre dirigeants sur ces questions par des tweets et des lettres que l’on rend publics », a déclaré Macron vendredi.

La colère du président français s’explique par la conviction que la publication de cette lettre visait à apaiser le parti conservateur de M. Johnson après une semaine d’informations selon lesquelles de nombreux députés souhaiteraient déposer des lettres de défiance à l’égard du Premier ministre suite à une série d’erreurs et de fautes politiques.

Les journaux qui soutiennent le parti conservateur de M. Johnson l’exhortent à lancer une politique de repli pour empêcher les bateaux d’accoster sur le sol britannique et renforcer les contrôles aux frontières, dans un écho au slogan de la campagne du Brexit : « reprendre le contrôle ».

Le porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal, a déclaré à BFM TV que la lettre de M. Johnson était « médiocre sur le fond, et totalement inappropriée sur la forme ».

« Nous en avons assez de ce double langage et de cette externalisation des problèmes », a déclaré M. Attal, ajoutant que « ce dont nous avons besoin, c’est que les Britanniques envoient des officiers de l’immigration en France pour examiner ici, sur le territoire français, les demandes d’asile en Grande-Bretagne. »

Cependant, un porte-parole de M. Johnson a insisté sur le fait que la lettre visait « à approfondir notre coopération existante et le travail qui est déjà effectué entre nos deux pays. »

Le désaccord sur la responsabilité de la police des bateaux de migrants qui tentent de traverser la Manche a ouvert un nouveau front dans la querelle diplomatique entre Londres et Paris.

Il intervient après des mois de désaccords sur les licences accordées aux pêcheurs français, sur les exportations de poisson britannique vers l’UE via la France et sur l’accord nucléaire Aukus conclu entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis.

En septembre, l’Australie a annulé un contrat de plusieurs milliards de dollars avec le français Naval Group, préférant construire au moins 12 sous-marins à propulsion nucléaire dans le cadre d’un accord avec les États-Unis et le Royaume-Uni.

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