La France en alerte après « une attaque islamiste » contre une basilique de Nice

Des jeunes allument des bougies près de l'entrée de l'église de la basilique Notre-Dame de Nice, en France, le 29 octobre 2020, à la suite d'une attaque au couteau. Trois personnes sont mortes dans ce que les autorités considèrent comme un attentat terroriste. Cet attentat survient moins d'un mois après la décapitation d'un professeur de collège français à Paris, le 16 octobre. [EPA-EFE/SEBASTIEN NOGIER]

Trois personnes ont été tuées jeudi (29 octobre) dans une attaque au couteau contre une église de Nice, le président Emmanuel Macron promettant que la France ne cèdera rien sur ses valeurs après cet acte « terroriste islamiste ».

L’auteur présumé des coups de couteau mortels contre un homme et deux femmes est un Tunisien de 21 ans arrivé en France le 9 octobre après avoir débarqué sur l’île italienne de Lampedusa le 20 septembre, a précisé jeudi soir Jean-François Ricard, le procureur antiterroriste chargé de l’enquête qui sera « complexe » en France.

Des informations confirmées à l’AFP par une source du ministère de l’Intérieur italien, qui ajoute que l’homme n’avait pas été fiché par le renseignement italien. Il était aussi inconnu des services de renseignements français.

La Tunisie, qui a condamné fermement l’attaque, a également annoncé l’ouverture d’une enquête « à la suite des soupçons selon lesquels un Tunisien a commis une opération terroriste à l’extérieur du pays ».

« Si nous sommes attaqués, c’est pour les valeurs qui sont les nôtres, notre goût de la liberté », a estimé Emmanuel Macron, sur place à Nice, en évoquant également l’attaque au couteau du vigile du consulat français à Jeddah, en Arabie saoudite, au même moment ou presque.

Un conseil de défense doit avoir lieu ce vendredi.

L’attentat contre l’église Notre-Dame de l’Assomption de Nice, à quelques jours de la fête catholique de la Toussaint, intervient près de deux semaines après la mort de Samuel Paty, ce professeur décapité à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) pour avoir montré à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet et alors que des manifestations ont eu lieu contre la France dans le monde musulman.

Couteau de 30 cm

Après avoir été neutralisé par une équipe de la police municipale de Nice, l’assaillant, s’est avancé vers les forces de l’ordre « de manière menaçante en criant Allah Akbar (Dieu est le plus grand en arabe), les contraignant à tirer », selon le procureur. Blessé par balles, il est actuellement hospitalisé et son pronostic vital restait engagé jeudi soir selon le parquet antiterroriste.

Trois personnes ont été tuées en quelques minutes jeudi matin. Le sacristain de la basilique, un homme de 55 ans, a subi une « importante plaie à la gorge » selon M. Ricard. Il était « père de deux filles », selon un responsable catholique.

Une femme de 60 ans a été « victime d’un égorgement très profond de l’ordre d’une décapitation » selon les termes du procureur. Une autre femme, âgée de 44 ans et ressortissante brésilienne, a réussi à fuir l’église et à se réfugier dans un café malgré de multiples plaies à l’arme blanche, mais est décédée des suites de ses blessures.

Près de l’auteur présumé, les enquêteurs ont trouvé un coran deux téléphones et l’arme du crime, « un couteau de 30 cm avec une lame de 17 cm » selon le procureur.

Alors que la France est désormais passée en « urgence attentat », le niveau le plus élevé du plan Vigipirate, M. Macron a appelé les Français à « l’unité ».

Quelques minutes plus tôt, à 15H00, le glas venait de sonner, à Nice comme dans toutes les paroisses de France. Le Conseil français du culte musulman a « condamné avec force cet attentat terroriste ».

« Bougies »

Devant la basilique Notre-Dame de l’Assomption, une quinzaine de jeunes Niçois sont venus déposer des bougies jeudi soir, en hommage aux victimes.

M. Macron a annoncé le déploiement de 7 000 soldats à travers le territoire dans le cadre de l’opération Sentinelle, contre 3 000 actuellement.

A l’international, les réactions de condamnations se sont multipliées tout au long de la journée, dans le sillage du Vatican qui a estimé que « le terrorisme et la violence ne peuvent jamais être acceptés ».

La présidence brésilienne a également exprimé « ses profondes condoléances aux proches et amis » des victimes et sa « solidarité au peuple et au gouvernement français ».

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a condamné fermement une « attaque odieuse », le président américain Donald Trump parlant « d’attaques terroristes inacceptables ».

La Turquie, en pointe contre la publication de caricatures du prophète en France, a « fermement » condamné cette attaque « sauvage ». Plusieurs pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ont condamné l’attentat, le Maroc appelant « à dépasser le contexte délétère et le climat tendu autour de la religion ».

La Mauritanie s’est dite de son côté « indignée » par un acte « terroriste barbare perpétré le jour de la fête du Maouloud (qui marque l’anniversaire de) la naissance du prophète, la paix, la tolérance et la fraternité entre les peuples ».

« Toute l’Europe est avec vous », a souligné le président du Conseil européen Charles Michel.

Le choc est d’autant plus violent pour les Niçois que leur ville a déjà été endeuillée par un attentat le 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais qui avait fait 86 morts. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien de 31 ans, avait fauché, au volant d’un camion de location, enfants, familles nombreuses et touristes étrangers en 4 minutes, avant d’être abattu par les forces de l’ordre.

Marié à une Française, Jason Schwary, un Américain de 43 ans, était sur la Promenade des Anglais le 14 juillet 2016. Il a déposé jeudi une bougie devant l’église. « On s’habitue. Mais au moins, il n’avait qu’un couteau, chez nous, en Amérique, il aurait eu un flingue, et là… »

Ces trois morts de l’attaque dans la basilique portent à 260 le nombre de victimes d’attentats en France depuis 2015.

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