La prochaine présidence française de l’UE adoptera une approche orientée vers les citoyens, une tentative destinée à réconcilier l’Europe et la population française, comme l’ont affirmé le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner et le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet dans un entretien à EURACTIV France.
« Réconcilier l’Europe avec les citoyens français »
Bernard Kouchner a considéré la Présidence française comme une possibilité de « réconcilier l’Europe avec les citoyens français »
« Il faut faire en sorte que les Français ressortent de ces six mois avec le sentiment que l’Europe peut faire plus pour eux, qu’elle peut incarner leur avenir et celui de leurs enfants », a-t-il déclaré, en annonçant que plusieurs conférences-débats prévues seraient organisées dans le pays pour donner la parole aux citoyens.
« Orientée vers les citoyens »
Dès septembre 2007, M. Jouyet a déclaré que la présidence française serait orientée vers les citoyens et devrait être marquée par la réconciliation entre la France et l’Europe.
Toutefois, d’après une enquête Internet réalisée par Touteleurope.fr entre le 24 janvier et le 10 mars 2008, 63% des citoyens ne pensent pas que la présidence rapprochera l’Europe de la population française.
Afin de capter l’intérêt des Français, un site Internet visant à promouvoir le débat et à diffuser des informations sur les thèmes de l’UE, intitulé « Paroles d’Européens ! », sera lancé à Marseille le 13 juin 2008. Cependant, sur les huit conférences régionales proposées, seules trois ont été retenues, suscitant des critiques en France.
L’enquête de Touteleurope.fr a également révélé que 43% des Français pensent que des informations et des débats sur l’UE renforceraient la citoyenneté européenne.
« Proposer et convaincre »
Fier de la relance de la construction européenne en France depuis la signature du traité de Lisbonne, M. Kouchner a déclaré que les avancées institutionnelles introduites dans le texte – notamment la désignation d’un Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune et la mise en place d’un président de l’UE pour un mandat de deux ans et demi – impliquent que la prochaine Présidence française de l’UE aura la possibilité de « proposer et convaincre », en devenant « le porte-parole des Européens ».
« Prouver que les détracteurs ont torts »
« La présidence de l’Europe n’a pas pour objectif d’imposer nos idées, mais de travailler à proposer les idées des autres », a affirmé M. Kouchner, afin d’essayer d’apaiser les critiques concernant l’attitude de la France à l’approche de sa présidence.
Certains à Bruxelles et en Europe ont accusé l’Hexagone d’arrogance, suite à quelques annonces faites pendant et même à la veille de la présidence slovène de l’UE.
M. Kouchner a mentionné un dîner informel réunissant les 27 ministres des Affaires étrangères le 13 mai 2008 au Quai d’Orsay – le deuxième dîner à la veille de la présidence française – et des visites bilatérales dans les 26 autres pays de l’UE effectuées depuis le début de l’année, montrant que les Français feraient tout pour réconcilier les opinions des Etats membres.
L’énergie, la défense et l’agriculture figurent parmi les priorités
M. Kouchner a déclaré à la conférence de presse que l’énergie, la lutte contre le changement climatique, l’immigration, la politique européenne en matière de défense, la réglementation financière et l’avenir de la politique agricole commune seraient les priorités de la présidence de l’UE. A la fois dans les domaines de l’énergie et du changement climatique, la présidence française a clairement une « obligation de résultats », a-t-il fait remarquer.
L’immigration, priorité controversée
L’immigration figure parmi les priorités les plus controversées de la présidence française et a fait l’objet de nombreux commentaires pendant la conférence de presse. Si aucune précision sur le contenu et les répercussions juridiques du pacte européen sur l’immigration n’a été mentionnée, Bernard Kouchner a souligné le « formidable accueil » reçu par l’initiative du ministre de l’immigration français, Brice Hortefeux.
M. Kouchner s’est souvent opposé à la position du président français Nicolas Sarkozy sur cette question, notamment concernant la régularisation des sans-papiers. Le ministre a souligné qu’il privilégiait le maintien d’une Europe « ouverte et pluraliste » – dans la mesure où il s’agit essentiellement de la volonté d’autres pays, principalement l’Espagne, d’établir une charte européenne commune sur l’immigration.
Le résultat des élections serbes est le « bienvenu »
M. Kouchner a applaudi la défaite des nationalistes lors des élections en Serbie le 11 mai et a précisé que la présidence française de l’UE serait une opportunité de donner à la Serbie une forte impulsion européenne.

