La gestion sociale de la transition énergétique s’annonce délicate

À la demande du gouvernement, Laurence Parisot a scanné les impacts sociaux de la transformation des activités professionnelles qu’impulsera la transition énergétique. Et formuler quelques recommandations de bons sens. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement. 

À la faveur du mouvement des Gilets jaunes, un petit nombre (mais croissant) de responsables politiques, syndicaux et associatifs le répètent à tout va: la transition écologique sera un échec si elle fait l’impasse sur le social. Et le slogan n’a rien d’incantatoire. Transition oblige, des métiers, voire des secteurs économiques entiers devront laisser la place à d’autres. Laissant nécessairement des travailleurs sur le carreau. Pourront-ils monter à bord du train du changement ? Où le nombre d’emplois détruits sera-t-il compensé par celui des jobs de la transition ? Telles sont les grandes questions auxquelles tente de répondre Laurence Parisot dans le rapport qu’elle publie aujourd’hui.

Une fourchette de 1 à 12

Au printemps dernier, un plan sur la gestion des emplois et des compétences qu’induira le changement de paradigme énergétique a été commandé à l’ancienne présidente du Medef. Un sujet diablement complexe. Déjà, l’état des lieux est bien mal connu. Selon les études, la transition énergétique occupe entre 300.000 et 3,8 millions de personnes. L’écart n’est pas mince. Raison pour laquelle la mission Parisot recommande de «créer un dashboard des emplois directs et indirects de la transition énergétique». En clair, d’affiner la connaissance du nombre et du type d’emplois œuvrant dans les énergies décarbonées, la rénovation des bâtiments ou les voitures propres. «Sans un tel outil, un pilotage ajusté de la transition est quasi impossible», prévient l’ancienne patronne des patrons.

La transition énergétique pourrait créer un 1 million d'emplois

Un collectif d’ONG et de syndicats propose une trajectoire pour la France qui permette de traduire l’accord de Paris en progrès social.  Le coût du projet serait financé par des ressources nouvelles.

Perdants et gagnants

Un mythe qui tombe, c’est bien celui de la décarbonatation fortement créatrice d’emplois. Certains secteurs industriels, comme ceux liés aux énergies fossiles, subiront de plein fouet l’application de l’Accord de Paris. D’ici à 2030, les entreprises de transport routier (hors transports publics) pourraient perdre 366 000 emplois. Plus simple à construire que sa cousine thermique, la voiture électrique pourra alléger de 5 000 ‘équivalents temps plein’ (ETP) les effectifs des constructeurs. La fermeture annoncée (et retardée) de réacteurs nucléaires pourrait, là encore, supprimer quelques milliers d’emplois chez EDF et ses sous-traitants. Même chose dans la production et la distribution d’énergies fossiles.

Emplois non délocalisables

Certes, les grands programmes de rénovation de l’habitat, le déploiement des énergies renouvelables ou l’accroissement de l’offre de transports ‘propres’ sont susceptibles de créer beaucoup d’activités, souvent non délocalisables. Hélas, ces projections souffrent souvent d’approximation. «L’Union européenne, en 2012, estimait que le développement des énergies renouvelables permettrait la création de 3 millions d’emplois en 2020. Or, on sait que l’Europe ne parviendra pas à ce chiffre.» Et que dire des plans français de rénovation des logements, dont les objectifs mirifiques ne sont jamais atteints ?

On ne sait donc pas combien de femmes et d’hommes œuvrent à notre transition ni quel sera le bilan social de cette mutation. Une situation délicate pour définir une indispensable politique de formation et d’information sur les ‘nouveaux métiers’. Si elle ne crée que peu d’emplois, la transition va, en revanche, souvent changer la façon de travailler. D’où l’importance de disposer de diplômes et de formations continues adaptés aux besoins des entreprises.

25 000 étudiants

À l’évidence, là aussi, les marges de progression sont importantes. En 2016, seuls 25 000 étudiants terminaient une maîtrise de l’énergie et énergies renouvelables. Soit moins de 2% des élèves et étudiants. Insuffisant. La mission appelle à multiplier les formations initiales aux nouveaux métiers. Celles-ci devront être interdisciplinaires, donner aux diplômés une vision systémique et être associées au monde de l’entreprise. Histoire de travailler «sur des cas réels».Le programme de ces enseignements devra être régulièrement révisé. Avec la révolution induite par l’arrivée du numérique, notamment, plus question de changer les programmes tous les 5 ans.

Les opérateurs de la formation professionnelle ont aussi du pain sur la planche. Selon un récent recensement, seuls deux certificats de qualification professionnelle siglés TE existent dans les métiers de l’énergie et du bâtiment. Indigent. Même si certaines filières, comme le bâtiment, pratiquent la formation en interne. En cours de création, l’agence France Compétences pourra sans doute faire œuvre utile.

Quid des fonctionnaires ?

Ce qui n’est pas forcément le cas des fonctionnaires. Pouvant être appelés à piloter des politiques nationales, sectorielles ou locales d’atténuation ou d’adaptation, fonctionnaires nationaux ou territoriaux «ne sont pas toujours en mesure d’assurer le pilotage technique des actions mises en œuvre par une collectivité». Logiquement, la mission Parisot recommande aux centres de formation de proposer des modules sur les économies d’énergie, les renouvelables ou la réduction d’émission de gaz à effet de serre. Pas sot, en effet.

Quelle suite donner à ce rapport ? Un peu sur le modèle canadien, le gouvernement va solliciter associations environnementales et organisations syndicales «pour prolonger cette réflexion et définir au cours du printemps 2019 une feuille de route opérationnelle». Finalement, la transition écologique sera, peut-être, sociale ?

Comment l'intelligence artificielle peut accélérer la transition circulaire

L’intelligence artificielle rendrait plus rapide l’écoconception des produits, simplifierait le développement de nouveaux business models plus économes en ressources et faciliterait le tri des déchets, relève un rapport publié à Davos. Un article de notre partenaire, La Tribune.

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