La Hongrie donne son feu vert pour le déploiement de troupes de l’OTAN sur son territoire

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, lors d'un sommet extraordinaire des chefs d'État et de gouvernement de l'OTAN sur la situation sécuritaire en Ukraine et dans les environs, au siège de l'OTAN à Bruxelles, le 25 février 2022. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Budapest va autoriser le déploiement de troupes de l’OTAN dans l’ouest de la Hongrie ainsi que la traversée de son territoire par des cargaisons d’armes à destination d’autres États membres de l’OTAN. C’est ce qu’indique un décret gouvernemental publié lundi (7 mars).

Le décret permettra aux troupes de l’OTAN de transiter par voie terrestre et aérienne à travers la Hongrie, et d’entrer en Hongrie à l’ouest du Danube. Il autorise également les forces de l’OTAN à transiter par le pays dans d’autres cas, comme la participation à des exercices et à des missions d’entraînement, excepté dans les cas où leur destination finale serait l’Ukraine.

En février, l’OTAN a envisagé de déployer quatre nouveaux groupements tactiques dans le sud-est de l’Europe. Quelque 1 000 soldats seraient envoyés en Bulgarie et en Roumanie, et potentiellement en Slovaquie et en Hongrie, afin de répondre au renforcement militaire de la Russie en Ukraine, selon des diplomates.

Toutefois, la question était de savoir si la Hongrie, dont le Premier ministre Viktor Orbán craint de contrarier la Russie, accepterait d’accueillir une telle unité.

L’OTAN va examiner la question des renforts en Europe du Sud-Est

Alors que les ministres de la Défense de l’OTAN se réunissent à Bruxelles cette semaine, ils devraient présenter un plan détaillé pour la création de quatre nouveaux groupements tactiques dans le sud-est de l’Europe.

La décision de lundi semble revenir sur les multiples déclarations antérieures des responsables politiques hongrois, selon lesquelles aucune troupe supplémentaire de l’OTAN n’est nécessaire dans le pays.

Vendredi (4 mars), à l’issue de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN à Bruxelles, le ministre des Affaires étrangères et du Commerce hongrois Péter Szijjártó a déclaré qu’en défendant son propre territoire, la Hongrie protège également le flanc sud-est de l’OTAN.

« Les forces de défense hongroises peuvent protéger la Hongrie, et aucune force supplémentaire n’est nécessaire », aurait ajouté le ministre selon l’agence de presse publique MTI.

Au début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la Hongrie avait déclaré qu’elle n’enverrait pas d’armes à l’Ukraine et qu’elle n’autoriserait pas le transit d’armes létales sur son territoire afin de préserver la sécurité du pays.

Le nouveau décret dispose que Budapest s’en tient à sa décision de ne pas autoriser l’envoi d’armes létales à l’Ukraine via son territoire, mais uniquement à d’autres « États membres alliés ».

Il s’agit « d’appliquer une politique nationale plus stricte afin de protéger ses intérêts essentiels en matière de sécurité », précise le décret.

Néanmoins, il autorise le transfert d’équipements militaires destinés en dernier ressort à l’armée ukrainienne vers d’autres pays alliés et permet totalement le passage de matériel non létal.

Toutefois, certains ne voient pas dans ce nouveau décret un revirement radical de la politique hongroise à l’égard de son voisin oriental déchiré par la guerre.

« Tout d’abord, aucune information n’est disponible sur l’invitation de troupes de l’OTAN, ni sur les négociations en cours concernant le déploiement d’un quelconque contingent militaire, d’un quelconque pays allié de l’OTAN, en Hongrie », a confié à EURACTIV l’analyste hongrois Dániel Hegedüs du German Marshall Fund.

Selon l’analyste, l’approche globale vis-à-vis de l’Ukraine n’a pas changé non plus.

Selon M. Hegedüs, malgré les « compromis et les gestes en faveur de l’OTAN, et en particulier de nos amis polonais avec lesquels nous nous dirigeons vers la ligne commune des pays de l’OTAN », Viktor Orbán jouerait toujours « les équilibristes ».

S’exprimant lors d’un événement vendredi dernier, le président du parlement hongrois László Kövér, un proche allié du Premier ministre du pays, a déclaré qu’à son avis, la Hongrie ne tirerait aucun avantage de ce conflit. Il aurait estimé que, « quelle qu’en soit l’issue, nous [les Hongrois] sommes déjà perdants », rapporte le site web hvg.hu.

« Il n’est pas juste d’envahir un autre pays, il n’est pas juste pour eux [la Russie] de décider si l’Ukraine peut être membre de l’UE ou de l’OTAN, mais est-ce [le choix de] la paix ou [celui du] conflit que de pousser la ligne de front de l’OTAN dans ce qui était autrefois la sphère d’intérêt de la Russie ? », aurait demandé M. Kövér.

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