La lutte contre les menaces hybrides sera une priorité de la présidence tchèque de l’UE

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a remis sur le devant de la scène les éléments de cybersécurité et de désinformation liés à la guerre. « Le cyber est une partie intégrante de la guerre », a déclaré M. Havranek. [Ministère tchèque de la Défense]

La présidence tchèque du Conseil de l’UE prévoit d’intensifier les discussions autour des outils de lutte contre la désinformation et l’ingérence figurant dans la Boussole stratégique de l’UE, a déclaré à EURACTIV le vice-ministre de la Défense Jan Havranek.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a remis sur le devant de la scène les éléments de cybersécurité et de désinformation liés à la guerre. « Le cyber est une partie intégrante de la guerre », a déclaré M. Havranek.

« Ce n’est pas nécessairement une guerre qui se déroule uniquement dans le cyberespace, mais elle se déroule également dans le cyberespace et le domaine de l’information », a-t-il ajouté.

Mykhailo Fedorov, vice-Premier ministre et ministre de la Transition numérique de l’Ukraine, a cependant déclaré aux journalistes mercredi (11 mai) à Paris que la cyber-offensive russe n’avait pas réalisé de percées majeures, soulignant qu’« aucune véritable victoire russe dans les cyberattaques contre des entités critiques ne peut être relatée depuis le début de la guerre ».

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Les capacités informatiques de la Russie ont été largement surestimées, selon Mykhailo Fedorov, vice-Premier ministre et ministre de la Transition numérique de l’Ukraine, qui a ouvert le 2022 Paris Cyber Summit mercredi (11 mai).

« La conduite de la guerre a été surprenante à de nombreux niveaux », a admis M.Havranek.

Du côté de la désinformation, en revanche, la Russie a obtenu de meilleurs résultats. Malgré l’interdiction de RT et Sputnik par l’exécutif européen, le contenu des médias d’État russes est passé à travers les mailles du filet et continue de circuler, selon un récent rapport consulté par EURACTIV.

« La campagne de désinformation de la Russie est ciblée et personnalisée au niveau individuel » et est « très sophistiquée en termes de capacité à puiser dans certains aspects des sociétés », a reconnu le ministre tchèque, notant qu’« il n’y a pas de solution unique que l’UE applique dans tous les pays » et qu’elle doit constamment s’adapter.

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La République tchèque prévoit d’aborder ces questions pendant la présidence tournante du Conseil de l’UE, qui débute en juillet.

Prague souhaite accélérer les discussions concernant deux projets présentés dans la Boussole stratégique, la nouvelle stratégie militaire de l’UE : la boîte à outils hybride et les équipes d’intervention rapide, et la boîte à outils relative à la manipulation de l’information et à l’ingérence étrangères.

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Après deux ans d’élaboration, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l’UE ont approuvé lundi 21 mars le projet de la future stratégie militaire de l’UE, qui prévoit de renforcer la sécurité et la défense de l’Union d’ici à 2030.

« Ce sont deux séries de mesures interconnectées que l’Union européenne pourrait prendre, et elles s’appuient sur les outils existants, notamment la capacité d’analyse de travail East Stratcom (cellule de communication stratégique à destination de l’Europe orientale) », a déclaré M. Havranked.

Ce groupe de travail a été créée en 2015 pour s’attaquer aux campagnes de désinformation de la Russie. « Il s’est avéré très utile et je dirais qu’il doit continuer à se développer », a-t-il déclaré, appelant à la création de groupes de travail similaires.

« Je pense au Mali, par exemple, où nous ne parvenons pas à conquérir le cœur et l’esprit des populations par notre capacité à communiquer et où nous sommes confrontés à la désinformation, potentiellement pilotée par la Russie », a ajouté le ministre.

Le gouvernement tchèque souhaite également profiter de sa présidence de six mois pour contribuer à la stabilité d’après-guerre et à la reconstruction de l’Ukraine, améliorer la sécurité énergétique, accroître la résilience de l’économie européenne et renforcer les capacités de défense de l’Europe, a déclaré M. Havranek.

« Nous nous pencherons également sur la coopération entre l’UE et l’OTAN, notamment dans les domaines hybride et cyber », a-t-il ajouté.

Une meilleure coordination

La coopération européenne en matière de cybersécurité s’est parfois avérée difficile. Le chef de l’ENISA, l’agence de cybersécurité de l’UE, a récemment prévenu que le système actuel de notification des incidents était trop bureaucratique et « ne fonctionnait pas ».

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Le directeur de l’agence phare de l’UE en matière de cybersécurité a prévenu que son système de notification des incidents était trop bureaucratique et « ne fonctionnait pas », et a appelé à la mise en place d’un système plus solide.

« De nombreux progrès ont été réalisés en matière de coordination mais, bien sûr, on peut toujours en faire plus », a déclaré M. Havranek.

« Sur le papier, nous avons une base solide, mais il faut ensuite passer à la mise en œuvre pratique par les différents États membres », a-t-il ajouté, notant qu’il pourrait y avoir différentes façons de renforcer la capacité de résistance des infrastructures critiques, souvent privées. « Cela rend un peu plus difficile pour le gouvernement de s’assurer qu’elles sont sécurisées », a-t-il déclaré.

La prochaine directive de l’UE sur la cybersécurité (NIS2) est censée s’attaquer aux angles morts des pays de l’UE pour améliorer leur résilience. Mais les entreprises privées tchèques craignent que cette nouvelle législation n’impose des charges financières et administratives supplémentaires à leurs activités.

« Nous devons nous rappeler que toutes les entreprises n’ont pas les ressources financières ou les capacités en personnel pour construire des départements spéciaux dédiés à cette question », a déclaré à EURACTIV République tchèque Kateřina Kalužová, responsable de l’économie numérique à la Confédération tchèque de l’industrie et des transports (SPCR).

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