« La négociation », plongée documentaire dans les coulisses de la PAC

Plongée dans les coulisses du Conseil européen. [La négociation]

En 2012, les spécialistes et représentants des États membres ont élaboré une nouvelle politique agricole commune (PAC), pour la période 2014-2020. Après des années de tractations, les négociations finales se sont déroulées à Bruxelles, sous l’œil attentif de la caméra de Nicolas Frank.

Le documentaire La négociation, sélection officielle du Festival International de Programmes Audiovisuels (FIPA), sera disponible en avant-première sur le site de Télérama, du 7 au 16 avril, puis sera en accès livre sur www.lanegociation.com.

À peine nommé au ministère de l’agriculture, Stéphane Le Foll s’est retrouvé aux prises avec une tâche difficile et stratégique : la négociation de la politique agricole commune (PAC).

C’est ce processus, qui allie diplomatie et alliances interne, qu’a pu suivre Nicolas Frank durant les mois de tournage. Un documentaire en plongée dans les coulisses des sommets européens et les négociations à couteaux tirés qui s’y déroulent.

« C’est un film sur le ‘vrai’ travail des politiques », explique le réalisateur. « Sur ce qu’ils font quand ils ne sont pas en campagne, ou en train de se perdre dans les limbes de la ‘politique politicienne’. C’est un film sur ce pour quoi on les mandate, et je pense que ces films manquent au paysage, alors qu’ils seraient particulièrement nécessaires aujourd’hui, dans l’ambiance troublée de la présidentielle. »

Véritable pilier de l’Union européenne, la PAC a un impact important sur la survie des exploitations agricole, l’emploi, l’accessibilité des aliments et la protection de l’environnement dans les États membres.

Elle bénéficie en outre un budget titanesque : environ plus de 58 milliards d’euros par an devraient lui être dédiés entre 2014 et 2020, soit un total de 408, 3 milliards d’euros. Cela représente environ 40% du budget total de l’UE.

Les céréaliers français se désolent de la nouvelle PAC

Pour les producteurs de blé, maïs et colza, la nouvelle PAC va créer des distorsions de concurrence en Europe. La filière colza se console avec les biocarburants, dont le taux d’incorporation devrait finalement grimper à 7 % en Europe.

Négociation sur l’avenir de l’agriculture

Pour autant, son élaboration est loin d’être transparente et les agriculteurs ne comprennent que rarement son fonctionnement complet et les choix de l’UE. Nicolas Frank a donc décidé de récolter les vues d’agriculteurs sur le sujet, avant de suivre Stéphane Le Foll dans ses négociations.

L’avenir de l’agriculture européenne est en jeu car, comme le souligne Christian, producteur de lait en Savoie, l’agriculture ne fait plus vivre. « Il n’y a rien pour les jeunes, C’est vrai qu’il y a l’attachement au milieu, mais c’est impossible de dégager un salaire », indique-t-il.

Un constat vérifié par Pascal, céréalier dans l’Yonne, pour qui la tendance à remplacer les petites exploitations par des fermes énormes est catastrophique. « Ça serait bien qu’on puisse dire qu’une ferme de 75 hectares en céréale, ça fait vivre une personne », fait-il remarquer. « Ça serait une motivation pour les jeunes de dire que nous politiques, nous société, on estime que 75 hectare c’est bien, ça nous convient. »

Les agriculteurs bio plaident pour une PAC plus durable

La fédération européenne des mouvements d’agriculture biologique a demandé à Bruxelles de mettre l’accent sur la qualité de la production agricole et non pas sur sa compétitivité, lors de la prochaine PAC.

Ce que veulent ces exploitants, c’est donc une agriculture à taille humaine, qui est également préférable en termes d’emploi et de gestion des sols. Or, dans les circonstances actuelles, et étant donné les prix de l’alimentation, il faudrait pour cela que l’UE ajuste sévèrement la manière dont elle distribue ses aides au secteur.

Stéphane Le Foll l’a compris, et tentera de négocier notamment une aide proportionnellement plus élevée pour les premiers hectares exploités. Il devra également batailler pour que la France puisse gérer comme elle le souhaite une partie des aides, afin de favoriser des secteurs particulièrement en difficulté sur son territoire.

Les différentes capitales européennes ont cependant des avis très divergents sur les modalités de distribution des fonds, et personne n’est prêt à lâcher du lest sur une politique qui brasse une telle partie du budget européen.

Après des mois de négociations entre experts et représentants des États, la présidence irlandaise du Conseil doit tenter de boucler le sujet avant que d’autres enjeux n’éloignent les capitales de l’agriculture. Les ministres se réunissent donc à Bruxelles, où les différents camps bataillent ferme.

Des images inédite, puisqu’aucune caméra ne s’était autant approchée du pouvoir, même si les discussions elles-mêmes restent bien entendu hors champ. Le documentaire illustrent également la montée en puissance de certains États au sein de l’union.

« Au départ la France et l’Allemagne s’étaient partagées les sujets européens : la France l’agriculture et L’Allemagne l’industrie. Aujourd’hui, même en agriculture, l’Allemagne a des intérêts et les fait valoir », indique l’ancien ministre de l’Agriculture. Et le pays projette « sur l’agriculture une vision je dirais industrielle, donc les négociations sont difficiles ».

Les capitales scrutent donc les alliances qui se forment, les intérêts communs potentiels avec d’autres pays influents, comme la Pologne, avant de dicter leurs exigences aux diplomates irlandais, lancés dans un ballet incessant de va-et-vient entre les parties.

Et les exploitants dans tout ça ? Ils semblent bien loin. « Je pense que la compétitivité, si elle est un enjeu dans le monde du vingt-et-unième siècle, ne devrait pas être le seul », conclut Nicolas Frank. « Les paysans nous nourrissent, ils font nos terroirs, ils façonnent la moitié de la surface du territoire français. De ce point de vue, l’agriculture n’est-elle pas un bien public, à préserver ? »

Bruxelle consulte sur la modernisation de la PAC

La Commission européenne a lancé la première étape officielle de la nouvelle politique agricole commune, qui devrait entrer en vigueur en 2020. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

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