La présidente de l’Estonie appelle à travailler avec la société civile russe

Kersti Kaljulaid, la présidente de l'Estonie. EPA-EFE/JUSTIN LANE

La présidente de la République estonienne était à Paris lors du défilé militaire du 14 juillet.  Elle a participé à un déjeuner de travail organisé à l’Élysée autour des questions de défense européenne. Championne en matière de cyberdéfense et de services numériques, la République d’Estonie est une alliée importante pour la France. Un article de notre partenaire Ouest France.

« C’était émouvant pour moi d’assister au défilé du 14 juillet à Paris. En voyant les avions de nos alliés survoler les Champs-Élysées, je me suis dit que nous étions bien protégés en Europe. » Kersti Kaljulaid, présidente de la République d’Estonie, comptait, hier, parmi les chefs d’État et de gouvernement membres de l’Initiative européenne d’intervention (IEI) invités à assister aux cérémonies de la Fête nationale et à un déjeuner de travail à l’Élysée. Finlande, Portugal, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni, Espagne et Danemark participent également, aux côtés de la France, à cette initiative commune.

Des résultats « très concrets »

L’Estonie ne compte que 1,3 million d’habitants, mais elle est un allié de poids pour la France. Particulièrement avancé en matière de cyberdéfense, c’est le seul pays qui intervient, au sol, au Sahel, dans le cadre de l’opération Barkhane (cinquante soldats déployés sur le terrain). Et deux compagnies mécanisées françaises participent, en Estonie, à un bataillon multinational commandé par les Britanniques.

« Les initiatives de défense commune se sont bien développées sous notre présidence de l’Union européenne, avec des résultats très concrets en matière de mobilité militaire, se réjouit la présidente. Elles facilitent les coopérations, complémentaires de celles mises en place dans le cadre de l’Otan. Tout cela était inimaginable au moment de l’occupation de la Crimée par les Russes, il y a cinq ans. »

Se donner les moyens d’une cyberdéfense commune

Pour aller plus loin encore en matière de défense commune, européenne et transatlantique, « il faudrait maintenant tenir des discussions dans un cadre plus institutionnel, au Conseil et au Parlement européen » pour se doter d’un budget de défense commune et faire évoluer le droit international.

« Les droits et devoirs de chacun sont connus en matière d’attaque conventionnelle, mais pas en matière de cyberattaque », explique Kersti Kaljulaid. Les Britanniques ont été les premiers à voter des lois nationales sur le sujet. Les Estoniens viennent de le faire. Et les menaces se précisent, l’Ukraine ayant subi « une attaque numérique russe sur son réseau électrique ».

Au-delà des questions juridiques, il va falloir muscler les défenses européennes en matière de numérique. « Un saut technologique est nécessaire, prévient la présidente estonienne. Cela implique d’avoir la même ambition en matière de cyberattaque que pour la défense classique. »

« Il faut travailler avec la société civile russe »

Kersti Kaljulaid insiste pour que des sanctions soient maintenues à l’égard de la Russie tant que le conflit en Crimée ne sera pas réglé. « C’est une très grande déception pour nous, dit-elle. Quand nous avons gagné notre indépendance, nous ne pouvions pas imaginer que les choses évoluent aussi mal en Russie sur le plan de la démocratie. Ce n’est pas seulement un problème pour nous ou pour les seuls anciens voisins de la Russie, mais pour tous les pays de l’Union européenne. »

Pour faire progresser les choses, « il faut continuer à discuter avec la Russie, mais il faut rester ferme », suggère la présidente. « Il faut travailler avec la société civile russe. Nous acceptons beaucoup d’étudiants russes, avec Erasmus. C’est une façon de leur montrer les avantages de la démocratie et de la liberté d’expression ».

Une démocratie 100 % numérique

La démocratie estonienne est 100 % numérique, ou presque. Les services publics estoniens sont accessibles en ligne « à 99 % », y compris pour le vote, électronique depuis 2003. L’État garantit la fiabilité de l’identité de ses citoyens, qui peuvent effectuer toutes leurs démarches à partir d’une seule et même plateforme numérique.

« Il nous a fallu une dizaine d’années pour que l’ensemble de la population adopte le système et en perçoive bien tous les avantages. Nous avons fait appel à des bénévoles, dans les écoles, les bibliothèques de villages, les jeunes, plus à l’aise, ont accompagné les plus âgés, et nous nous sommes appuyés sur des partenariats avec le secteur privé, explique la présidente estonienne. Les banques, par exemple, ont été parmi les premières à se servir de l’identité numérique nationale, garantie par l’État. Elles ont proposé des réductions, voire la gratuité de certains services à leurs clients qui acceptaient d’adopter ce nouveau système. »

Une « police de l’internet » dans les écoles

L’efficacité et la simplicité des services publics en lignes ont converti les Estoniens, mais le gouvernement continue d’investir dans la pédagogie en la matière, notamment auprès du jeune public. Le public dispose ainsi d’une « police de l’Internet » qui intervient dans les écoles « pour expliquer aux élèves comment se comporter », précise Kersti Kaljulaid. « Il s’agit de leur faire comprendre que ce qui n’est pas acceptable dans la vraie vie ne l’est pas non plus dans le monde virtuel, de leur faire prendre conscience des risques qu’ils y encourent et comment assurer leur sécurité. En commençant par les mettre en garde sur l’anonymat. Si leur interlocuteur n’est pas identifié, il y a potentiellement danger. C’est la première des règles… »

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