La Russie et l’UE au coude à coude pour séduire la Moldavie

La Moldavie est tiraillée entre la Russie et l'UE

Le Parlement européen a levé les droits d'importation sur le vin moldave, une réponse à l'embargo « injustifié et arbitraire » de la Russie. Selon des spécialistes, l'Union européenne devrait accélérer le processus d'association si elle veut éviter un scénario à l'ukrainienne.

Le 10 décembre dernier à Strasbourg, le Parlement européen a voté pour accélérer les négociations entre l'UE et la Moldavie sur un accord de libre-échange. Si l'assemblée à Strasbourg n'avait pas bougé, les discussions n'auraient commencé que début 2015. La principale raison de ce vote repose sur…le vin.

En septembre, la Russie avait interdit l'importation de vins moldaves en raison de « préoccupations en matière de sécurité alimentaire ». La Moldavie avait alors signé un accord d'association clé avec l'UE deux semaines plus tôt. Cet accord doit encore être officiellement ratifié.

La posture du Parlement est très positive, surtout si l’on prend en compte que « certains pays européens producteurs de vins » comme la France et l'Italie se sont exprimés en faveur de cette levée, affirme Dirk Schuebel, l'ancien ambassadeur de l'UE auprès de la Moldavie.

Cette décision a beau avoir une portée symbolique, elle ne changera pas grand chose à la situation économique du pays.

Kamil Ca?us, spécialiste de la Moldavie au Centre for Eastern Studies à Varsovie, a participé à une table ronde du Centre politique européen (CPE) à Bruxelles. Lors de l'évènement, il a expliqué que les exportations de vins vers la Russie ne représentaient « qu'environ 2 à 3 % de l'ensemble des biens exportés » par la Moldavie.

Selon lui, il est évident que la Russie était « consciente que l'interdiction n'allait pas affecter outre-mesure l'économie moldave ».

Chisinau n'a en outre pas la capacité de production pour épuiser ses quotas européens. En 2013, l'UE a établi un quota à 240.000 hectolitres. L'ancien satellite soviétique n'a pu utiliser qu'entre 65 et 80 % de cette quantité jusqu'en décembre, selon des données officielles du ministère moldave de l'Économie.

« La levée complète des restrictions sur le commerce du vin ne serait évidemment pas suivie d’effets cette année et aurait un impact minime sur l'économie [nationale], voire aucun, en 2014 », explique Kamil Ca?us à EURACTIV.

Selon des experts, la Russie pourrait infliger des sanctions plus sévères envers l'économie moldave si elle interdisait l'importation fruits et légumes, et si elle limitait l'entrée de migrants moldaves.

Les travailleurs saisonniers à l'étranger ont apporté l’équivalent de deux milliards d'euros à l'économie moldave cette année. Quelque 60 % de ce montant provient des travailleurs migrants en Russie.

Kamil Ca?us ajoute que la Russie est en train de placer jusqu’à présent ses pions sur l'échiquier politique moldave. En effet, tous les regards étaient tournés vers l'Ukraine la semaine avant le sommet de Vilnius.

L'UE n'est pas encore un choix gravé dans le marbre

Même si la Moldavie est considérée pour l'instant comme la championne en matière de processus d'association en Europe orientale, les évènements pourraient s'accélérer au cours de 2014.

Le pays doit organiser des élections législatives en novembre de l'année prochaine. L'opposition communiste y défendra un programme très différent et prorusse.  Une victoire communiste signerait l’arrêt de mort du processus d'intégration européen pour la Moldavie, ont mis en garde les intervenants présents à l'évènement du CPE.

Si l'Union ne parvient pas à accélérer ce processus avec la Moldavie en 2014, cette dernière pourrait facilement tomber dans l’escarcelle de Moscou.

Eugen Caras, ambassadeur de la République de Moldavie à l'UE, souhaite la signature de l'accord d'association en septembre prochain, « ce qui permettra au parlement actuel de le ratifier ». Si cet accord est signé avant les élections, il s'agira d'un « point de non-retour » pour la Moldavie, selon l'ambassadeur. Il admet toutefois que la signature de l'accord dépendrait des avancées de la Moldavie dans ses promesses de réforme.

Plus Chisinau se rapprochera de la signature, plus Moscou fera probablement pression, estime Kamil Ca?us. « Jusqu'à présent, le Kremlin n'a pas tenté d'éviter le paraphe de l'accord avec l'UE, car il portait toute son attention sur l'Ukraine, mais [ce n’est pas le seul facteur] », ajoute-t-il.

« Les décideurs russes sont pleinement conscients que de l'eau peut couler sous les ponts entre le paraphe et la signature. Ils supposent qu'il serait préférable d'agir en 2014 puisque les élections se dérouleront cette année-là. En Moldavie, il est plus aisé de changer de gouvernement que de faire changer ce gouvernement d'avis sur l'intégration européenne. »

Selon les intervenants, Moscou peut exercer plusieurs moyens de pression sur la Moldavie : cela va de l'embargo sur les produits alimentaires à l'accès limité aux travailleurs migrants en passant par la question sensible de la Transnistrie et la structure politique interne.

Libre circulation

Si l'accord d'association ne progresse pas, une autre solution pour rendre l’UE plus attrayante serait d’ouvrir le système d'octroi de visa. Les Moldaves pourraient ainsi voyager librement dans l'UE, souligne l'ambassadeur Caras.

La Commission a publié un rapport sur le sujet en novembre. Selon lequel Chisinau remplissait toutes les exigences.

Selon Dirk Schuebel, actuel directeur de la division Partenariat oriental du Service européen pour l'action extérieure, les représentants de l'UE étaient « impressionnés » par les avancées en Moldavie. « Croyez-moi, ce n'est pas facile de satisfaire [la Commission] », ajoute-t-il en boutade.

Cependant, « la balle est dans le camp des eurodéputés et des États membres », rappelle l'ambassadeur moldave. Il espère également aboutir à une adoption rapide de l’accord avant les prochaines élections européennes et moldaves.

L'économie moldave dépend principalement de l'agriculture et des exportations vers le marché oriental, comme la Russie, l'Ukraine et d'anciennes républiques soviétiques.

La Russie estime que le rapprochement de la Moldavie vis-à-vis de l'Union européenne mettrait en péril l'avenir de la Transnistrie, un territoire séparatiste non reconnu par la communauté internationale, situé à la frontière entre la Moldavie et l'Ukraine.

  • 22-25 mai 2014 :  élections européennes
  • Novembre 2014 : élections parlementaires moldaves

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