La santé, grande absente de la PFUE

Photo d’Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse sur l’accession de la France à la présidence de l’Union européenne. [EPA-EFE/LUDOVIC MARIN / POOL MAXPPP OUT]

La semaine dernière, Emmanuel Macron a présenté ses priorités pour la présidence française de l’UE (PFUE), qui débute le 1er janvier 2022. Spoiler Alert : la santé ne fait pas partie du top 3. Ni même du top 5.

La prochaine présidence de l’UE, dont la devise sera « relance, puissance et appartenance », mettra l’accent sur le numérique, l’environnement, le social et la défense, a annoncé Emmanuel Macron jeudi (9 décembre), lors de son discours sur la future PFUE.

Après la Slovaquie, la France dirigera le Conseil de l’Union européenne pendant six mois, de janvier à juin 2022. Pour rappel, la présidence dite « tournante » du Conseil de l’UE permet aux États membres de mettre à l’ordre du jour des sujets qu’ils souhaitent voir sous les projecteurs. 

 Au chapitre santé, peu d’informations. 

 « La crise sanitaire de la Covid fait toujours la une de l’actualité, mais la Présidence française a oublié la santé parmi ses priorités», relève l’eurodéputée verte Michèle Rivasi lors d’un entretien avec EURACTIV. 

Mais, comme on le dit si bien à Bruxelles, le diable se cache dans les détails et Emmanuel Macron a tout de même évoqué certaines priorités en matière de santé.

Avant de rentrer dans les détails, il est important de souligner que la présidence française se déroulera dans un contexte assez particulier étant donné qu’elle coïncidera avec l’élection présidentielle, fixée au 24 avril 2022, la campagne pour les candidats étant déjà bien entamée. 

Même si Emmanuel Macron n’a pas encore annoncé s’il se présentera – ou non – à l’élection présidentielle, certaines critiques affirment que la présidence française de l’UE sera une « gigantesque fiction », comme l’a déclaré l’eurodéputé François-Xavier Bellamy au Figaro. 

Pour l’heure, le président a évoqué la santé sous trois angles différents. 

« Relance, puissance, appartenance » : la France présente ses priorités pour la PFUE

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La relation UE-Afrique 

Tout d’abord, l’Afrique. Emmanuel Macron a souligné l’importance des relations entre l’UE et le continent africain, insistant sur le rôle de l’Europe en tant que « pionnière » pour aider l’Afrique, où seulement 6 % de la population sont vaccinés, dans sa réponse à la Covid-19. 

Le président a promis d’être solidaire avec les Africains, notamment grâce aux mécanismes Covax et ACTA, prévoyant ainsi un « véritable agenda sanitaire qui consiste à déployer beaucoup plus vite et beaucoup plus fort des structures de production de vaccins et de production de systèmes de santé primaires ».

Ces mots du président sur la santé des Africains et la pandémie de Covid-19 ont suscité un tollé au sein de l’opposition. À commencer par les Verts qui, dans une déclaration en ligne, ont rappelé que la France ne soutient pas la demande du Parlement européen de lever les brevets sur les vaccins. 

Au même moment, les députés européens de la gauche (The Left) ont accusé Emmanuel Macron de « protéger les intérêts des grandes entreprises pharmaceutiques au milieu d’une pandémie mondiale ».  

Le sujet des vaccins soulève également des tensions au niveau national et s’invite dans les débats de l’élection présidentielle. Lundi (13 décembre), sur la chaîne de télévision FranceInfo, le candidat des Verts à l’élection présidentielle Yannick Jadot a ainsi qualifié le mécanisme du Covax de « bordel absolu ». « On ne sait même pas combien de doses partent », a-t-il ajouté, citant la Commission européenne.

Masques et médicaments : augmenter la production européenne 

Vient ensuite l’Europe. Plus loin dans son discours, Emmanuel Macron a déclaré qu’il ferait de l’Europe un « grand continent » de production et d’innovation en créant des « filières industrielles fortes ».

De plus amples informations seront données lors d’un sommet en mars, mais Emmanuel Macron a déjà annoncé les principaux domaines concernés : hydrogène, batteries, espace, semi-conducteurs, cloud, défense, culture et… santé ! 

La pandémie de Covid-19 a mis en évidence la forte dépendance de l’Europe pour obtenir des médicaments ou du matériel médical comme les masques et les respirateurs. Pour faire face à ce problème, M. Macron voudra encourager « l’achat européen » en créant des plans d’investissement. 

« Cette présidence française doit être l’occasion d’imaginer un nouveau modèle européen qui est un modèle de production, mais également de solidarité et de régulation », a-t-il déclaré. 

Pour rappel, en avril 2020, Taïwan avait offert 7 millions de masques aux pays européens dans le besoin, dont 1 million pour la France. 

Dans sa stratégie pharmaceutique, la Commission a préparé le terrain pour une proposition visant à réduire le risque de pénuries causées par une dépendance excessive à l’égard de la production de médicaments dans les pays tiers.

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 La santé numérique 

Enfin, dernier point concernant la santé : le numérique et les technologies. Après les récentes annonces sur la loi sur les services numériques (DMA et DSA), Emmanuel Macron a déclaré vouloir développer la santé numérique en renforçant l’Europe en tant que puissance numérique. 

L’objectif de la présidence française est de « réussir à avoir des fonds européens de financement de nos start-ups et de nos acteurs du numérique les plus innovants, en mobilisant nos investisseurs institutionnels », a-t-il précisé. 

Ce sujet est au coeur de l’actualité puisque la Commission européenne a adopté mardi (14 décembre) le règlement sur l’évaluation des technologies de la santé (ETS), qui concerne la stratégie pharmaceutique de l’UE pour développer des technologies de santé innovantes. 

Pour finir, Emmanuel Macron a brièvement évoqué une « véritable agence de recherche commune et de grands plans de recherche, par exemple sur la maladie d’Alzheimer », mais sans plus de détails, le programme officiel n’ayant pas encore été dévoilé.

Dernier détail : le Conseil européen EPSCO (Emploi, politique sociale, santé et consommateurs) sur la santé se tiendra à Grenoble les 9 et 10 février prochain. 

« L’Europe de la Santé, c’est un sujet qui divise […] Là où la Commission et les Etats prônent par exemple la libre circulation des données de santé, les citoyens et les députés européens veulent d’abord des actions sur la lutte contre la pénurie des médicaments et la levée des brevets sur les vaccins », conclut Michèle Rivasi. 

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