La task-force de la France pour l’écologie et l’énergie

La Première ministre Elisabeth Borne (G), chargée de la Planification écologique, et les deux ministres chargées de la Transition écologique Amélie de Montchalin (D) et de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher (C). [Esther Snippe/EURACTIV]

Deux ministres à la fibre technique et passées par le secteur privé, Amélie de Montchalin et Agnès Pannier-Runacher, devront mener à bien la politique écologique de la France, sous l’œil attentif d’Élisabeth Borne, Première ministre.

Trois femmes piloteront l’action de la France en matière d’écologie, affichée comme l’une des priorités du second quinquennat d’Emmanuel Macron. Ce dernier a nommé l’ancienne ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne à la tête du gouvernement, et l’a chargée de la « Planification écologique et énergétique », en reprenant l’un des slogans de campagne de… Jean-Luc Mélenchon.

Lors du premier déplacement public après l’instauration du gouvernement sur le sujet de la protection de la biodiversité, lundi (23 mai) au Jardin des Plantes de Paris, la Première ministre Élisabeth Borne a indiqué les priorités de ses deux bras droits dans les mois et années à venir.

Amélie de Montchalin, ministre de la Transition écologique, portera « la déclinaison territoriale des politiques de transition écologique » tandis qu’Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique aura pour objectif de « sortir des énergies fossiles ».

L’objectif général fixé par Élisabeth Borne est d’ « atteindre la neutralité carbone et protéger la biodiversité ».

Si deux ministres sont titulaires des portefeuilles anciennement regroupés dans le grand ministère de l’Écologie, Mme Borne a précisé que « la planification écologique concernera tous les ministres qui auront chacun une feuille de route pour tenir nos objectifs, au moment où nous devons absolument accélérer » face à l’urgence climatique.

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Deux profils techniques et pas écologistes

Les milieux associatifs et militants écologistes se désolent du manque d’expérience des deux nouvelles ministres en matière d’écologie : Greenpeace les accuse par exemple d’avoir « une croyance aveugle dans les chimères de la croissance verte et des technologies qui n’existent pas ».

Mais Mme Pannier-Runacher « assume être une technicienne ». Face à des sujets complexes, l’action gouvernementale ne peut se résumer à des « slogans » ou des « paroles » : « il faut être dans les actes », déclarait-elle lors de sa première interview en tant que ministre de la Transition énergétique sur BFMTV mardi (24 mai).

Selon elle, ne pas avoir eu d’engagement politique pour l’écologie ne rime pas avec inaction. Lorsqu’elle était chargée de l’Industrie dans le gouvernement Castex, la France « a réduit [ses émissions] de 3,6 millions de tonnes équivalent CO2 », rappelle-t-elle, grâce à son engagement pour la réduction des gaz à effet de serre des sites industriels.

Face aux mêmes critiques, Amélie de Montchalin assure qu’elle « [fait] partie d’une génération qui a vu tous ces changements [climatiques et de biodiversité] devenir concrets ». Comme sa collègue, elle dit être « une femme d’efficacité ».

L’objectif n’est ni « d’envoyer un signal politique » ni « de faire de l’écologie politique », mais de mener une « politique écologique qui procure aux Français du ‘vivre mieux’ », a-t-elle déclaré sur France Inter mardi matin.

Se définissant comme une « femme de résultats », Mme Montchalin revendique son bilan lorsqu’elle était Secrétaire d’État chargée des affaires européennes : sa première mission fut de « créer une unanimité sur la neutralité carbone en 2050 ». « Au départ, nous étions tous seuls », se souvient-elle, avant de noter que l’unanimité a été atteinte lors du Conseil européen de décembre 2019.

Critiquée pour avoir voté contre l’interdiction du glyphosate, Mme Montchalin explique vouloir « agir en Européenne ». Selon elle, une interdiction de ce pesticide à l’échelle nationale n’aurait eu que très peu de conséquences pratiques, puisque la France aurait continué d’importer des produits d’autres pays qui ne l’interdisaient pas.

« Sortir des énergies fossiles »

Sous la supervision d’Agnès Pannier-Runacher, la France poursuivra un objectif plus simple à dire qu’à mettre en œuvre : à terme, le but est bien d’ « être le premier pays à pouvoir se passer des énergies fossiles ».

Lundi, elle insistait sur la nécessité d’aller vers de la « sobriété énergétique » et le développement des « énergies renouvelables et bas carbone » tout en soutenant les plus ménages les plus modestes dans la transition. Parmi les mesures phare, la ministre a cité la multiplication « par dix la puissance solaire [et] avoir 50 parcs éoliens marins ».

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Planification territoriale et simplification

Dans les priorités d’Amélie de Montchalin figure par exemple la rénovation de 700 000 logements par an, responsables d’une quantité importante d’émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’énergie.

En prônant pour une « écologie des territoires », au plus près des citoyens, la ministre explique qu’un accompagnement des Français les plus modestes dans la transition écologique devra être assuré, ce qui nécessite des investissements importants. En ce sens, un système de leasing doit permettre aux ménages les moins riches d’acquérir un véhicule décarboné avec le soutien de l’État.

Quant à la méthode, le dialogue et la planification seront deux boussoles de l’action de la ministre fraîchement nommée. « Nous voulons de la radicalité dans les résultats, pas dans la rue », assure Mme Montchalin, comme pour désamorcer par avance un éventuel conflit social à venir.

Un Secrétariat général chargé de la Planification écologique a aussi été créé auprès du cabinet de la Première ministre. Confié à Antoine Pellion, ingénieur, proche d’Emmanuel Macron et habitué des cabinets ministériels, il devra « s’assurer » que chaque ministre tienne la feuille de route qui lui aura été donnée, a expliqué la Première ministre, et que la coordination entre les ministres soit fluide.

Mais cette task-force de l’écologie pourrait subir quelques changements dans les semaines à venir : si Élisabeth Borne et Amélie de Montchalin échouent aux élections législatives des 12 et 19 juin prochain, elles devront quitter le gouvernement.

L’équipe gouvernementale pourrait aussi s’étoffer avec de nouveaux visages qui viendraient épauler les deux ministres et reprendre les portefeuilles du Logement et des Transports.

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