La tension ne retombe pas entre les Pays-Bas et la Turquie

Recep Tayyip Erdoğan [Drop of Light/Shutterstock]

La tension est toujours vive entre la Turquie et les Pays-Bas, après l’expulsion de ministres turcs venus mener campagne auprès de la diaspora turque pour le référendum du 16 avril prochain.

La dispute entre les Pays-Bas et la Turquie a eu des échos retentissants jusqu’en France, où le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, a pris la parole ce dimanche lors d’un rassemblement organisé à Metz. François Fillon a dénoncé une « rupture de la solidarité européenne » tandis que le Front national a jugé « scandaleux » la tenue de « discours communautaristes ».

Invoquant ces « attaques rhétoriques portées par la Turquie » contre son partenaire européen néerlandais, le Premier ministre danois, Lars Løkke Rasmussen, a proposé pour sa part que la visite prévue ce mois-ci de son homologue turc Binali Yildirim soit différée.

Les Pays-Bas ne sont pas le premier pays européen à avoir annulé des réunions politiques auxquelles devaient participer des ministres turcs en campagne pour le « oui » à la réforme de la constitution, qui vise à renforcer les pouvoirs présidentiels.

Situation tendue à l’approche des élections néerlandaises

Mais à l’approche des élections législatives de mercredi prochain, où le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders, islamophobe et anti-immigration, devrait progresser au terme d’une campagne qui a surtout tourné autour de ces thèmes de prédilection, les autorités néerlandaises ont refoulé samedi deux ministres turcs.

En fin de matinée d’abord, l’avion qui transportait Mevlut Cavusoglu s’est vu interdit d’atterrissage à Rotterdam. Dans la soirée, la police néerlandaise a raccompagné la ministre de la Famille, Fatma Betul Sayan Kaya, à la frontière allemande après l’avoir empêchée d’entrer dans le bâtiment du consulat de Turquie à Rotterdam et l’avoir déclarée indésirable sur le territoire néerlandais.

« En tant que ministre détentrice d’un passeport diplomatique, je n’ai pas besoin d’autorisation pour venir rencontrer mes concitoyens à notre consulat, qui est considéré comme territoire turc », a déclaré la ministre, soulignant : « Nous n’avons aucune intention d’interférer dans les affaires intérieures des Pays-Bas. »

« Le nazisme est encore très répandu en occident »

Dans la nuit, la police néerlandaise a utilisé des chiens et des canons à eau pour disperser plusieurs centaines de manifestants qui s’étaient rassemblés munis de drapeaux turcs devant le consulat de Rotterdam et plusieurs personnes ont été frappées à coups de matraque par les forces de l’ordre.

Dans le même temps, les autorités turques ont fait fermer l’ambassade des Pays-Bas à Ankara et le consulat à Istanbul devant lesquelles des centaines de manifestants s’étaient également réunis.

« Ils auront naturellement à en payer le prix et aussi à apprendre ce qu’est la diplomatie », a prévenu le 12 mars le président turc Recep Tayyip Erdogan à Istanbul. « Je pensais que le nazisme était mort, mais j’avais tort. Le nazisme est encore très répandu en Occident. L’Occident a montré son vrai visage », a-t-il poursuivi.

Dans l’après-midi, le président turc, qui mène campagne pour le « oui », a poursuivi ses attaques, réclamant que des organisations internationales imposent des sanctions aux Pays-Bas qui se comportent, a-t-il dit, en « république bananière » et déplorant le silence des pays européens face au traitement réservé à ses deux ministres.

A Metz, où il a réclamé des excuses de la part des autorités néerlandaises, son ministre des Affaires étrangères a accusé les Pays-Bas d’être « la capitale du fascisme ».

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui appelait dans la matinée à l’apaisement, a souligné après coup que les « propos incendiaires » d’Erdogan et ses comparaisons avec le nazisme ne contribueraient pas à une désescalade.

« Nous avons abouti à une situation absolument sans précédent dans laquelle un allié membre de l’OTAN avec lequel nous entretenons des liens historiques et des relations commerciales fortes agit d’une manière totalement inacceptable et irresponsable », a-t-il dit à la presse.

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