La vente du Mistral à la Russie sème la pagaille entre les Européens

Laurent Fabius a répondu aux attaques de David Cameron sur la vente des Mistrals à la Russie (Credit: [Russavia][Guillaume Paumier]/Flickr)

Faces aux critiques de David Cameron sur la vente de Mistral à la Russie, le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, a appelé le Royaume-Uni à « balayer devant sa porte ». Les Européens restent divisés sur l’attitude à adopter face à Vladimir Poutine.

La France et le Royaume-Uni se renvoient à leurs responsabilités respectives dans le dossier des relations avec la Russie, alors que les 28 États membres européens peinent à adopter un front uni face à Vladimir Poutine.

Critique sur la vente des Mistrals

Laurent Fabius a répliqué mardi 22 juillet aux attaques de la Grande-Bretagne contre le contrat de la France avec la Russie pour la livraison de navires Mistral, invitant David Cameron à se préoccuper de la présence d’oligarques russes à Londres.

Le premier ministre britannique avait mis en cause la veille l’opportunité du contrat français au regard de la situation en Ukraine, soulignant devant la Chambre des communes qu’une telle transaction serait « impensable » en Grande-Bretagne.

« Nous devons mettre la pression sur tous nos partenaires pour dire que nous ne pouvons pas continuer à faire des affaires comme si de rien n’était avec un pays, quand il se comporte comme ça », avait-il ajouté.

>>Lire : L’Ukraine s’insurge contre la vente des Mistral à la Russie

« Les Anglais, en particulier, ont été extrêmement aimables, entre guillemets, en disant : « Jamais nous n’aurions fait cela » a commenté le chef de la diplomatie française lors d’une interview sur TF1.

« Je leur ai dit (…) : chers amis britanniques, parlons aussi de la finance. J’ai cru comprendre qu’il y avait pas mal d’oligarques russes à Londres…. » a-t-il poursuivi.

« Vous les invitez à balayer devant leur porte? », lui a demandé le journaliste qui l’interviewait. « Exactement », a répondu Laurent Fabius.

Le contrat Mistral porte sur deux navires de ce type qui doivent être livrés au Kremlin vers la fin de l’année 2014 pour la somme de 1,2 milliard d’euros à la suite d’un contrat signé en 2011.

« Il y a une règle qui vaut en matière internationale comme en matière nationale : les contrats signés et d’ailleurs payés doivent être honorés », a-t-il justifié, précisant qu’il avait rappelé aux Britanniques que ce principe « existait pour tout le monde ».

François Hollande a confirmé le 21 juillet la décision de la France de livrer en octobre 2014 un premier porte-hélicoptères Mistral à la Russie malgré la crise ukrainienne et les critiques émanant notamment de Londres et de Washington.

La livraison d’un second Bâtiment de projection et de commandement (BPC) commandé par Moscou dépendra de son « attitude » dans le dossier ukrainien, a toutefois précisé le président français.

« Pour le deuxième bateau, qui n’est pas encore totalement construit, l’année prochaine, cela dépendra de l’attitude des Russes », a confirmé Laurent Fabius.

Le contrat de vente de ces deux porte-hélicoptères avait déjà soulevé des protestations de la part de l’Ukraine. Le 14 juillet, quelques centaines de manifestants ukrainiens s’étaient alors rassemblés à Kiev pour protester contre cette livraison militaire à la Russie, alors que se déroulaient des célébrations de la fête nationale française.

Le Royaume-Uni visé par un rapport parlementaire

Au Royaume-Uni, un rapport parlementaire publié le mercredi 23 juillet a mis le pays dans une situation délicate. En effet, ce rapport indique que le Royaume-Uni continue de vendre des armes et de l’équipement militaire à Moscou.

 Selon le texte, 251 licences délivrées par le gouvernement britannique autorisant la vente à la Russie de fusils de précision, de munitions pour armes légères, de gilets pare-balles, d’ « équipement cryptographique », de communication militaire et de vision nocturne pour une valeur globale d’environ 132 millions de livres (167 millions d’euros), sont toujours en vigueur.

L’UE envisage de nouvelles sanctions

Sur fond de divergences franco-britanniques, les ministres des Affaires étrangères des 28 États membres se sont rassemblés le 22 juillet à Bruxelles pour la première fois après la chute du vol MH17 de la Malaysia Airlines, sans réussir à prendre de décision ferme.

Les chefs de la diplomatie des vingt-Huit ont soulevé pour la première fois la possibilité de restreindre l’accès de la Russie aux marchés européens des capitaux, aux services financiers et aux technologies de la défense et de l’énergie. Ils ont chargé la Commission européenne de préparer des propositions en ce sens.

>>Lire : L’UE prudente face à la catastrophe aérienne en Ukraine

Des sanctions de ce niveau nécessiteraient l’approbation de l’ensemble des chefs d’Etat et de gouvernement des États membres de l’UE et ne s’appliqueraient que si Moscou ne coopère pas à l’enquête internationale sur la destruction du Boeing de Malaysia Airlines jeudi dernier au-dessus d’une zone contrôlée par les séparatistes pro-russes de l’Est ukrainien ou ne stoppe pas les livraisons d’armes.

Le prochain sommet européen est prévu le 30 août, mais un conseil européen extraordinaire pourrait être organisé d’ici là, dit-on de source diplomatique à Bruxelles. Un diplomate estime même « hautement probable » que les chefs d’Etat et de gouvernement des vingt-Huit se réunissent la semaine prochaine.

La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé les projets de signer un accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Or il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation et la destitution du chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir de la péninsule sur la mer Noire dans la plus grande crise opposant la Russie à l’Occident depuis la fin de la guerre froide.

Actuellement, les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans dix villes de l'Est ukrainien après avoir s'être soulevés le 6 avril dernier. Le 11 mai, les rebelles prorusses ont affirmé qu'ils avaient remporté une victoire éclatante lors d'un référendum à Donetsk. L'Occident estime pour sa part que ce référendum est illégal et illégitime.

  • 30 août 2014: Conseil européen

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