La victoire de Benoît Hamon ouvre une période d’incertitude pour le PS français

Benoît Hamon [@PS/Flickr]

Largement vainqueur de la primaire socialiste, Benoît Hamon représente une frange très à gauche du parti, qui risque l’implosion.

Le premier tour avait été une surprise avec la première place de Benoît Hamon, le second n’en a pas été une. Le député frondeur et ancien ministre de l’Éducation a remporté haut la main dimanche 29 janvier la primaire de la « Belle alliance populaire » par 58 % des voix contre Manuel Valls (41%), ancien Premier ministre. Comme au premier tour, la participation n’a pas été au rendez-vous. Les quelques  millions de votants permettent tout juste au PS de ne pas perdre la face.

Cette victoire est lourde de conséquences. Dans l’immédiat, Benoît Hamon aura l’immense tâche de rassembler son camp en vue de la présidentielle. Un vrai pari quand on voit la situation de départ : selon les sondages, il ne figure qu’à la cinquième place du premier tour, derrière François Fillon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Il est crédité d’intentions de vote oscillant entre 7 et 9 %. Ce qui est donc bien loin d’une qualification pour le second tour de l’élection présidentielle.

Surtout, son programme, dont la mesure phare est le revenu universel – une allocation de 750 euros par mois versée à tous les Français de plus de 18 ans, quels que soient leur capital ou leur niveau de ressources – est loin d’avoir fait l’unanimité pendant la primaire. Bien au contraire, Benoît Hamon a été très attaqué sur le sujet par ses compétiteurs, Manuel Valls et Arnaud Montebourg en tête. Son tour de force politique est d’avoir imposé ce débat et d’incarner une gauche qui pense le nouveau modèle social, à l’heure des transitions numérique et écologique et de l’« ubérisation » du monde du travail. Un discours parfois vu comme utopique, mais qui a su séduire l’électorat de la primaire.

Faire campagne ? « C’est bien le problème »

Difficile de voir le camp des vallsistes et des hollandais faire campagne aux côtés de Benoît Hamon dans ces circonstances. « C’est bien le problème », a déclaré Manuel Valls au « Parisien », quand la question lui a été posée de savoir s’il était prêt à défendre le revenu universel.

Au-delà du seul revenu universel, il sera difficile pour beaucoup d’élus du PS, représentant les vallsistes ou les hollandais, de faire campagne pour un homme, Benoît Hamon, qui a contesté frontalement la politique du gouvernement depuis deux ans et demi, et donc Manuel Valls. Limogé en août 2014 en même temps qu’Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti, Benoît Hamon est devenu un frondeur parmi les plus actifs. Il est allé jusqu’à signer le texte réclamant une motion de censure contre le gouvernement dans le cadre de l’examen de la loi Travail, au printemps dernier.

De fait, nombreux sont ceux à être tentés par la candidature d’Emmanuel Macron à la présidentielle, une candidature qui présente par ailleurs l’intérêt d’avoir le vent en poupe. Plusieurs parlementaires proches de Manuel Valls pourraient franchir le Rubicon et soutenir Emmanuel Macron. Ils le feraient dès le début de la semaine, via un appel publié dans la presse. Certains le laissent déjà sous-entendre.

Invité mercredi dernier de l’association des journalistes parlementaires à l’Assemblée nationale à Paris, Gilles Savary, député de la Gironde et soutien de Manuel Valls, a déclaré qu’il pourrait tout à fait soutenir Emmanuel Macron, tout en restant au PS. Mais il n’est pas question de voir Manuel Valls rallier Emmanuel Macron : l’inimitié entre les deux hommes est trop forte pour envisager une quelconque alliance.

Quel premier secrétaire ?

Au-delà d’une présidentielle qui s’annonce compliquée pour Benoît Hamon, avec un PS qui risque de ne pas le soutenir en bloc comme ce fut le cas pour Ségolène Royal en 2007, se pose aussi la question de l’avenir du parti fondé par François Mitterrand en 1971 au Congrès d’Epinay.

Après la présidentielle, et la défaite annoncée, la bataille fera rage dans la perspective du prochain congrès pour prendre les rênes du PS. Selon les statuts du parti, il doit se tenir dans les 12 mois suivants l’élection.

Candidat à la présidentielle, Benoît Hamon se posera en premier secrétaire naturel. Mais c’est oublier que les frondeurs, dont il est devenu le chef de file incontesté après sa victoire à la primaire, ne représentent que 30 % du PS, comme ce fut le cas lors du Congrès de Poitiers en juin 2015.

Les scores cumulés de Benoît Hamon et d’Arnaud Montebourg au premier tour de la primaire, soit plus de 50 % des voix, sont en trompe l’œil : il intègrent des électeurs qui ont voulu sanctionner Manuel Valls, accusé d’avoir poussé François Hollande à renoncer à se présenter, ainsi que des électeurs plus proches de la gauche de la gauche, loin du PS. S’ils peuvent se deviner, ces éléments sont toutefois impossibles à démontrer, et à quantifier.

Avec une prise en main du parti par Benoît Hamon, la perspective d’une « corbynisation » du PS, du nom du leader travailliste britannique, inquiète les tenants d’une ligne plus sociale-démocrate, qui craignent de voir leur parti rester pour des années dans l’opposition. La bataille s’annonce dure avec Manuel Valls qui, loin de renoncer, tentera lui aussi de prendre le parti en vue de la prochaine échéance présidentielle, en 2022.

La primaire laisse un PS qui n’a toujours pas réussi à clarifier sa ligne idéologique, comme l’a montré le débat, courtois mais frontal, entre Manuel Valls et Benoît Hamon mercredi dernier à la télévision française. Entre social-démocratie, ou gauche du réel comme le disent ses partisans, et vraie gauche fidèle à ses valeurs, c’est l’impasse. L’exercice du pouvoir, entre 2012 et 2017, a fracassé le fragile équilibre politique construit par François Hollande.

Au PS, ils sont nombreux à ne plus vouloir faire de compromis initiés juste pour gagner l’élection présidentielle, le sommet de la vie politique française, tant les divergences sont profondes. C’est ce que François Hollande, premier secrétaire de 1997 à 2008, avait réussi à faire en 2011. C’est aussi ce qui a précipité son échec politique tout au long du quinquennat, le poussant à renoncer à se présenter, une situation inédite depuis la création de la Ve République en 1958.

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