La voix de l’Europe du Sud, un enjeu crucial

La voix des pays d'Europe du Sud, comme celle du président du conseil italien, Paolo Gentiloni, est donc déterminante. [EPA/MaxPPP]

Macron a retrouvé à Rome ses partenaires européens de l’Europe du Sud, frappés de plein fouet par la crise financière et migratoire. Des enjeux récemment éclipsés par le Brexit et les dérives de la Pologne et de la Hongrie. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Depuis cinq ans, l’Italie et la Grèce, et dans une moindre mesure l’Espagne, ont été confrontées à une pression sans précédent sur leurs côtes. Avec un pic d’arrivées de migrants en 2016, qui a provoqué des craquements sur tout le continent. Au point de faire échouer toute politique de solidarité entre partenaires, en raison du refus notamment des États d’Europe centrale. Au point même d’affaiblir une chancelière allemande que l’on croyait inoxydable.

L’immigration, c’est certes le fonds de commerce des partis d’extrême droite un peu partout en Europe, mais ce n’est pas que cela. C’est un réel défi humanitaire, social, politique qu’aucun État ne peut prétendre relever seul.

Or, les pays du Sud ont été littéralement pris en étau. Entre la pression humanitaire et le refus de partager le fardeau au nom du risque populiste. L’Italie, par exemple, a sauvé des dizaines de milliers de vies en Méditerranée, et racheté ainsi un peu l’honneur du continent. Tout en sentant monter la menace d’une fermeture de sa frontière autrichienne ou le bruit des patrouilles françaises à Vintimille.

Une politique migratoire

Cet isolement n’est plus tenable depuis des mois. Pour des raisons de coût économique, social et politique. C’est ce qui a amené le gouvernement italien à ne plus attendre, et à prendre l’initiative en Libye, et au Niger, pour freiner les trafics d’êtres humains. Comment ? En faisant ce que les Européens faisaient au temps deKadhafi, sans le dire. En passant des accords avec les milices libyennes pour réduire les flux.

À quel prix ? Au prix d’un drame humanitaire qui se joue en territoire libyen, où les caméras sont moins nombreuses qu’à Lampedusa. Kadhafi laissait ses hommes de main refouler les migrants dans le désert ou les entasser dans des geôles sordides. Les milices d’aujourd’hui font plus ou moins la même chose.

Cette politique a permis de diminuer les arrivées depuis l’été, mais elle ne règle pas le problème en soi. Ni celui du manque de solidarité. Ni l’absence d’une politique migratoire commune enEurope. Ni l’ampleur de la pression venant du continent africain, qui ne diminuera effectivement que si une nouvelle approche du développement voit le jour.

Aucun grand pays d’immigration (États-Unis, Canada, Australie) n’a jamais subi la demande migratoire que vit actuellement l’Europe sans mettre en place une politique, souvent ferme, de régulation. Avec ses limites, voire même ses brutalités ou ses injustices, mais avec un dessein d’ensemble. Les divisions entre Européens ont jusqu’ici empêché la réflexion sur ce point, et ce ne sont pas Vienne, Varsovie et Budapest qui y aideront.

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