L’Allemagne envisage d’exporter des armes vers l’Ukraine, au risque de créer des divisions internes

La présidente de la commission de la Défense, le Dr Marie-Agnes Strack-Zimmermann, FDP. [DBT/Maco Urban]

Après le refus initial du gouvernement allemand de fournir à l’Ukraine des armes défensives, les responsables politiques allemands font pression pour que cette position soit reconsidérée. Le plus grand pays de l’UE a également laissé entendre qu’il pourrait désormais soutenir l’exportation de certaines armes vers l’Ukraine via l’OTAN, ce qu’il avait précédemment bloqué.

Marie-Agnes Strack-Zimmermann, présidente de la commission de la Défense du Bundestag et membre du parti libéral FDP, a déclaré mercredi 19 janvier que l’option des exportations d’armes vers Kiev serait à nouveau sur la table.

« La fourniture d’armes défensives pourrait être un moyen de soutenir l’Ukraine », a déclaré Mme Strack-Zimmermann. «Toutefois, ce [soutien] doit être défini avec précision », a-t-elle ajouté.

Alors que d’autres membres de l’OTAN, comme le Royaume-Uni, les États-Unis et, plus récemment, la République tchèque, se sont engagés ces dernières semaines à aider Kiev en lui fournissant des armes, l’Allemagne a refusé de faire de même.

Selon l’accord de coalition allemand, le gouvernement n’exportera pas d’armes vers les régions en conflit, ce qui inclut l’Ukraine.

Le chancelier Olaf Scholz, un social-démocrate, et la ministre écologiste des Affaires étrangères Annalena Baerbock ont tous deux été très clairs à ce sujet.

Lors de sa visite en Ukraine lundi, Mme Baerbock a expliqué que cette décision était ancrée dans l’histoire de son pays et que l’Allemagne préférait adopter une approche diplomatique pour désamorcer la crise déclenchée par l’amassement de troupes russes autour de l’Ukraine.

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L’Allemagne a réitéré son refus d’envoyer à l’Ukraine des armes défensives qui, selon Kiev, aideraient le pays à repousser une éventuelle invasion russe.

Malgré les dernières avancées politiques, les chances que l’Allemagne change de position sont minces.

« Il s’agit seulement de reconsidérer, il ne s’agit pas de changer », a déclaré à EURACTIV Andras Racz, chercheur principal au Conseil allemand des relations étrangères (DGAP).

Stefan Meister, chef du programme Ordre international et démocratie au DGAP, a ajouté qu’« il existe un large consensus au sein du gouvernement allemand sur le fait que les livraisons d’armes tendent à l’escalade et nous priveraient de la possibilité d’être dans un dialogue et une médiation avec la Russie ».

Le chancelier Scholz a déclaré mercredi en visioconférence au Forum économique mondial qu’il est encore trop tôt pour dire si les discussions intensives avec la Russie permettront de désamorcer la situation.

M. Meister, de la DGAP, a toutefois prévenu que l’approche allemande était futile. « Il faut tracer des lignes rouges pour la Russie car elle n’a aucun intérêt à faire des compromis », a-t-il déclaré.

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Des livraisons d’armes via l’OTAN ?

L’Allemagne a également bloqué l’exportation de certaines armes vers l’Ukraine via l’OTAN, mais a indiqué ces derniers jours qu’elle soutiendrait une telle démarche.

« La question des livraisons d’armes est décidée dans le cadre du partenariat avec l’OTAN, et c’est là qu’elle doit se situer », a déclaré mardi à la presse le ministre de l’Économie et du Climat Robert Habeck.

Reste à savoir si cela implique que l’Allemagne lèvera son veto à certaines livraisons d’armes à l’Ukraine. Selon M. Meister, cette approche n’entraînera pas un changement fondamental de la position de l’Allemagne, qui continuera probablement à opposer son veto aux armes létales.

« Je ne pense pas que la position va changer. Je pense que Mme Baerbock l’a également fait savoir très clairement hier », a déclaré M. Meister.

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L’énigme des livraisons d’armes allemandes

Si l’Allemagne a jusqu’à présent refusé de soutenir l’Ukraine en matière d’exportations d’armes, elle a enregistré le plus grand nombre global d’exportations d’armes en 2021.

Selon le ministère de l’Économie, les exportations d’armements ont atteint 9,35 milliards d’euros en 2021, soit le chiffre le plus élevé de l’histoire allemande, contre 5,82 milliards d’euros l’année précédente. À elle seule, l’Égypte a reçu des armements pour une valeur de 4,34 milliards d’euros.

Le précédent gouvernement de coalition composé des sociaux-démocrates et des conservateurs de la CDU/CSU avait donné son feu vert à ces livraisons. Toutefois, la nouvelle coalition gouvernementale progressiste vise à réduire les exportations d’armes dans le cadre d’un programme plus large de politique de paix internationale.

Selon le ministère de l’Économie, l’Allemagne présentera d’ici l’été une nouvelle loi sur le contrôle des exportations d’armes afin de restreindre davantage les exportations d’armes vers les pays tiers.

Toutefois, il reste à voir si le nouveau gouvernement tiendra cette promesse, car son prédécesseur s’était également engagé à réduire les exportations d’armements.

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