L’allocution d’Emmanuel Macron devant le Parlement européen se transforme en règlement de compte

Le chef de l'État était venu échanger avec les législateurs européens dans le cadre de la présidence tournante du Conseil de l'UE qui incombe à la France au premier semestre 2022. [JULIEN WARNAND/EPA]

C’est devant un hémicycle très agité qu’Emmanuel Macron est venu présenter à Strasbourg, mercredi (19 janvier), le programme de la présidence du Conseil de l’UE que la France assume depuis le 1er janvier.

L’exercice auquel s’est prêté le président de la République avec les eurodéputés, réunis en séance plénière au Parlement européen de Strasbourg, a très vite pris la tournure d’une séance de doléances avec les oppositions en France.

Le chef de l’État était venu échanger avec les législateurs européens dans le cadre de la présidence tournante du Conseil de l’UE qui incombe à la France au premier semestre 2022.

C’est l’eurodéputé Yannick Jadot, également candidat écologiste pour l’élection présidentielle, qui a ouvert les hostilités. « Vous avez fait un beau discours. Tout y était. […] Sauf que vous présidez la France depuis 5 ans et, à ce titre, vous êtes comptable d’un bilan pour la France et l’Europe », a-t-il déclaré, critiquant au passage « l’alliance climaticide avec la Pologne et la Hongrie » au sujet de la taxonomie européenne.

« Vous resterez dans l’histoire le président de l’inaction climatique », a-t-il adressé directement à Emmanuel Macron, ne manquant pas de faire référence au film à succès « Don’t look up ».

L’Europe du climat et de la justice sociale au coeur du projet de Yannick Jadot

Candidat du parti EELV, Yannick Jadot élabore, sans surprise, un projet présidentiel dans lequel l’Europe a une place prépondérante. Un positionnement à double tranchant quand il s’agit de séduire un électorat français pas toujours pro-européen.

Jordan Bardella, député européen du groupe Identité et démocratie (ID) et président du Rassemblement national (RN), a ensuite pris le relais. « Votre Europe a 60 ans. La nôtre en a 3 000 », a assené M. Bardella, reprochant à Emmanuel Macron sa politique migratoire.

L’élection présidentielle à venir « ne décidera pas seulement du sort de la France mais de l’Europe toute entière », a-t-il estimé à la tribune, qualifiant tantôt son interlocuteur de « diviseur », tantôt de « liquidateur à la tête de l’État français »

Marine Le Pen veut faire de l'Europe une « association des Nations libres »

Après la défaite à l’élection présidentielle de 2017, le Rassemblement national a renouvelé son discours sur l’Europe, faisant notamment le choix d’abandonner son projet de sortie de l’euro, à la veille des élections européennes de 2019.

« Ce que vous protégez ce ne sont certainement pas les gens dans la galère mais bien les multinationales et les milliardaires », a ensuite dénoncé l’élue La France insoumise (LFI) et co-présidente du groupe de la Gauche au Parlement, Manon Aubry. S’adressant au « président du mépris » et citant les petites phrases prononcées par M. Macron qui ont pu défrayer la chronique, elle l’a accusé de « casser les droits sociaux » et « réprimer les mobilisations ».

« La présidence française ne devrait pas être une marche pied électoral », a-t-elle ajouté.

Plan A ou plan B, Jean-Luc Mélenchon se dit prêt à affronter les traités européens

Plus qu’un contre-programme pour l’UE, Jean-Luc Mélenchon a présenté mardi (18 janvier) sa « méthode » pour dépasser les blocages européens s’il était élu en avril prochain, la veille du discours du président Emmanuel Macron devant les eurodéputés à Strasbourg.

Même son de cloche du côté de François-Xavier Bellamy, membre du Parti populaire européen (PPE). « Le calendrier que vous avez cautionné servira plus votre campagne présidentielle que l’action européenne », a-t-il déploré.

« Je formule le vœu que la Présidence française réussisse et rappelle, une fois encore, que l’intérêt et général passe avant l’intérêt particulier, fut-ce t-il d’un chef d’État… en campagne », a pour sa part estimé Eric Andrieu des sociaux-démocrates sur Twitter.

« Pas un débat national »

« Quelle honte de transformer cet hémicycle en Assemblée nationale », s’est ému le président du groupe Renew, Stéphane Séjourné, peu de temps avant que la tout juste élue présidente du Parlement européen, la maltaise Roberta Metsola, intervienne pour souligner qu’il « ne s’agit pas d’un débat national ».

« Je suis surpris qu’on reproche à qui que ce soit de signer des textes avec la Pologne ou avec la Hongrie », a tenu à répondre le chef de l’État, estimant que le parti pris de M. Jadot reviendrait à « arrêter l’UE tout de suite ».

M. Macron s’est ensuite fendu d’un commentaire à l’égard de M. Bardella qui « très méthodiquement dit n’importe quoi ».

Charte des droits fondamentaux de l’UE

Au-delà des échanges mouvementés, ponctués d’applaudissements ou de cris hostiles, Emmanuel Macron est revenu sur les priorités de la PFUE.

« Nous sommes cette génération qui redécouvre la précarité de l’État de droit », a-t-il déclaré en début de sa prise de parole, avant de faire l’éloge du projet européen et salué « cette Europe qui a qui tenu fermement la barre » pendant la crise sanitaire.

Plus concrètement, Emmanuel Macron a rappelé son soutien au droit d’initiative législatif pour le Parlement européen.

Enfin, il a proposé aux législateurs d’actualiser la charte des droits fondamentaux de l’UE en y incluant la protection de l’environnement et la reconnaissance du droit à l’avortement — à quelques mètres de Roberta Metsola, connue pour ses positions anti-avortement.

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