60 ans après la conférence décisive qui a posé les fondements de l’UE d’aujourd’hui, le Congrès de l’Europe à La Haye a cherché à donner à nouvel élan au projet européen en identifiant les nouvelles idées dans les domaines de l’économie, du social et de l’éducation.
Une Europe plus politique ?
Les temps forts du congrès comprenaient une assemblée plénière qui réunissait les présidents des trois institutions européennes et d’autres dirigeants des principaux partis politiques au niveau de l’UE.
Wilfried Martens, un ancien Premier ministre belge qui dirige à présent le parti de centre droit, le parti populaire européen (PPE), a provoqué une tempête d’applaudissements lorsqu’il a déclaré qu’il était partisan des partis politiques européens qui choisissent leurs candidats en vue de diriger la Commission à la veille des élections européennes. Selon lui, ce choix donnerait un visage plus humain aux élections européennes et permettrait également de les personnaliser.
Graham Watson, le dirigeant du groupe des libéraux démocrates au Parlement (ALDE), a approuvé ces propos en affirmant que les citoyens veulent savoir à l’avance pour qui ils vont voter et quel homme ou quelle femme va devenir le dirigeant au pouvoir.
Cependant, M. Martens n’a pas semblé être en mesure de garantir si son propre parti serait capable de convenir d’un candidat commun pour les prochaines élections européens, prévues en juin 2009. Il a déclaré que cela dépend de l’influence que les partis politiques européens exercent sur leurs Premiers ministres.
A La Haye, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso est persuadé que les premiers succès de l’intégration européenne –qui a commencé avec la Communauté européenne du charbon et de l’acier en 1951 – pourraient se répétés durant le siècle présent en adoptant une ligne similaire.
M. Barroso pense qu’à présent, l’énergie et le changement climatique peuvent donner un élan similaire et renforcer davantage le processus d’intégration au sein de l’Europe et dans le monde si l’Europe mène le débat et montre les mesures à prendre sur ces questions.
Les participants de ce séminaire se sont mis d’accord en choisissant trois idées liées à l’énergie et au changement climatique dans leur liste des 20 premières priorités. Cependant, d’autres priorités leur ont semblé plus urgentes, comme augmenter les échanges entre l’UE et ses citoyens et élaborer une politique de défense commune.
Hans-Gert Pöttering, le président du Parlement européen, a soutenu une plus grande action en faveur de l’armée, en déclarant qu’à lui seul le pouvoir de persuasion est trop clément.
Economie, politiques sociales et immigration
Le séminaire sur l’intégration économique et sociale a adopté une approche pragmatique, ciblée sur la recherche de solutions possibles. Le professeur Maria Joao Rodrigues, un professeur d’université, conseillère auprès du gouvernement portugais et de la Commission européenne, a souligné les nombreuses opportunités en perspective pour l’économie européenne : les technologies à faible intensité de carbone, les technologies agricoles et biologiques, les améliorations dans le domaine des services de santé, les TIC et les industries innovantes, etc.
Le principal défi, selon les participants, est de préparer les réponses à la mondialisation. L’Europe peut et doit orienter la mondialisation, ont-il convenu. L’immigration, l’environnement et les droits des femmes ont finalement été sélectionnés comme les trois principaux domaines qui impliqueront encore les principaux défis et opportunité pour l’Europe et le monde au cours des dix prochaines années.
En s’exprimant lors de la séance plénière, Philippe Lamberts, coprésident du Parti Vert européen (PVE), a dénigré la proposition de système européen de carte bleue comme solution pour remédier aux pénuries de main d’œuvre et attirer des immigrants hautement qualifiés. Se référant à la Chine et à l’Inde qui sont maintenant confrontés à des problèmes similaires, M. Lamberts a déclaré que la pénurie de travailleurs qualifiés actuelle n’est pas uniquement un problème européen, c’est un problème international.
En Europe, il a reconnu qu’il faudrait investir davantage d’efforts et d’argent dans le système éducatif qui, selon lui, n’est pas suffisamment porteur. Il a insisté : ce n’est pas en créant un carte bleue ou une carte verte que nous résoudrons le problème en Europe.
Le président de la Commission José Manuel Barroso a fait savoir que l’immigration et l’intégration seraient la priorité principale d’un sommet européen sous la présidence française en octobre, mais il a néanmoins averti qu’une politique commune en matière d’asile pourrait prendre plus de temps.
En référence aux propositions sur une politique d’immigration commune, il a également mis en garde les dirigeants européens qu’il espérait que ceux-ci montrent leur sens du leadership et de la responsabilité, ajoutant qu’une réaction contraire donnerait libre cours à des réponses populistes et xénophobes.
Culture et éducation
Les participants au séminaire sur les thèmes de la culture et de l’éducation a insisté sur les nombreux avantages qu’apporte l’intégration européenne aux citoyens dans leur vie quotidienne. Cependant, ils ont déploré le fait que la plupart des Européens ne semblent pas profiter de ces avantages et regrettent le manque de référence au drapeau ou à l’hymne de l’UE comme les symboles capables de rapprocher l’Europe des citoyens.
Des propositions sont ressorties du séminaire axé sur la promotion de programmes de mobilité transfrontalière en faveur des étudiants comme Erasmus ou les initiatives de jumelage d’université, la création d’un cadre européen de coordination pour l’apprentissage des langues et le développement d’une approche commune pour l’enseignement de l’histoire.
En s’exprimant lors d’un débat télévisé suite au séminaire, M. Barroso a déclaré que l’UE peut soutenir l’éducation par des programmes comme Erasmus, mais il a appelé les gouvernements et les autorités locales à également prendre leurs responsabilités.
On ne peut pas tout demander aux institutions européennes parce que le budget est limité, a déclaré M. Barroso.

