Le FN juge l’accord de Paris sur le climat « bancal »

Marine Le Pen présente son programme écologique et son «protectionniste intelligent». [Blandine Le Cain/Flickr]

La présidente du Front national a présenté, le 2 décembre, les grandes lignes de son programme écologique. Au menu : transition énergétique, retour à la terre et «protectionnisme intelligent». Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

À la question de savoir si c’est bien ici que Marine Le Pen va présenter son programme écologique, le vigile rit. «Écologie, on n’a pas l’habitude», répond, hilare, l’un des nombreux malabars qui gardent l’accès à la salle de réunion d’un établissement de luxe, situé à quelques encablures de l’Arc de triomphe de Paris. «Et se réunir, le jour d’Austerlitz, à l’hôtel Napoléon, c’est tout un symbole», s’amuse Florian Philippot, vice-président du Front national.

Quelques jours après que des caciques de LR ont regretté l’absence de l’écologie dans les débats de la primaire de la droite et du centre, le parti d’extrême droite présentait son programme environnemental.

Le Front national veut faire de l'écologie

Le parti de Marine Le Pen a lancé le collectif « Nouvelle écologie ». Qui veut lutter contre les négociations internationales sur le climat, et défend le nucléaire.

Diagnostic imparable

Près de deux heures durant, experts, députés européens, économistes, entrepreneurs livrent leur diagnostic. Un bilan auquel pourrait souscrire bien des écologistes, situés à l’autre extrémité du spectre politique: disparition des abeilles, ravages de l’agro-industrie, souffrance animale, réchauffement climatique, artificialisation des terres, désertification rurale. Sans oublier une opposition déterminée au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes: «un projet totalement inutile», tranche Philippe Murer, l’animateur de Nouvelle écologie, le groupe de réflexion sur l’environnement du Front national (FN).

EDF renationalisée

Les remèdes à ces maux existent. A commencer par une véritable transition énergétique. «Mais pas comme en Allemagne», prévient l’un des experts. Dans une France débarrassée du carcan «européiste», on poursuivra l’exploitation de tout le parc nucléaire d’EDF. Un électricien qui sera de nouveau 100% public. Nationalisé pour la seconde fois depuis 1946, le groupe récupérera l’intégralité des barrages français (Engie a du mouron à se faire). Les responsables frontistes ne supportent pas l’idée que les concessions puissent échoir à un autre industriel. «Cela créerait des risques insupportables pour des milliers de personnes», affirme Philippe Murer.

Le Front entend poursuivre l’œuvre de Ségolène Royal. En tout cas, atteindre l’un des objectifs de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV): réduire considérablement la consommation d’énergies fossiles. «Ce qui nous rendra moins dépendants des pays du Golfe comme l’Arabie saoudite qui, en plus de son pétrole, nous envoie son idéologie», martèle la présidente du FN, Marine Le Pen.

Certaines énergies renouvelables

Pour ce faire, Nouvelle écologie préconise de développer certaines énergies renouvelables, tel le photovoltaïque (à condition que les panneaux soient «made in France»), la méthanisation et l’énergie bois. Le patriotisme économique n’est pas dissociable de l’écologie frontiste. Faute, sans doute de producteur français, l’éolien ne recueille pas tous les suffrages frontistes. La plupart des responsables n’évoquent pas l’énergie du vent comme alternative au thermique à flammes. Ceux qui s’y risquent tempèrent vite leur audace en recommandant d’organiser un referendum local avant chaque construction de ferme éolienne. Avec l’issue que l’on peut imaginer.

Isolation et hydrogène

Les deux principaux leviers de la chasse au pétrole seront l’isolation des bâtiments et… l’hydrogène. Pour améliorer la performance thermique des logements, Marine Le Pen propose que la Banque de France octroie des prêts aux banques (à -0,5% d’intérêt!) qui, elles-mêmes, accorderaient des prêts à taux zéro aux particuliers. La patronne du Front mise aussi beaucoup sur l’hydrogène, «carburant» des voitures électriques à piles à combustible de demain et vecteur énergétique susceptible de stocker l’électricité en surplus des sources de production d’électricité intermittente (éolien, photovoltaïque).

>> Lire : L’hydrogène fait son show

Innovante et humaine, l’agriculture

Rejoignant Stéphane Le Foll sur sa détestation des usines agricoles, à l’instar de la ferme des 1 000 vaches, Marine Le Pen préconise un retour à une «agriculture innovante et humaine». Bio, de préférence. La France ayant repris son indépendance, plus question de compter sur les aides de la politique agricole commune (PAC). Aussi, pour financer l’accompagnement des paysans qui amorceront leur conversion à l’agriculture biologique, la candidate à la présidence entend accroître la TVA sur les produits agricoles importés, mais baisser celle frappant les denrées françaises.

Le «protectionnisme intelligent» est l’arme universelle. Il protégera l’économie française de l’importation de produits lointains (souvent frappés d’obsolescence programmée). Il permettra de réserver l’installation des panneaux photovoltaïques tricolores à des artisans français. Il évitera d’importer, par avion, des produits alimentaires du Kenya que nous pourrions cultiver dans nos champs.

Systématique, ce protectionnisme signe, bien sûr, l’arrêt de mort du déjà mal en point traité transatlantique de libre échange (TTIP), mais aussi de l’Accord de Paris. «C’est un accord bancal et inexploitable», conclut Marine Le Pen. Pas de finance carbone pour la France frontiste.

>> Lire : Hollande rappelle à Trump que l’accord de Paris est « irréversible »

>> Lire aussi : L’UE réclame près de 340 000 euros à Marine Le Pen

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