Le gouvernement reste imperméable aux critiques en nommant François de Rugy

Francois de Rugy [@EPA/IAN LANGSDON]

Avec la nomination de François de Rugy à la tête du ministère de la Transition écologique, le gouvernement ne bouge pas d’un iota malgré l’effondrement de la popularité de Macron et l’appel des spécialistes de l’environnement à changer de cap.

Au terme d’une semaine haute en couleur pour l’exécutif, le gouvernement a annoncé mardi un remaniement minimal. La démission de Nicolas Hulot, mardi 28 août 2018, avait pris de court l’équipe d’Édouard Philippe en pleine préparation de la rentrée. L’ex journaliste et présentateur de télé avait dénoncé le poids des lobbys, avant d’annoncer son départ du gouvernement à la radio.

Nicolas Hulot claque la porte en dénonçant le poids des lobbys

Le départ du ministre favori des Français est une critique cinglante de la politique environnementale du gouvernement français.

 

On a ensuite vu l’ex député européen Daniel Cohn-Bendit, approché par le gouvernement, expliquer pourquoi il ne serait pas le nouveau Hulot, en direct à la télévision. L’ancienne ambassadrice en charge des négociations climat de la COP21, Laurence Tubiana, a de son côté déclaré qu’elle n’avait pas été approchée. Pascal Canfin, qui fut ministre du Développement et  eurodéputé, aujourd’hui à la tête du WWF France, a précisé avoir été en contact avec le gouvernement. Et souhaité bon courage à son successeur.

C’est finalement le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, qui a été choisi pour reprendre le ministère de la transition écologique, dont le périmètre restera inchangé.

Avocat de formation, député vert sous François Hollande, candidat malheureux à la primaire du Parti socialiste pour l’élection présidentielle de 2017, l’élu s’était rapidement rallié à Emmanuel Macron pendant la campagne, malgré son engagement de soutenir le gagnant des primaires du PS, Benoit Hamon. Une trahison qui lui vaut une réputation de pragmatique plutôt que d’écologiste. Il avait quitté EELV en 2016 après de sérieux désaccords.

Il avait alors écrit un ouvrage intitulé « Écologie ou gauchisme il faut choisir ! ».

À la tête de l’Assemblée nationale depuis un an, il a fait l’objet de critiques de la part des députés déçus que le gouvernement tente d’affaiblir la chambre des élus.

Il a aussi tenté de porter le sujet Europe à l’Assemblée nationale, notamment en favorisant le rapprochement des activités entre députés européens et nationaux, et en échangeant avec l’assemblée allemande.

Tajani et de Rugy tentent de reprendre la main sur le sujet européen

Les présidents du Parlement Européen et de l’Assemblée Nationale ont pour projet de resserrer leurs liens. L’omniprésence de Macron sur le sujet européen fait de l’ombre aux parlements.

« Comme l’ont dit Hulot et Canfin, sans changement de cap, ce jeu de chaises musicales ne changera rien, malheureusement » a déploré Julien Bayou, porte-parole d’Europe Ecologie Les Verts.

Les secrétaires d’État rattachés au ministère de la Transition écologique n’ont de leur côté été maintenus. Une continuité qui montre déjà le peu de marge de manœuvre de celui qui a accepté le portefeuille.

Dès le départ du ministre du gouvernement, La République En Marche a balayé toute critique politique sur l’absence d’action en faveur de l’environnement depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron. De fait, le choix de la réduction du nucléaire à 50 % de l’électricité produite a été abandonné, la France s’est réengagée dans l’huile de palme avec l’usine de la Mède dans le Sud, la biodiversité en a pris un coup avec l’autorisation de chasse d’espèces supplémentaires d’oiseaux. Dans le même temps, de services du gouvernement ont reconnu que la France allait raté son objectif d’économie d’énergie à 2020, que les émissions de CO2 progressaient, tout comme le recours aux pesticides.

Le fait que le précédent ministre ait perdu tous ses arbitrages, souvent au profit d’intérêts industriels ou agricoles, semble peu discutable.

Un changement de cap appelé de toutes parts

« Ce n’est pas un problème de casting, mais de paradigme et d’ambition que le gouvernement doit changer », a alerté Oxfam en réaction à la nomination.

« Il est à craindre que le nouveau ministre applique la politique d’Emmanuel Macron sans état d’âme », se désole Greenpeace France, qui interpelle le nouveau ministre sur la révision de la programmation pluriannuelle de l’énergie et de la révision des objectifs environnementaux de la PAC.

De son côté, l’eurodéputée Michèle Rivasi a dénoncé sur Twitter le bilan écologique du nouveau ministre.

À la Ligue de Protection des Oiseaux, Allain Bougrain Dubourg prévient que son organisation, « à la veille des élections européennes de 2019, sera particulièrement vigilante pour dénoncer tous les cadeaux électoralistes faits sur pressions des lobbies, notamment agricoles et cynégétiques. Les derniers signes donnés dans ce sens sont inquiétants ».

Sur le nucléaire, François de Rugy s’était dit « déçu » que le gouvernement ait « obéi à EDF » en reculant l’objectif de sortie du nucléaire.

Une centaine de personnalités, chercheurs, économistes et politiques avaient lancé une pétition pour faire bouger la politique française sur l’écologie. Ils proposent notamment un grand programme d’investissement public pour la transition écologique et énergétique. Parmi eux figurent les personnalités françaises les plus crédibles sur les questions climatiques, comme Jean Jouzel, Hervé Le Treut, Jean-Pascal Van Ypersele, les économistes Gaël Giraud, Alain Grandjean, Michel Aglietta, Thomas Piketty, ou la négociatrice climat Laurence Tubiana.

Leur angle est d’appeler à verdir la finance, ce qui permettrait d’orienter tout investissement vers la transition écologique plutôt que vers la seule rentabilité, ce qui induit inévitablement aujourd’hui le développement des énergies fossiles.

« Les dépenses que nous affectons à nos importations d’hydrocarbures, de produits chimiques ou d’autres matières premières non renouvelables doivent aller aux emplois locaux – notamment en développant les économies d’énergies et de matières, les énergies renouvelables et une agriculture durable. Et cela au profit des territoires » précisent-ils. À l’heure où l’obsession du gouvernement Philippe semble être celle de la rigueur budgétaire, leur appel risque toutefois de ne pas être entendu.

Un gouvernement peu apprécié à 9 mois des élections européennes

Le gouvernement a aussi remplacé la ministre des Sports, Laura Fressel, démissionnaire, par une autre sportive, Roxana Maracineau, ancienne nageuse et conseillère régionale socialiste à la mairie de Paris.

L’accueil de personnalités déjà élues au sein du gouvernement permet de simplifier les procédures, notamment celle de vérifications de patrimoine par la Haute Autorité à la Transparence de la Vie Publique. Le parti La République En Marche a décalé sa rentrée politique d’une semaine pour laisser passer le choc du remaniement, et donner plus d’espace au prochain sujet brûlant du parti : les élections européennes.

Alors que Macron est tombé au plus bas dans les sondages, avec une popularité de seulement 31 % de Français satisfaits, le défi de LREM et du gouvernement sera de tenter de reconquérir l’opinion en un laps de temps relativement court.

L’entourage de Macron demeure  plus crédible que les partis traditionnels, où le sujet « Europe » réveille les clivages, il aura toutefois à gérer le risque d’un vote de défiance et de déception.

Emmanuel Macron, qui rencontrera en fin de semaine Angela Merkel à Marseille, a en effet aussi déçu sur le front européen, faute d’arriver à faire avancer la question de la zone euro, mais aussi le fonctionnement des institutions.

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