L’Espagne ne reconnaît pas le Kosovo en tant que pays indépendant, bien qu’elle admette l’accès des ressortissants des Balkans à l’espace Schengen et au territoire de l’UE depuis le 1er janvier, a déclaré lundi 8 janvier le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, rappelant que Madrid ne reconnaît pas les « déclarations unilatérales d’indépendance » telles que celle du Kosovo.
Interrogé par les médias lors d’une visite officielle dans la province de Ciudad Real, M. Albares (Parti socialiste ouvrier espagnol/PSOE, Alliance progressiste des socialistes et démocrates/S&D) a tenu à préciser que l’Espagne « n’a pas changé sa position de non-reconnaissance du Kosovo », a rapporté EFE, partenaire d’Euractiv.
« La position de l’Espagne n’a pas changé. L’Espagne ne reconnaît toujours pas le Kosovo et sa souveraineté », a déclaré le ministre, ajoutant que le gouvernement espagnol « ne reconnaît pas les déclarations unilatérales d’indépendance ».
Bien qu’il n’ait pas été explicite dans ses commentaires, le ministre espagnol a indirectement fait référence, entre autres, à l’approbation de la « déclaration d’indépendance » illégale par le parlement régional de Catalogne le 27 octobre 2017.
Lundi, M. Albares a toutefois exclu que la reconnaissance par Madrid des passeports kosovars soit une réaction directe pour « plaire » aux forces séparatistes catalanes, sur les votes desquelles repose la stabilité du gouvernement progressiste espagnol, a rapporté le quotidien ABC.
« Un passeport catalan »
« J’ai vu des déclarations absolument absurdes », a déclaré le ministre en réponse à la principale force d’opposition, le Partido Popular (PP, Parti Populaire Européen/PPE), qui a exigé dimanche des explications du gouvernement sur la décision de reconnaître les passeports du Kosovo, ce qui — selon le parti conservateur — « crée un précédent pour que tout pays accepte un hypothétique passeport catalan à l’avenir ».
En octobre 2017, le parlement de Catalogne a approuvé — lors d’un vote à bulletin secret et en l’absence des partis anti-indépendantistes (dont le PSOE et le PP/PPE) — une « déclaration d’indépendance » établissant une « République catalane » en tant qu’« État indépendant et souverain dans le cadre de l’État de droit, démocratique et social ».
Cette « déclaration d’indépendance », approuvée par 72 députés des partis séparatistes, a ensuite été annulée par la Cour constitutionnelle. Le texte était le résultat d’un référendum illégal sur l’indépendance de la région, organisé le 1er octobre de la même année, mais déclaré inconstitutionnel peu après.
La loi d’amnistie controversée que le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez (PSOE) a accepté de faire passer en échange des votes des deux principales forces séparatistes catalanes, Ensemble pour la Catalogne (JxCat) et la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), vise à panser les plaies causées par ces mesures anticonstitutionnelles et les actions illégales des séparatistes catalans entre 2012 et 2023.
L’Espagne soutient le dialogue entre Belgrade et Pristina
Toutefois, malgré le refus de Madrid de reconnaître le Kosovo en tant que pays, le ministre a souligné la position favorable de l’Espagne à l’égard du dialogue entre les parties en conflit dans la région.
« L’Espagne ne sera jamais un obstacle au dialogue entre Belgrade et Pristina, pas plus qu’elle ne sera un obstacle, dans ce cas, au dialogue entre Pristina et l’Union européenne », a commenté M. Albares.
Le ministre a rappelé que l’Espagne soutient les initiatives du haut représentant de l’UE, Josep Borrell, « pour promouvoir ce dialogue » entre le Kosovo et la Serbie.
Depuis le 1er janvier de cette année, l’exemption de visa pour les citoyens kosovars dans l’UE est entrée en vigueur, leur permettant de voyager sans visa dans l’espace Schengen et l’Union européenne.
Le parlement régional kosovar a déclaré unilatéralement son indépendance vis-à-vis de la Serbie en février 2008, ce qui a été reconnu par les États-Unis et la plupart des États membres de l’UE, à l’exception de Chypre, de la Roumanie, de la Grèce, de la Slovaquie et de l’Espagne.


