Selon des médias polonais, le ministre polonais des Affaires étrangères Radosław Sikorski serait pressenti pour devenir le futur commissaire européen à la Défense si le poste devait être créé.
Ursula von der Leyen a déclaré à la Conférence de Munich sur la sécurité ce week-end que si elle était réélue, elle chercherait à créer un poste distinct de commissaire européen à la Défense, sans toutefois donner de détails sur l’étendue de la fonction.
Suite à cette annonce, le nom de M. Sikorski a tout de suite commencé à circuler dans la presse polonaise.
M. Sikorski est un homme politique expérimenté qui a occupé le poste de ministre de la Défense au sein des gouvernements des Premiers ministres du parti Droit et Justice (PiS) Kazimierz Marcinkiewicz et Jarosław Kaczyński (2005-2007), ainsi que celui de ministre des Affaires étrangères dans les deux cabinets de l’actuel Premier ministre Donald Tusk (2007-2014 et mandat en cours).
Selon des sources à Bruxelles citées par les médias polonais, M. Sikorski souhaite vivement obtenir le poste. Pour sa part, M. Tusk aurait fait pression sur les institutions de l’UE pour promouvoir son ministre en tant que candidat.
Lors de sa visite à Varsovie la semaine dernière, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a laissé entendre qu’elle aimerait soutenir M. Sikorski s’il était candidat à la Commission européenne.
M. Sikorski a déjà été candidat à deux postes de haut rang dans le domaine de la défense internationale. En 2014, son nom a circulé comme candidat pour remplacer Anders Fogh Rasmussen, à l’époque secrétaire général de l’OTAN.
Plus tard la même année, en tant que candidat du Parti populaire européen (PPE), il a été envisagé pour le poste de chef de la diplomatie de l’UE. Finalement, M. Tusk a été choisi pour occuper le poste le plus haut placé au sein du Conseil européen, ce qui rendait impossible la nomination d’un autre Polonais à un poste de haut niveau.
D’ailleurs, à quelques mois des élections européennes, le nom de M. Sikorski a de nouveau circulé pour le poste de diplomate en chef de l’UE.
Toutefois, selon les dernières projections et si Mme von der Leyen est réélue, des analystes à Bruxelles suggèrent que le poste au Conseil européen pourrait revenir à un candidat socialiste, tandis que le poste de diplomate en chef de l’UE reviendrait à un candidat libéral.
Selon des sources bruxelloises, les principaux candidats aux postes de direction de l’UE sont le Premier ministre socialiste portugais Antonio Costa, la Première ministre socialiste danoise Mette Frederiksen et la Première ministre libérale estonienne Kaja Kallas.
Le poste de Janusz Wojciechowski en péril
Si ces suppositions se vérifient, l’actuel homme fort de la Pologne à Bruxelles, Janusz Wojciechowski, risque donc de perdre son poste de commissaire à l’Agriculture, puisqu’il est interdit que plusieurs ressortissants du même État membre occupent un poste de commissaire.
D’autant que ce dernier est sous pression depuis la crise agricole qui sévit à travers l’UE, poussé vers la sortie par le ministre polonais de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, lui reprochant son soutien au Green deal.
M. Wojciechowski a affirmé qu’il ne céderait pas à la pression parce qu’il n’appartient pas aux commissaires européens de recevoir des ordres de leurs gouvernements nationaux. Il a ajouté qu’aucune organisation d’agriculteurs ne lui avait demandé de démissionner.
« Je pense que M. Wojciechowski soutient activement les intérêts des agriculteurs polonais et européens », a déclaré à Euractiv Jerzy Wierzbicki de l’Union polonaise des éleveurs de bovins de boucherie et des agriculteurs.
Le média en ligne polonais Onet a récemment publié la lettre qu’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a adressée à M. Wojciechowski, dans laquelle elle accuse le commissaire d’avoir violé le code de conduite de la Commission européenne en faisant des déclarations sur la libéralisation du commerce avec l’Ukraine qui contredisent la position générale de l’exécutif européen sur la question.
La lettre pourrait indiquer que Mme von der Leyen envisage sérieusement d’écarter M. Wojciechowski de l’exécutif européen, a déclaré Piotr Maciej Kaczyński, un expert en politique européenne à la Fondation Bronisław Geremek.
La question reste de savoir si le groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE), auquel est affilié son parti, défendrait M. Wojciechowski, a déclaré M. Kaczyński, suggérant que cela pourrait ne pas être le cas.
« M. Wojciechowski est une parodie de commissaire, et s’il restait à la Commission jusqu’à la fin de son mandat, il ne jouerait pas un rôle très important », a-t-il déclaré.
Selon l’analyste, M. Wojciechowski a perdu sa base politique non seulement avec le changement de gouvernement en Pologne, mais aussi en perdant le soutien du dirigeant du PiS.
M. Wojciechowski a également eu peu d’influence sur les décisions de la Commission, a déclaré M. Kaczyński.
L’opposition de M. Wojciechowski n’a pas empêché l’exécutif européen de prolonger la suspension des barrières commerciales avec l’Ukraine, ce qui a entraîné une augmentation des importations agricoles en Pologne et dans d’autres États membres et a déstabilisé leurs marchés intérieurs.



