Le nouveau Premier ministre bulgare propose un « processus très rapide » pour lever le veto sur la Macédoine du Nord

Le leader du parti « Continuons le changement », Kiril Petkov, accueille un collègue avant la première session du Parlement à Sofia, Bulgarie, le 3 décembre 2021. Le nouveau Parlement bulgare est composé de sept partis politiques qui devraient constituer une large coalition pour former un gouvernement régulier. [EPA-EFE/VASSIL DONEV]

Le nouveau gouvernement bulgare proposera un nouveau processus « très rapide » qui devrait permettre à Sofia de lever son veto et de débloquer le début des négociations d’adhésion à l’UE de la Macédoine du Nord voisine. C’est ce qu’a confié le nouveau Premier ministre bulgare, Kiril Petkov, au Financial Times. Cette annonce a été saluée par la Macédoine du Nord.

« Nous proposerons un nouveau processus très rapide, avec un délai limité de six mois seulement [pour la Macédoine du Nord] », aurait déclaré M. Petkov selon le Financial Times.

Le Premier ministre de la Macédoine du Nord, Zoran Zaev, s’était déjà entretenu avec M. Petkov et avait trouvé un terrain d’entente, ce qui témoigne de l’accalmie dans les relations entre les deux voisins des Balkans

« Nous avons convenu de continuer à travailler à la recherche d’une solution acceptable en vue de débloquer la procédure d’ouverture des négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord à l’UE et de donner un nouvel élan positif au renforcement des relations bilatérales entre nos deux pays », avait déclaré M. Zaev dans une publication Facebook.

Lundi 13 décembre, M. Petkov a prêté serment en tant que Premier ministre. Après la première session de son cabinet mardi, il a déclaré aux journalistes, à Sofia, que les deux Premiers ministres avaient convenu de créer des groupes de travail chargés de l’économie, de la culture, des infrastructures et de l’Histoire commune.

« Nous établirons un plan d’action début janvier pour que ces groupes de travail donnent des résultats concrets dans le but de faire avancer les négociations », a déclaré M. Petkov.

Une source de Macédoine du Nord anonyme a confirmé à EURACTIV que le vent du changement se faisait sentir.

La Macédoine du Nord est devenue candidate à l’adhésion à l’UE en décembre 2005 mais n’a pas encore entamé les négociations.

Nouveau gouvernement et fin d’une crise politique

L’arrivée du gouvernement de M. Petkov marque la fin d’une crise politique durant laquelle deux élections générales successives, une en avril et une en juillet, n’ont pas permis d’élire un gouvernement.

Le gouvernement de M. Petkov est composé de quatre partis : son parti centriste « Continuons le changement », le parti socialiste bulgare (BSP) de centre gauche, le parti de centre droit « Bulgarie démocratique » et le parti antisystème « Il y a un tel peuple ». Ensemble, ils disposent de 146 députés au Parlement, qui compte 240 sièges.

Cependant, selon les informations obtenues par EURACTIV Bulgarie, le « processus très rapide » prévu avec Skopje n’a pas été coordonné avec le président Rumen Radev, qui représentera la Bulgarie au sommet européen du 16 décembre.

Selon les rapports, ce sommet a pour ambition de résoudre le problème du veto bulgare, mais M. Radev n’a pas l’intention de céder du terrain avant que Skopje ne réponde aux préoccupations de Sofia.

Selon les informations recueillies par EURACTIV, le président a été pris au dépourvu par les stratégies de M. Petkov, alors que les deux hommes avaient été très proches pendant les mois de crise politique.

Des sources bien informées de la situation pensent que M. Radev ne tient pas à se voir imposer une date limite pour la résolution de la question du veto, le risque étant que Skopje attende simplement que le temps passe au lieu de répondre aux préoccupations de la Bulgarie.

Parmi les différentes conditions à la levée du veto, M. Petkov n’en a mentionné qu’une seule lors de l’interview. En effet, il a déclaré que dans les manuels d’histoire macédoniens, la Bulgarie ne devrait plus être qualifiée de « fasciste », en référence aux descriptions actuelles des troupes bulgares qui ont occupé la Macédoine du Nord actuelle durant la Seconde Guerre mondiale.

La position de la Bulgarie est que la Macédoine du Nord « doit faire preuve de maturité européenne et de respect pour les valeurs de l’Union » en prenant des mesures concrètes pour mettre fin aux discours haineux à l’encontre de la Bulgarie dans les manuels d’histoire, dans les institutions publiques et scientifiques, dans les médias publics, et cesser de s’approprier ou de falsifier le patrimoine culturel et historique bulgare. Les droits des citoyens macédoniens qui expriment ouvertement leur identité bulgare font l’objet d’une préoccupation particulière.

Sofia accuse Skopje d'utiliser un discours anti-bulgare lors des élections

Les préoccupations de Sofia portent sur la campagne publique menée contre Daniela Arsovska, qui a remporté les élections à Skopje en tant que candidate du parti d’opposition VMRO-DPMNE.

La stratégie de Skopje an jusqu’à présent, consisté à miser sur la pression occidentale exercée sur la Bulgarie pour qu’elle lève son veto, sans répondre aux préoccupations exprimées par Sofia.

Un aperçu des négociations de coalition

Au cours des négociations de coalition entre les quatre partis, aucun délai n’a été convenu pour la levée du veto sur Skopje. Les partis ont simplement convenu de maintenir une « position bulgare unifiée » vis-à-vis de la Macédoine du Nord et ont également promis d’adopter une approche constructive.

« Nous voulons voir un changement non pas en paroles mais en actes. Nous voulons vraiment obtenir des résultats (avec la Macédoine du Nord), qu’il soit évident que le travail a commencé », a déclaré M. Petkov en sa qualité de coprésident de « Continuons le changement », lors des négociations de la coalition qui ont été diffusées en ligne.

Il a insisté sur l’intensification des relations commerciales et le développement des infrastructures entre les deux pays. Le futur gouvernement s’efforcera d’établir un vol direct entre Sofia et Skopje, de construire les liaisons du couloir paneuropéen 8, et de stimuler le dialogue économique, a-t-il également déclaré. Ces déclarations correspondent en grande partie à ce qu’il avait précédemment annoncé à EURACTIV au cours d’un entretien exclusif.

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