Le Parlement européen demande une enquête sur les élections en Serbie

« Les résolutions vont et viennent, mais on retiendra à jamais qu’il y a eu des partis politiques et des personnes en Serbie qui ont cherché à abolir la souveraineté de leur propre pays », a écrit la Première ministre serbe, Ana Brnabić, sur X en réaction à l’adoption de la résolution. [EPA-EFE/ANDREJ CUKIC]

Le Parlement européen a adopté une résolution dans laquelle il demande une enquête internationale indépendante sur les irrégularités observées lors des élections municipales et législatives du 17 décembre en Serbie et appelle l’UE à suspendre ses financements à Belgrade. Dans le pays, les réactions ont été mitigées, certains critiquant la décision et d’autres saluant le fait que l’UE souhaite réellement voir les processus démocratiques à l’œuvre en Serbie.

Le parti du président Aleksandar Vucic, le Parti progressiste serbe (SNS, droite nationaliste), a remporté 46,75% des suffrages lors de ces élections. L’opposition a demandé l’annulation des résultats devant la Cour constitutionnelle, sans succès jusqu’à présent.

Dès le lendemain du scrutin, plusieurs milliers de manifestants ont défilé dans les rues de Belgrade quotidiennement jusqu’au 30 décembre, avant que la mobilisation ne s’essouffle.

Élections contestées en Serbie : plusieurs milliers de manifestants à Belgrade

Plusieurs milliers de personnes sont rassemblées mardi soir (16 janvier) à Belgrade à l’appel de l’opposition pour contester les résultats des élections en Serbie, près d’un mois après le scrutin remporté par le parti au pouvoir.

Les eurodéputés ont largement soutenu la résolution non contraignante portant sur ces élections, 461 députés ayant voté pour, 53 contre (parmi lesquels tous les députés du Rassemblement National) et 43 s’étant abstenus.

Dans le texte, les eurodéputés soulignent que les élections en Serbie « ne peuvent être considérées comme s’étant déroulées dans des conditions équitables », raison pour laquelle ils demandent une enquête indépendante.

L’équipe chargée de l’enquête serait composée principalement d’experts juridiques chargés de rassembler toutes les preuves et tous les documents nécessaires.

Pour Pavle Grbović, président de l’organisation politique libérale Mouvement des citoyens libres, cette annonce marque un changement dans l’attitude des institutions européennes à l’égard du régime de Aleksandar Vučić.

C’est un message « positif » qui aide les citoyens et les institutions serbes à s’assurer que les prochaines élections seront « libres et équitables », a ajouté Marinka Tepić, vice-présidente du Parti de la Liberté et de la Justice (SSP), un parti social-démocrate pro-européen.

Des élections sous influence

Le Parlement européen condamne le manque de pluralisme des médias durant la campagne électorale, mais également la désinformation et la partialité de certaines sources d’information.

Durant la campagne électorale, les médias « sous la coupe de la Russie » que sont Sputnik Serbie et Russia Today Balkan ont « activement contribué à la diffusion de la désinformation » à l’encontre des candidats d’opposition, indiquent les eurodéputés.

Au cours de la dernière décennie et depuis l’arrivée au pouvoir de M. Vučić, la Serbie a été le théâtre d’une érosion constante de la liberté des médias, marquée par des pressions politiques, des menaces et même des agressions physiques à l’encontre des journalistes.

Les députés européens rappellent également que la Première ministre Ana Brnabić (Parti progressiste serbe, SNS) « a publiquement remercié les services de renseignement russes d’avoir communiqué des informations sur les activités prévues de l’opposition ».

« Les résolutions vont et viennent, mais on retiendra à jamais qu’il y a eu des partis politiques et des personnes en Serbie qui ont cherché à abolir la souveraineté de leur propre pays », a commenté l’intéressée sur X.

« Un pays candidat à l’adhésion à l’UE ne peut pas avoir des élections non libres avec la pire persécution de la dissidence politique, où le règne du crime et de la corruption prévaut », a indiqué Mme Tepić.

En raison de l’abus exercé sur les institutions et les médias par les représentants des autorités, les élections en Serbie sont tombées « en dessous des normes attendues pour un pays candidat à l’adhésion à l’UE », ont convenu les législateurs de l’UE dans la résolution.

Mme Tepić a souligné qu’elle et son parti avaient reçu l’assurance des députés européens qu’une mission ad hoc serait formée dès que possible, qui ne nécessiterait pas d’invitation ou de consentement du pays hôte, puisque la Serbie est candidate à l’adhésion à l’Union.

Irrégularités de vote

Les députés européens s’inquiètent d’informations faisant été de lacunes au niveau des procédures de vote, notamment « d’une fraude généralisée et systématique », et évoquent à Belgrade des « électeurs fantômes » provenant d’autres villes qui n’organisaient pas d’élections ou même de pays voisins.

Les eurodéputés soulignent que la Mission internationale d’observation des élections a relevé « des exemples fréquents d’encombrement des bureaux de vote, des violations du secret du vote et de nombreux cas de vote collectif ».

Dans leur résolution, les législateurs de l’UE ont également regretté l’absence de réponse institutionnelle aux graves soupçons selon lesquels les dirigeants actuels sont impliqués dans des manipulations et des abus électoraux, ce qui, soulignent-ils, perpétue l’impunité et garantit la poursuite de ces pratiques.

Adésion à l’UE et suspension ds fonds européens

Parallèlement à cela, les négociations d’adhésion avec la Serbie ne devraient être poursuivies que si le pays progresse dans les réformes demandées par Bruxelles, y compris la mise en œuvre complète des recommandations électorales conjointes de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’Homme (ODIHR), un des principaux organes chargé des droits humains en Europe, et de la Commission de Venise du Conseil de l’Europe, comme le souligne la résolution.

Si les autorités serbes « ne sont pas disposées à mettre en oeuvre les principales recommandations relatives aux élections », ou si l’enquête révèle que les autorités serbes ont été directement impliquées dans la fraude électorale, les eurodéputés demandent la suspension des fonds de l’UE en raison de graves violations des règles électorales en Serbie.

Le rapport final du ODIHR devrait être publié dans les prochaines semaines.

Nouveau parlement en Serbie, malgré les protestations de l’opposition

La Serbie s’est dotée mardi (6 février) d’un nouveau parlement après que les mandats de la totalité des 250 députés ont été approuvés lors d’une session constitutive au cours de laquelle les membres de l’opposition sont sortis en signe de protestation.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

Inscrivez-vous à notre newsletter

S'inscrire