Le Parlement européen s’alarme de financer le Front national

Supporters paste a poster of Marine Le Pen, France's National Front leader, on a wall before a political rally for local elections in Frejus March 18, 2014. [Reuters]

Affiche électorale de Marine Le Pen. Frejus, March 2014. [Reuters]

Le Parlement européen a saisi l’Office européen de Lutte Anti-Fraude à propos d’irrégularités concernant les assistants des eurodéputés FN.

L’institution européenne s’étonne de voir une vingtaine d’assistants parlementaires payés par l’UE travailler pour le parti de Marine Le Pen, plutôt que sur des questions européennes.

Le Parlement européen a saisi lundi l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf) au sujet de vingt assistants parlementaires FN soupçonnés de ne pas travailler pour l’institution, a-t-on appris auprès du Parlement.

Les instances du Parlement doutent de la véracité de leurs fonctions, au vu d’éléments tels que leur adresse, puisqu’ils sont enregistrés au siège du parti à Nanterre (Hauts-de-Seine) ou aux informations disponibles sur le site internet du FN.

« Ces vingt assistants parlementaires ne travailleraient peut-être pas pour les députés européens si l’on se réfère à leur profil sur le site du Front national et à l’organigramme publié par le parti », a expliqué le Parlement européen à Reuters.

La question de l’utilisation des salaires et autres traitements du Parlement européen par le Front national fait débat depuis longtemps. Sous la précédente législature, le Parlement européen avait reproché à Marine Le Pen de salarier son compagnon, Louis Aliot, en tant qu’assistant parlementaire. Il est théoriquement interdit d’attribuer ce type de poste à des proches en fonction du règlement du Parlement. Le couple avait répondu en jouant sur le fait que leur liaison n’était pas officielle. Les deux protagonistes sont désormais tout deux élus au Parlement européen.

Des saisines rares et discrètes

La saisine de l’Olaf est « une obligation » réglementaire pour les fonctionnaires européens dès lors qu’il existe des soupçons étayés de fraudes éventuelles, a argumenté le parlement. Elle reste toutefois rare, et la plupart du temps discrète ; le Parlement européen a au contraire eu à cœur de publier un long communiqué sur le sujet, lundi soir.

Certains des assistants parlementaires mis en cause occupent des postes stratégiques au Front national, conseillant directement Marine Le Pen, sa présidente, ou Jean-Marie Le Pen, son père et président d’honneur.

Le règlement intérieur du Parlement européen précise que « seuls peuvent être pris en charge les frais correspondant à l’assistance nécessaire et directement liée à l’exercice du mandat parlementaire des députés » par le budget du Parlement européen.  « Ces dépenses ne peuvent en aucun cas couvrir des frais liés à la sphère privée des députés. »

Le règlement précise également que les salaires versés aux assistants par le Parlement « ne peuvent servir directement ou indirectement à financer des contrats établis avec des groupes politiques du Parlement ou des partis politiques ».

Sur son compte Twitter, le vice-président du Front national Florian Philippot accuse le Premier ministre, Manuel Valls, d’être à l’origine de cette saisie et d’avoir sollicité le président du Parlement, Martin Schulz, pour « monter une affaire bidon ».

« Dans le fond, Schulz a raison. Nos assistants ne travaillent pas pour l’Union européenne mais contre elle », ajoute l’un des 23 députés FN au Parlement européen.

La délégation française des eurodéputés FN a déjà traversé plusieurs tourmentes depuis ses débuts au Parlement européen en 2014. Outre la défection de l’une des élus, la délégation a perdu sa tête. Aymeric Chauprade, élu francilien, a en effet été désavoué par son parti et destitué après des déclarations choquantes sur les musulmans.

 >>Lire: Le Front national désarçonné par les attentats en France

EURACTIV a recu le 23 mars 2015 un droit de réponse d'Aymeric Chauprade que nous publions ici intégralement :

Dans un article intitulé « Le Parlement européen s'alarme de financer le Front national » sont affirmés les faits suivants : « Aymeric Chauprade, élu francilien, a en effet été désavoué par son parti et destitué après des déclarations choquantes sur les musulmans ».

C'est là une désinformation complète concernant ma place au sein du Front National et de sa délégation au Parlement européen. Comme le prouve cette lettre adressé à la présidente du Front National Marine Le Pen, j'ai moi-même remis ma démission de ma fonction de président du parti européen Mouvement pour l'Europe des Nations et des libertés (MENL). Comme précisé dans cette lettre, celà ne remet nullement en question mon engagement et mon appartenance au Front National, non plus que ma volonté de servir Marine le Pen.

Par ailleurs, il est dit que j'aurais tenu des « déclarations choquantes sur les musulmans ». Là encore, c'est une déformation inconsidérée de mes propos puisque j'ai toujours souligné que la France était en guerre contre des musulmans, et non contre les musulmans ; nuance d'importance et qui apparaît clairement dans la vidéo concernée La France en guerre, toujours disponible sur Youtube.

En faisant fi de cette précision, votre article tente insidieusement de m'associer à une véritable stigmatisation de tous les musulmans français, alors même que j'ai toujours été très clair dans ma condamnation du fondamentalisme et de son bras armé, le djihadisme.

Une telle réécriture des propos d'un élu du peuple me semble sortir de la déontologie à laquelle sont tenus les médias sérieux, qu'ils soient diffusés par Internet ou non.

Je me réserve le droit de poursuivre en justice le directeur de la publication d'Euractiv et ainsi que l'auteur de cet article.

Aymeric Chauprade

Député français au Parlement européen

Né dans les années 1970 à partir d'une myriade de courants d'extrême-droite rassemblés autour de Jean-Marie Le Pen, le Front national a toujours connu des courants très distincts en son sein. La stratégie de normalisation entreprise par Marine Le Pen depuis qu'elle a pris la présidence du pari s'inscrit dans celle des autres parti européens d'extrême-droite, qui plaident pour un "welfare chauvin", soit un Etat protecteur, mais seulement pour une partie de la population. Marine Le Pen tente de s'éloigner des thèses ou propos racistes émises par d'autres partis européens ou à l'intérieur de son propre parti, notamment dans la perspective des élections présidentielles de 2017 en France.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.