Le président polonais demande au gouvernement de Donald Tusk d’arrêter de « transgresser la loi »

Le président polonais Andrzej Duda (à gauche) et le Premier ministre Donald Tusk (à droite). [EPA-EFE/PAWEL SUPERNAK POLAND OUT]

Le gouvernement de Donald Tusk devrait cesser de « transgresser la loi » dans plusieurs domaines, a déclaré le président Andrzej Duda lors d’une réunion avec le Premier ministre au palais présidentiel, commentant les actions du ministre de la Justice Adam Bodnar et d’autres membres de l’exécutif.

À la demande de M. Tusk, les deux hommes se sont rencontrés au palais présidentiel lundi (15 janvier). Durant la discussion, le président a fait référence à une affaire impliquant deux ex-ministres du parti Droit et Justice (PiS, CRE), le parti au pouvoir en Pologne jusqu’au mois dernier.

Pour rappel, en 2015, Mariusz Kamiński et Maciej Wąsik, accusés d’abus de pouvoir, avaient été graciés par le président Andrzej Duda, ancien membre du PiS considéré comme toujours proche du parti.

La procédure judiciaire à l’encontre des deux hommes a repris lorsque le PiS a perdu le pouvoir après les élections nationales d’octobre 2023 et a été remplacé par une large coalition incluant des partis allant du centre-droit au centre-gauche (PPE/S&D/Renew/La Gauche) dirigée par Donald Tusk.

Les deux hommes ont à présent été arrêtés et ont été condamnés à deux ans de prison. Leur mandat de député a également été révoqué.

Le gouvernement Tusk transgresse la loi

Le président a profité de la rencontre avec le Premier ministre pour se plaindre des actions du ministre de la Justice, Adam Bodnar, et d’autres membres du gouvernement actuel.

« J’ai demandé au Premier ministrede rétablir la situation conformément à la loi. Ce que nous observons est préoccupant », a-t-il déclaré, cité par son cabinet.

Il a ajouté que sa position était claire : le gouvernement de M. Tusk devrait « cesser d’essayer de transgresser la loi », car « toute action dans ce sens est inefficace d’un point de vue légal ».

M. Duda a exprimé son opposition à la politique du cabinet dirigé par Donald Tusk, qui a remplacé à plusieurs reprises des membres du PiS occupant des positions de pouvoir.

En ce qui concerne MM. Kamiński et Wąsik, le président a demandé au ministre de la Justice d’appliquer l’amnistie présidentielle et de libérer les deux hommes. Il estime également qu’ils devraient récupérer leurs sièges au parlement.

M. Duda a déclaré qu’il s’agissait « d’une question fondamentale et humanitaire, d’une question de décence, mais surtout d’une question de droit et d’ordre social ».

Interviewé par la chaîne privée TVN24, M. Bodnar a pour sa part déclaré que son ministère réexaminerait le cas de MM. Kamiński et Wąsik dans un avenir proche.

Toutefois, il doute que le président aille jusqu’au bout de la procédure d’amnistie. Il a souligné que si M. Duda graciait les deux ex-ministres, il ne devrait pas avoir recours pour ce faire au ministre de la Justice, qui, en vertu de la loi polonaise, fait également office de procureur général.

Pologne : des ministres condamnés sont incarcérés à la suite d’une arrestation spectaculaire

Les anciens ministres polonais Mariusz Kamiński et Maciej Wąsik ont été arrêtés mardi (9 janvier) au palais présidentiel, où le président Andrzej Duda leur a offert un abri, lors d’une « arrestation spectaculaire ».

Le président veut une loi claire concernant les médias

M. Duda est également préoccupé par ce que le PiS qualifie de prise de contrôle illégale des médias publics, notamment de la chaîne publique TVP.

Le mois dernier, le ministre de la Culture Bartłomiej Sienkiewicz a démantelé la direction des médias publics qui, selon le cabinet, était contrôlée par le PiS, et l’a remplacée par un nouvel organe. Le gouvernement Tusk a justifié cette mesure en affirmant qu’il était nécessaire de dépolitiser les médias publics, qui étaient devenus des outils de propagande pour l’ex-gouvernement dirigé par le PiS.

Cette décision a suscité des réactions négatives de la part du PiS et de M. Duda, qui se sont indignés du fait que le changement de direction soit fondé sur le code des sociétés commerciales et qu’il n’ait pas été adopté dans le cadre d’un projet de loi ordinaire.

M. Tusk est prêt à discuter d’éventuels changements législatifs concernant les médias publics, à condition qu’ils soient effectués conformément à la loi, a déclaré le président.

« Nous devrions développer calmement et de manière cohérente des solutions statutaires concernant l’avenir des médias publics », a-t-il indiqué, exprimant également l’espoir « que cela se produise à l’avenir ».

Après la rencontre avec M. Duda, M. Tusk a déclaré qu’il ferait « de son mieux » pour coopérer avec le président afin de calmer l’agitation sociale causée par les derniers évènements politiques.

« Nous voulons que les gens voient que l’objectif de notre gouvernement est d’améliorer la vie des gens », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse qui s’est tenue dans son bureau après la rencontre.

En Pologne, la dépolitisation des médias opérée par Donald Tusk inquiète le président

Les mesures prises par le nouveau gouvernement du Premier ministre polonais Donald Tusk pour libérer les médias publics de l’emprise du parti Droit et Justice (PiS) relèvent de « l’anarchie » et d’une violation « flagrante » de la constitution, selon le président conservateur Andrzej Duda.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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