Le roadshow d’Alexis Tsipras peine à faire bouger Paris et Berlin

Alexis Tsipras

Le chef de l’Etat grec a tenté de rallier la France à sa cause après avoir fait le tour du gotha européen en matinée. L’Allemagne comme la France se montrent circonspectes.

Rarement nouveau chef d’Etat aura été aussi attendu qu’Alexis Tsipras mercredi 4 février. En l’espace de quelques heures, le nouveau premier ministre grec a rendu visite à Jean-Claude Juncker, Donald Tusk et Martin Schulz lors de sa visite bruxelloise. Il a reçu un accueil chaleureux du président de la Commission, qui est étrangement parti en lui tenant fermement la main.

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« Notre objectif est de respecter la souveraineté du peuple grec et le mandat clair de notre peuple. En même temps, nous respectons les règles de l’Union européenne. Nous voulons corriger ce cadre, pas le détruire, et nous pensons que dans ce cadre, nous pouvons trouver une solution commune viable » a déclaré le Premier ministre grec.

Au Parlement européen, le jeune Premier ministre a évoqué les différends politiques qui émaillent l’UE. « L’histoire de l’Union européenne est faite de désaccords, mais à la fin, il y a un compromis. Nous devons travailler ensemble pour trouver un accord commun » a précisé le patron de Syriza.

 

Alexis Tsipras et Martin Schulz au Parlement européenAlexis Tsipras et Martin Schulz au Parlement européen

Attendu comme une rock-star à Paris où les caméras se bousculaient dans la cour de l’Elysée, le chef d’État sans cravate est passé à la vitesse supérieure en tentant de rallier à sa cause une France un peu hésitante.

Après un entretien de plus d’une heure avec le chef de l’État français, les deux hommes ont livré deux visions assez distinctes de la situation.

Les mêmes objectifs, mais…

  « Nous avons des objectifs qui sont les mêmes : faire une Europe plus solidaire, plus politique, et plus tournée vers la croissance » a assuré François Hollande, tout en rappelant que « la question grecque se pose depuis 4 ans, et il est temps de trouver une solution de long terme ».

Le président français a toutefois rappelé qu’il fallait certes respecter le choix du peuple grec, mais aussi les règles européennes, ainsi que les engagements pris par rapport aux dettes de tous les États européens. La dette grecque pèse actuellement 320 milliards d’euros, contre plus de 2000 milliards d’euros pour la dette française.

C’est d’ailleurs là le problème majeur posé par la « question grecque » : comment accéder aux demandes du gouvernement d’Alexis Tsipras de réechelonner la dette grecque sans faire payer la note aux autres États si la Commission européenne et la BCE sont les victimes de ces nouvelles « coupes » ou « hair cuts ».

Appel à une cohabitation

Alexis Tsipras a de son côté livré son discours le plus politique de  la journée. Après des propos très mesurés à Bruxelles, il a appelé l’UE à opérer un tournant politique, appelant « à un nouvel accord pour le retour à l’emploi » en UE.

« Nous avons besoin de la France qui doit jouer un rôle prépondérant pour ce changement politique » a soutenu le nouveau chef d’État, qui appelle aussi à respecter les règles de la cohabitation européenne.

«  Dans la zone euro, il n’y a pas de propriétaires et de locataires, nous sommes tous des colocataires» a-t-il ajouté, une référence à la position dure de l’Allemagne sur la question de la dette, souvent perçue comme responsable de l’austérité dramatique imposée à la Grèce.

De fait, selon un document révélé par Reuters, le gouvernement allemand souhaite demander à la Grèce de revenir sur les promesses faites la semaine dernière au lendemain des élections législatives, et souhaite également le maintien de la Troïka représentant la Commission, le FMI et la BCE.

Méfiance de la France comme de l’Allemagne

Selon une source haut placée au gouvernement français, « le show Tsipras n’a pas tellement convaincu ». Si la popularité du jeune élu est bienvenue, les Français semblent se méfier tout autant que les Allemands de ses envolées lyriques qui pourraient leur coûter cher. « Le style Tsipras en fait, c’est Mélenchon » assurait une source gouvernementale. Un commentaire peu flatteur dans la bouche d’un dirigeant socialiste.

 

Depuis l'été 2014, les sondages d'opinion montraient tous que si des élections anticipées étaient organisées, le parti de gauche Syriza les remporterait. Syriza avait déjà remporté de nombreux sièges lors des élections européennes de 2014.

En décembre, le gouvernement a décidé d'avancer les élections au 25 janvier. La figure de proue de Syriza, Alexis Tsipras, a remporté ces élections haut la main, avec 36,5 % des voix. 149 des 300 sièges du parlement grec sont donc occupés par Syriza, qui a conclu une alliance gouvernementale avec le parti des Grecs indépendants.

Cette victoire annonce une période de négociations difficiles avec les autres dirigeants européens, puisqu'Alexis Tsipras a promis de mettre un terme aux politiques d'austérité et de renégocier la dette du pays avec l'UE, la BCE et le FMI.

>> Lire : La victoire de Syriza brave l'austérité en Europe

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