Le tout nouveau ministre-président de Thuringe, élu grâce aux votes d’extrême-droite, démissionne

Thomas Kemmerich (à g.) et Bjoern Hoecke de l'AfD. [EPA-EFE/BODO SCHACKOW]

25 heures seulement après son élection, le nouveau ministre-président de Thuringe a annoncé son retrait. Sa victoire, due au soutien de l’AfD, avait suscité un tollé en Allemagne. Un article d’Euractiv Allemagne avec les agences.

Face à l’indignation suscitée par sa victoire, Thomas Kemmerich (FDP) a cédé. Après avoir été élu hier, mercredi 5 février, le tout nouveau ministre-président de Thuringe a annoncé cet après-midi qu’il renonçait à prendre ses fonctions.

A l’issue d’une réunion de crise avec Christian Lindner, le leader du parti libéral-démocrate (FDP), Thomas Kemmerich a annoncé qu’il se retirait pour « effacer les stigmates du soutien de l’AfD au bureau du ministre-président ». « La démission est inévitable », a-t-il ajouté après sa rencontre avec le leader de son parti à Erfurt. Mais comment en est-on arrivé là ?

Mercredi 5 février, Thomas Kemmerich a créé la surprise en battant le ministre-président de Thuringe sortant, Bodo Ramelow (Die Linke). Le candidat de gauche s’attendait à l’emporter et prévoyait de former une coalition minoritaire avec les Verts et le parti social-démocrate (SPD).

Les trois candidats en lice étaient le sortant Bodo Ramelow, le chef du groupe parlementaire du FDP, Thomas Kemmerich, et Christoph Kindervater, le maire honoraire d’une petite ville, qui ne se revendique aucune affiliation politique, mais avait été désigné par le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Lors des deux premiers tours de scrutin, Bodo Ramelow n’a pas réussi à obtenir la majorité absolue qui lui aurait permis de remporter la victoire.

Au troisième tour, la majorité simple suffisait pour l’emporter. Thomas Kemmerich a battu Bodo Ramelow par 45 voix contre 44, grâce au soutien de la CDU et de l’AfD. Le candidat de l’AfD n’a pour sa part été gratifié d’aucun suffrage à aucun des tours de scrutin, ce qui démontre que l’extrême droite a voté tactiquement en faveur de Thomas Kemmerich.

Remous au Parlement européen après les errances du parti FDP

L’élection puis la démission éclair d’un candidat du parti centriste allemand FDP soutenu par l’extrême-droite (Afd) a provoqué des remous au Parlement européen.

Certains membres du FDP au niveau fédéral ont d’abord été ravis du résultat.

« Un candidat du centre démocratique a gagné ! », s’est réjoui Wolfgang Kubicki, le vice-président du FDP. « La perspective de cinq années supplémentaires avec Bodo Ramelow aux affaires n’était guère tentante pour la majorité des membres du parlement du Land de Thuringe », a-t-il ajouté.

Mais le FDP a très vite dû faire face à une vague d’indignation publique pour avoir accepté le soutien de l’extrême droite.

Les critiques se sont multipliées jusque dans ses propres rangs. Marie-Agnes Strack-Zimmerman, une démocrate-libérale qui siège au Bundestag allemand, a tweeté qu’il était « inacceptable et intolérable pour les démocrates » de gagner une élection avec le soutien de l’AfD, même si elle appréciait personnellement beaucoup Thomas Kemmerich.

Norbert Walter-Borjans, le président fédéral du SPD, a déclaré que cette décision constituait une « brèche impardonnable dans le barrage [érigé pour neutraliser l’extrême droite] » et a ajouté que les « libéraux mettaient à disposition de l’extrême droite un homme de paille qui lui donnerait une emprise sur le pouvoir ».

Les Verts ont pour leur part demandé à Thomas Kemmerich de démissionner immédiatement de ses fonctions.

Le vote a également conduit à des manifestations spontanées devant les bâtiments du FDP dans toute l’Allemagne.

La chancelière Angela Merkel (CDU) a elle aussi condamné l’élection de Thomas Kemmerich. Elle a qualifié le vote du 5 février d’« impardonnable ». Lors d’une visite à Pretoria en Afrique du Sud, jeudi 6 février, elle a exigé que les résultats soient « inversés ».

Avant que Thomas Kemmerich n’annonce sa démission, la chancelière avait indiqué que de nouvelles élections en Thuringe pourraient constituer « une option », ajoutant que la CDU ne devrait pas « participer » à un gouvernement du ministre-président Kemmerich.

Les dirigeants fédéraux des partis conservateurs CDU et CSU, Annegret Kramp-Karrenbauer et Markus Söder, avaient également fermement condamné l’élection de Kemmerich le 5 février.

Malgré la défaite de Bodo Ramelow, cette affaire a eu des retombées positives pour la gauche (Die Linke). La formation, qui a été au pouvoir en Thuringe pendant près de 30 ans, a fait état d’un boom national des nouvelles entrées. Un jour après l’élection de Thomas Kemmerich, les nouveaux membres étaient dix fois plus nombreux que d’habitude à s’inscrire, a déclaré à l’AFP Jörg Schindler, le secrétaire général de Die Linke.

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