Au Conseil, la protection des frontières prime toujours sur le climat

Donald Tusk, le président du Conseil, coordonne la rédaction de la stratégie pour les cinq prochaines années. [Photo: Alexandros Michailidis / Shutterstock]

Durant les cinq années à venir, les dirigeants européens souhaite se concentrer sur l’immigration et la protection des frontières externes, « l’intégrité de notre espace physique ». L’économie et l’action climatique passent au second rang.

Dans le projet de stratégie pour 2019-2024, obtenu par Euractiv et qui est censé orienter les travaux des institutions européennes, les dirigeants européens donnent la priorité à la politique migratoire. Le renforcement de l’économie, la lutte contre le changement climatique et le rayonnement de l’UE sont également au programme.

Dans la section « Protéger les citoyens et la liberté », le projet de texte insiste sur le « prérequis absolu » que sont les contrôles efficaces aux frontières pour maintenir l’ordre et le droit, ajoutant que d’autres politiques européennes en dépendent.

« D’abord et avant tout, nous devons assurer l’intégrité de notre espace physique. Nous devons savoir et être ceux qui décide qui met le pied sur le territoire de l’UE », précise le texte. Le bloc européen compte maintenir et élargir ses liens avec les pays d’origine et de transit des migrants, dont la Libye et la Turquie.

Par ailleurs, les dirigeants des États membres se disent bien décidés à « trouver une solution sur la politique d’asile et de migration interne ». Une réforme du règlement de Dublin II, sur la prise en charge des demandes d’asile, est toujours bloquée au Conseil. À la fin de l’année dernière, la Commission a abandonné l’idée de voir le dossier se finaliser avant la fin de son mandat, en octobre.

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La place donnée à la politique migratoire dans ce programme stratégique correspond aux priorités défendues par certains dirigeants européens, mais ne reflète pas réellement les priorités des électeurs européens.

Une enquête poussée de YouGov avant le scrutin de mai révèle par exemple que dans six pays, les citoyens craignent plus l’émigration et la fuite des cerveaux que l’arrivée d’étrangers. Si l’immigration est en effet un sujet qui préoccupe les Européens, des questions comme la corruption, le changement climatique et l’emploi figurent au moins aussi haut dans leur liste de priorités.

Le programme stratégique devrait être retravaillé lors des réunions du Conseil prévues pour les 11, 13 et 17 juin, avant un sommet des dirigeants les 20 et 21 juin.

L’écologie toujours derrière

À l’heure actuelle, le réchauffement et les politiques climatiques n’arrivent qu’à la troisième place de la stratégie, après l’immigration et le « développement de notre base économique ». La question climatique a pourtant été centrale dans de nombreuses campagnes, notamment au Danemark, en Finlande et en Espagne.

La stratégie reconnaît que les politiques doivent correspondre aux engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris et que l’économie européenne doit réduire suffisamment ses émissions pour atteindre la « neutralité climatique ». Elle ne fixe toutefois pas de date à partir de laquelle l’UE devrait absorber collectivement plus d’émissions qu’elle n’en crée, ce qui continue d’être une pierre d’achoppement dans les discussions entre les États membres.

La neutralité climatique à l’horizon 2050 est soutenue par la Commission, le Parlement européen et une douzaine de pays, mais le scepticisme empêche encore la conclusion d’un accord. Selon un fonctionnaire européen, l’absence d’une date ou même d’un calendrier très vague dans le projet « pourrait être source d’inquiétude ».

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Les militants écologistes de Greenpeace EU ont averti dans une déclaration que « cette liste de propositions contradictoires suggère que les dirigeants donneront la priorité à la croissance économique de la même manière qu’auparavant, en creusant les inégalités sociales et en alimentant encore davantage la crise climatique et écologique ».

Le groupe a également souligné que le texte mentionne à peine l’agriculture ou les transports, bien que ces deux secteurs contribuent à hauteur d’environ 50 % aux émissions totales. Au lieu de cela, le projet énumère l’économie circulaire, les énergies renouvelables et la réduction de la dépendance à l’égard de pays tiers.

D’ici 2020, les signataires de l’accord de Paris doivent informer l’ONU de la manière dont ils entendent respecter leurs engagements. Certains experts en climatologie souhaitaient que l’UE prépare sa stratégie pour un sommet de l’ONU en septembre, mais cela semble de plus en plus peu probable.

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Reprise de l’élargissement ?

Dans la foulée de l’appel de la Commission à ouvrir les négociations d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine du Nord, le projet de stratégie insiste sur le fait que les politiques de l’UE doivent être « associées à une volonté de garder la porte ouverte pour ceux qui souhaitent et peuvent rejoindre la famille » européenne.

Les dirigeants pourraient donner le feu vert à l’ouverture des négociations d’adhésion lors du sommet de juin. Même si des pays comme la France et les Pays-Bas y restent opposés, 13 États d’Europe centrale ont rédigé une déclaration commune en faveur de l’élargissement.

La stratégie indique également que l’UE « prendra les mesures nécessaires pour assurer le bon fonctionnement de Schengen », la zone de libre circulation intérieure sans visa. Les Pays-Bas ont récemment confirmé leur opposition à l’adhésion prochaine de la Bulgarie et de la Roumanie.

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Les gardiens

La prochaine Commission devrait proposer beaucoup moins de législation que l’exécutif de Jean-Claude Juncker, en particulier dans des domaines tels que l’énergie et les transports, de sorte que son mandat devrait se concentrer sur le suivi de ce qui a déjà été négocié.

Dans un clin d’œil clair au Premier ministre néerlandais Mark Rutte, le document affirme que les institutions de l’UE veilleront à « une mise en œuvre et une application rigoureuses des politiques […] et des règles » conformément à « l’esprit et à la lettre des Traités ».

Mark Rutte a déjà indiqué qu’il s’intéresse moins à la personne qui dirige la Commission qu’à ce que celle-ci fera au cours des cinq prochaines années, en particulier lorsqu’il s’agit de veiller à ce que les règles soient respectées.

Un fonctionnaire néerlandais a déclaré à Euractiv en mai que « nous devons reconstruire la Commission afin que non seulement elle mette en place de nouvelles règles, mais surtout qu’elle assure la mise en œuvre », ajoutant que « pour le moment, nous ne sommes pas sûrs que ce sur quoi nous sommes d’accord soit appliqué par tout le monde ».

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