Lech Walesa attaque le populisme, 40 ans après la naissance de Solidarité

Solidarité a survécu dans la clandestinité et a remporté haut la main les premières élections semi-libres, le 4 juin 1989, précipitant la chute du communisme dans l'ensemble du bloc soviétique. Prix Nobel de la paix en 1983, Lech Walesa est devenu en 1990 le premier président polonais démocratiquement élu. [EPA-EFE/ADAM WARZAWA POLAND OUT]

L’icône de la lutte anticommuniste polonaise Lech Walesa a mis en garde lundi contre le populisme, au moment où son pays, profondément divisé, marquait les 40 ans d’un accord historique qui a donné naissance au mouvement syndical indépendant Solidarité.

Des inquiétudes sur l’état de la démocratie polonaise se manifestent depuis 2015, date à laquelle le parti populiste nationaliste Droit et justice (PiS) a pris le pouvoir et a entamé des réformes controversées, critiquées à intérieur et à l’extérieur du pays.

« Les gens élisent aujourd’hui des populistes et des démagogues parce qu’ils promettent le changement… ils (les populistes) ont correctement diagnostiqué (les problèmes d’aujourd’hui) mais leur remède est mauvais », a déclaré Lech Walesa à des centaines de personnes réunies devant les chantiers navals historiques de Gdansk, sur la côte Baltique de la Pologne.

C’est à cet endroit que le 31 août 1980, l’accord scellé entre le régime communiste et les ouvriers en grève des chantiers dirigés par Lech Walesa – un électricien à l’époque – a permis la création de Solidarité, le premier syndicat libre du bloc soviétique.

« Nous devons reprendre l’initiative à ces populistes et démagogues et la remplacer par des solutions plus avisées et par de meilleures structures », a déclaré M. Walesa, 76 ans, entouré d’anciens compagnons de route, avant de déposer des fleurs sur la porte des chantiers navals et de l’ouvrir symboliquement comme il l’avait fait il y a quatre décennies.

Le régime communiste a fait marche arrière sur ces accords en 1981, en imposant la loi martiale pour écraser Solidarnosc, qui comptait à l’époque 10 millions de membres, soit plus d’un Polonais sur quatre.

Solidarité a survécu dans la clandestinité et a remporté haut la main les premières élections semi-libres, le 4 juin 1989, précipitant la chute du communisme dans l’ensemble du bloc soviétique.

Prix Nobel de la paix en 1983, Lech Walesa est devenu en 1990 le premier président polonais démocratiquement élu.

‘Héros de la liberté’

La Pologne a adopté la démocratie et l’économie de marché avant de rejoindre l’Otan en 1999 et l’Union européenne en 2004.

Aujourd’hui, les réformes du PiS au pouvoir sont critiquées en particulier par l’Union européenne, qui l’accuse d’éroder l’indépendance des tribunaux et l’État de droit.

Le PiS, dirigé par Jaroslaw Kaczynski, affirme que ces changements sont nécessaires pour lutter contre la corruption dans un système judiciaire encore hanté, selon lui, par le communisme.

Aujourd’hui, la politique du PiS, ses réformes et, récemment, sa rhétorique hostile à la communauté LGBT en Pologne, ont divisé les Polonais comme jamais auparavant.

Le président Andrzej Duda, allié du PiS, a assisté lundi à Gdansk à des cérémonies d’anniversaire distinctes. Il y a exprimé son soutien aux manifestants au Bélarus qui demandent la démission du président Alexandre Loukachenko.

L’incarnation actuelle du syndicat Solidarité compte quelque 500.000 membres et est proche du gouvernement du PiS, ce qui lui vaut aussi des critiques.

Pour marquer cet anniversaire, la chancelière allemande Angela Merkel a salué les travailleurs des chantiers navals de Gdansk qui ont fondé Solidarité comme des « héros européens de la liberté », soulignant qu’ils ont « lancé un mouvement qui a conduit finalement à la chute du mur de Berlin et à la fin du rideau de fer ».

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