Le Premier ministre belge Alexander De Croo a condamné la décision du bourgmestre de Saint-Josse, Emir Kir, de mettre fin à l’évènement rassemblant des dirigeants européens d’extrême droite à Bruxelles mardi (16 avril), tout comme ses homologues italien et britannique Giorgia Meloni et Rishi Sunak. Le Conseil d’État belge réuni tard dans la soirée a annulé l’ordre de fermeture, et l’évènement peut donc se poursuivre ce mercredi.
La Conférence 2024 sur le conservatisme national (NatCon), qui réunissait des dirigeants d’extrême droite tels que le Premier ministre hongrois Viktor Orbán (Fidesz) et le candidat à la présidentielle française Éric Zemmour (Reconquête!), a été interrompue par un ordre du bourgmestre de la commune bruxelloise de Saint-Josse-ten-Noode, Emir Kir, où se tenait l’évènement.
Dans un premier temps, la police a pénétré dans les lieux pour évacuer la salle du Claridge, où avait lieu le rassemblement, mais la poursuite de l’évènement a finalement été autorisée, et un barrage a été installé à l’entrée afin d’empêcher les nouvelles entrées.
Éric Zemmour s’est présenté devant la porte de la salle de conférence dans l’après-midi, mais la police belge lui a refusé l’accès. Entouré de caméras, il a dénoncé une « dictature », selon l’AFP.
« C’est la nouvelle forme de communisme », a expliqué à Euractiv l’un des principaux orateurs de la NatCon, le chef de file du Brexit et ancien eurodéputé Nigel Farage, qui prenait la parole lorsque les autorités sont arrivées pour évacuer les lieux.
« Aucun autre point de vue n’est autorisé. Quiconque n’est pas d’accord est fou, fou, dangereux, et ils se sont montrés aujourd’hui au monde entier… Cela présente ces gens sous un très mauvais jour », a-t-il poursuivi.
Quelques heures plus tard, Alexander De Croo a réagi sur X : « Ce qui s’est passé au Claridge aujourd’hui est inacceptable. L’autonomie communale est une pierre angulaire de notre démocratie mais ne peut en aucun cas prévaloir sur la constitution belge, qui garantit la liberté d’expression et de réunion pacifique depuis 1830. »
« Interdire les réunions politiques est anticonstitutionnel », a-t-il ajouté. « Un point c’est tout. »
La Première ministre italienne Giorgia Meloni, présidente du Parti des Conservateurs et Réformistes européens (Parti CRE), dont certains membres étaient présents à l’évènement, a remercié M. De Croo pour « sa prise de position claire et opportune contre l’oppression haineuse de la liberté d’expression qui a lieu à Bruxelles », affirmant également lui avoir demandé d’assurer un suivi de la situation.
Elle a poursuivi en déclarant que « toutes les victimes de cet abus injustifiable, en particulier les membres du CRE présents », bénéficiaient de sa « toute sa solidarité ».
Les partis Identité et Démocratie (PID) et du Parti CRE, auxquels appartiennent la majorité des participants du rassemblement, gagnent du terrain dans les sondages à l’approche des élections européennes de juin.
Un porte-parole du Premier ministre britannique Rishi Sunak a commenté : « Il est très clair que l’annulation d’évènements ou l’empêchement de la participation d’orateurs nuit à la liberté d’expression et à la démocratie qui en découle. Il est très clair que le libre débat et l’échange d’opinions sont essentiels, même lorsque l’on n’est pas d’accord. »
Les organisateurs et les participants à la conférence ont dénoncé la censure et l’absence de liberté d’expression, en redoublant d’accusations contre Bruxelles, siège de l’Union européenne, qui favoriserait le développement de la « cancel culture ».
Certains ont également souligné les liens d’Emir Kir avec le parti Parti d’action nationaliste (MHP) turc d’extrême droite, l’homme politique ayant été exclu du Parti socialiste belge (PS) en 2020 pour avoir rompu le cordon sanitaire en recevant une délégation de maires turcs et rencontre deux d’entre eux appartenant au MHP.
Une conférence similaire à la NatCon, la CPAC Hungary, aura lieu à Budapest les 25 et 26 avril. Les organisateurs ont déjà refusé l’accès à plusieurs médias, tels que The Guardian, arguant que l’évènement est une « interdit aux wokes ».
Risque de troubles à l’ordre public
Selon une version traduite de l’ordre de fermeture de l’évènement consultée par Euractiv, le bourgmestre de la commune était préoccupé par la « vision nationale conservatrice de la société » des participants à la conférence, leur affiliation à « l’extrême droite européenne » et leur euroscepticisme.
Il craignait également que, si l’évènement était autorisé, « de graves troubles à l’ordre public [soient] à craindre » en raison de la « nature ostensiblement provocatrice et discriminatoire » de la NatCon.
Le document indique également qu’Emir Kir était préoccupé par la sécurité des participants, craignant une « menace contre les participants » et des « réactions violentes », rendant la tenue de l’évènement « déconseillée ».
Le Conseil d’État belge s’est réuni mardi à 22 h pour évaluer l’ordre du bourgmestre et a jugé que l’évènement pourrait reprendre le lendemain.
Il a justifié sa décision dans un post Facebook mercredi matin, affirmant qu’« être bourgmestre, c’est être garant de la sécurité publique » et que son arrêté d’interdiction était « basé sur une analyse de l’Ocam [Organe de coordination pour l’analyse de la menace] ».
« Mon absence de sympathie pour ceux qui prêchent la haine est assumée mais c’est le maintien de l’ordre public qui a motivé l’interdiction », a-t-il soutenu.
Thomas Moller-Nielsen et Anna Brunetti ont contribué à la rédaction de cet article.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]


