Les dirigeants européens demandent à Joe Biden de protéger les Balkans occidentaux

Le Premier ministre bulgare Kiril Petkov (G), le Chancelier autrichien Karl Nehammer (C) et le Président lituanien Gitanas Nauseda (D) discutant avant un sommet européen à Bruxelles, le 25 mars 2022. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Les Balkans occidentaux, bien qu’ils ne figurent pas officiellement à l’ordre du jour des trois sommets qui se sont tenus à Bruxelles les 24 et 25 mars, se sont avérés être la musique de fond des réunions. Certains dirigeants européens ont en effet profité du temps qu’ils ont passé avec le président américain Joe Biden pour insister sur l’importance de la région.

« Nous, Autrichiens, avons la chance de parler aux Américains ici aujourd’hui, et [nous évoquerons] deux sujets : d’une part, la guerre en Ukraine et, d’autre part, la nécessité de ne pas oublier les Balkans occidentaux », a déclaré le chancelier autrichien Karl Nehammer devant les journalistes jeudi (24 mars).

M. Nehammer était l’un des huit dirigeants européens, avec ses homologues de Lettonie, du Luxembourg, de Pologne, de Chypre, de Suède, d’Autriche et d’Espagne, qui ont pu s’adresser à Joe Biden, pressé par le temps.

« Les mesures prises ici visent à garantir que les Balkans occidentaux ne deviennent pas une sphère d’influence de la Fédération de Russie ou d’autres grandes puissances telles que la République populaire de Chine », a ajouté M. Nehammer.

L’Autriche s’est historiquement beaucoup investie dans le sort des pays des Balkans occidentaux et dans leur parcours vers l’adhésion à l’UE, qui a été extrêmement lent au cours des trois dernières décennies. Dans le même temps, la guerre menée par la Russie en Ukraine a également soulevé des questions quant à l’influence de Moscou dans cette région.

La Bosnie-Herzégovine (BiH), pays traversant une crise continue que certains considèrent comme la plus grave depuis la fin de la guerre dans le pays en 1995, est un sujet de préoccupation.

L’ambassadeur russe en BiH, Igor Kalbukhov, a récemment déclaré que si Sarajevo « décide de devenir membre d’une alliance, c’est une question interne » qui concerne ses dirigeants, mais il a également ajouté que la réponse de la Russie était « une toute autre question ». « L’exemple de l’Ukraine montre ce que nous attendons. S’il y a une quelconque menace, nous répondrons », a-t-il averti.

En réponse, l’Autrichien Karl Nehammer a indiqué au président américain et à ses homologues européens que le maintien de l’intégrité territoriale de la BiH était d’une importance cruciale pour prévenir les « influences déstabilisantes ». En outre, le statut de candidat à l’UE du pays était également une priorité pour Vienne, selon des sources gouvernementales informées sur le sujet.

Les dirigeants européens ont eux aussi discuté de la Bosnie-Herzégovine hier soir (24 mars). Toutefois, la discussion a moins porté sur l’influence de la Russie que sur le fait que son voisin membre de l’UE, la Croatie, cherche à défendre les intérêts de la minorité croate du pays en vue des prochaines élections en BiH à l’automne.

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Corruption, corruption, corruption

Néanmoins, les craintes de voir le pays se désagréger sur la base de critères ethniques occultent souvent les problèmes sous-jacents, tels que la stagnation de l’économie et la corruption, ainsi que l’absence de réformes du marché et d’opportunités qui poussent de plus en plus les jeunes à quitter le pays.

La Bosnie-Herzégovine « n’est pas caractérisée par des mouvements ethno-nationalistes, mais par une corruption et un dysfonctionnement profonds », a estimé un haut fonctionnaire du gouvernement américain qui s’adressait à EURACTIV.

En arrivant au Conseil de l’UE vendredi (25 mars), le Premier ministre bulgare Kiril Petkov a indiqué qu’il avait discuté avec le président américain Joe Biden de la corruption en tant qu’ « instrument de [Vladimir] Poutine dans les Balkans », et a dit que Joe Biden avait été d’accord avec lui sur ce point.

M. Petkov a déclaré avoir décrit au président américain un exemple de ces manœuvres russes en Bulgarie avec un oléoduc construit à l’initiative de la Russie avec de l’argent bulgare :

« […] Poutine travaille avec les élites politiques, il leur fait débourser de l’argent national pour ses projets, et vous le faites via des systèmes de corruption. C’est, semble-t-il, un instrument utilisé par Poutine pour atteindre ses objectifs géopolitiques dans les Balkans. »

M. Petkov a également affirmé qu’il était de la plus haute importance d’œuvrer pour la stabilité des Balkans occidentaux car, selon lui, « comme cela a été dit de part et d’autre, il y a une forte influence [russe] là-bas ».

Interrogé par EURACTIV sur la Bosnie-Herzégovine plus spécifiquement, M. Petkov a répondu que les problèmes avaient été discutés mais n’a pas donné davantage de détails.

Il a ajouté que la guerre en Ukraine rendait la sécurité des Balkans occidentaux encore plus critique.

« La Bulgarie a son rôle à jouer. La voie européenne de la Macédoine du Nord et de l’Albanie fait partie de cette stabilité. Nous avons du travail à faire là-bas, et vous savez que le gouvernement bulgare fait sa part. Mais nous avons besoin de progrès car la dernière chose que nous voulons, géopolitiquement parlant, c’est l’instabilité dans les Balkans occidentaux. En ce moment, nous devons tous redoubler d’efforts et faire avancer les choses », a-t-il conclu.

L’eurodéputée écologiste Tineke Strik a exprimé l’espoir que « la guerre atroce en Ukraine serve de signal d’alarme pour les dirigeants de l’UE sur le fait que la stabilité et la sécurité sur le continent européen ne sont pas garanties ».

« Pendant trop longtemps, nous avons négligé la situation dans les Balkans, permettant aux autocrates de prendre le pouvoir et à la Russie et la Chine de gagner en influence. Nous devrions sérieusement renforcer notre engagement dans la région et prendre conscience que l’intégration à l’UE est une nécessité géopolitique, afin de garantir notre propre stabilité », a-t-elle ajouté.

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Georgi Gotev a contribué à la rédaction de cet article.

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