Les eurodéputés allemands en tête du classement des députés les plus influents, l’Allemagne dans son ensemble à la traîne

(De gauche à droite) Les principaux candidats aux dernières élections européennes, le président du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), Joerg Meuthen, la vice-présidente du Parti démocratique libre (FDP), Nicola Beer, la ministre allemande du Parti social-démocrate (SPD), Katarina Barley, le président du Parti populaire européen (PPE), Manfred Weber (CDU/CSU), le candidat principal du Parti de gauche (Die Linke), Oezlem Demirel, et le candidat principal du Parti vert (Die Gruenen), Sven Giegold. [CLEMENS BILAN/epa]

Les membres allemands du Parlement européen ont été classés comme les eurodéputés les plus influents derrière les français et les espagnols, selon l’indice d’influence de VoteWatch 2021 publié ce lundi (1er novembre). Le prochain gouvernement allemand sera-t-il en mesure de changer cela  ?

Le Parlement européen est une assemblée impressionnante : 705 parlementaires issus de 27 États de l’UE constituent le contrepoids législatif aux chefs d’État de l’UE dans les processus législatifs européens. La logique veut que les États les plus importants de l’UE, la France et l’Allemagne, et leurs députés, aient le plus de membres (et donc d’influence).

Bien que l’Allemagne ait gagné trois places depuis l’année dernière, elle reste à la traîne dans le classement général de l’influence. Le pays sous-performe dans divers domaines politiques : en matière de santé, il est classé 27e sur 27 sur l’échelle d’influence, alors qu’il entre à peine dans le top 10 pour la portée de sa politique environnementale.

Pourtant, deux eurodéputés allemands figurent dans le top 3 des députés les plus influents : le président du parti populaire européen (PPE), Manfred Weber, est classé le plus influent, tandis que Sven Giegold, des Verts, est classé troisième.

« L’indice d’influence de cette année suggère que les députés européens d’Allemagne ont plus d’influence politique que les députés européens de tout autre État membre », a noté Susan Hoelling, co-directrice générale de BCW Allemagne, une société de conseil qui avait parrainé l’indice.

« Cependant, nous constatons […] que les eurodéputés allemands ont moins de poids politique sur les politiques de santé et les politiques vertes de l’UE », a-t-elle déclaré à EURACTIV.

La disparité entre le fait d’avoir à la fois des eurodéputés allemands très influents et le classement plus faible de l’Allemagne dans son ensemble peut s’expliquer par différents facteurs : le manque de représentation dans les commissions clés, les eurodéputés influents étant contrebalancés par des eurodéputés de faible influence du même pays, et le fait que l’Allemagne penche pour le moment vers le l’aile droite du spectre politique.

L’Allemagne est « fortement sous-représentée au sein de la commission ENVI », qui traite des dossiers environnementaux et sanitaires, explique ainsi Hugo Vincent, analyste politique chez VoteWatch Europe.

L’Allemagne a toutefois « la plus grande délégation au Parlement européen, ce qui signifie qu’il ne suffit pas d’avoir une poignée d’eurodéputés très influents pour avoir un score moyen élevé », a-t-il ajouté.

Enfin, la forte proportion d’eurodéputés allemands d’extrême droite dans la faction parlementaire Identité & Démocratie, avec l’eurodéputé allemand Jörgen Meuthen comme président de faction, ainsi qu’un grand nombre de membres de la faction PPE, tirent vers le bas le classement d’influence global du pays.

L’Allemagne est « très présente au sein des groupes PPE et ID, qui obtiennent des résultats moins bons que les autres groupes politiques (ID en particulier) dans le domaine de la santé », a noté M. Vincent.

Pour M. Giegold, le troisième député le plus influent de l’hémicycle, l’origine du mauvais classement de l’Allemagne réside dans sa politique intérieure.

« L’Allemagne a perdu de son influence ces dernières années car la grande coalition (entre conservateurs et sociaux-démocrates, ndlr) ne parvenait très souvent pas à se mettre d’accord et ne prenait donc position au Conseil que lorsque d’autres pays avaient pris leur position depuis longtemps », a-t-il expliqué à EURACTIV.

Alors que l’Allemagne attend actuellement la formation d’un nouveau gouvernement – avec une coalition probable entre le parti social-démocrate (SPD), les Verts et les libéraux (FDP) – certains s’attendent à ce que le prochain gouvernement allemand adopte une position plus active dans la politique européenne.

La grande coalition de sociaux-démocrates et de conservateurs qui a gouverné l’Allemagne pendant huit ans a souvent été accusée d’être trop lente.

En conséquence, « nous n’avons pas été en mesure de mettre une position allemande sur la table. J’espère que la prochaine coalition ne continuera pas dans cette voie, mais adoptera plutôt une nouvelle approche », a ajouté M. Giegold.

M. Giegold est l’un des dix principaux négociateurs des Verts qui entameront les délibérations sur un texte final de coalition le 10 novembre, après les travaux préparatoires en cours dans 22 groupes de travail regroupant 300 négociateurs.

« Il y aura des questions sur lesquelles le nouveau gouvernement brillera de manière sociale-démocrate, d’autres sur lesquelles nous brillerons de manière verte, et d’autres encore sur lesquelles nous brillerons de manière libérale », a-t-il indiqué.

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