Les médias pro-Russes s’engouffrent dans le tout sauf Macron

Très attentifs à la campagne présidentielle française, Russia Today et Sputniknews témoignent de l’inquiétude du Kremlin face à la popularité du candidat europhile. A la télé russe, un leader nationaliste a promis de « faire élire Marine Le Pen ».

Russia Today et Sputniknews, qui appartiennent à 100% au Kremlin, relaient abondamment les propos du député Les Républicains Nicolas Dhuicq. Ce dernier a ébruité une rumeur selon laquelle le candidat est soutenu par un « lobby gay très riche ». Ce n’est pas la seule rumeur visant le candidat du mouvement « En marche ! ». Sputniknews.fr en remet une couche avec l’article Assange : des révélations sur Emmanuel Macron dans les mails de Clinton, qui ne comporte aucune révélation, mais alourdit une couverture exclusivement négative. Russia Today titrait la semaine dernière Emmanuel Macron comme candidat neuf et hors système – «une escroquerie absolue». Les politologues invités à commenter sa campagne, comme Jacques Sapir, le descendent en flamme : « Monsieur Macron et ses mystérieux soutiens financiers […] Il est le candidat des oligarques, du MEDEF, de ces affairistes qui confondent l’industrie avec un immense jeu de Monopoly », écrit Sapir, qui défend systématiquement la politique du Kremlin sur son blog. Une touche complotiste s’ajoute au tableau, dénonçant un Emmanuel Macron chouchou des médias.

T-shirts et intox

Sputniknews est en pointe sur le sujet, en coordination avec l’antenne moscovite du parti Les Républicains. Dans l’article Quand les journalistes français portent des T-shirts En Marche! en Russie, l’auteur – anonyme – reprend exclusivement le point de vue du responsable Russie du parti Les Républicains, sans vérifier le caractère mensonger des accusations. Aucun journaliste ne figure sur la photographie publiée pour preuve. Contactés par Euractiv, tous les correspondants à Moscou ont nié s’être affiché avec un T-shirt En Marche ! ou faire campagne pour Emmanuel Macron.

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Autant Macron est vilipendé, autant ses deux principaux rivaux – François Fillon et Marine le Pen – sont présentés sous un jour positif par les deux agences du Kremlin. Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon bénéficient eux d’une couverture globalement neutre, mais très en retrait, sans doute en raison de leur moindre chance d’arriver au second tour de l’élection. Russia Today s’est fendu d’une interview exclusive de Marion Maréchal-le Pen, où cette dernière insiste sur l’unité du FN et n’affronte aucune question dérangeante. La version anglophone de l’entretien sonne comme un slogan : Le Front National est la seule force favorable à une Europe des États souverains. Empêtré dans le « Pénélopegate », François Fillon est dépeint comme un candidat courageux, tenace dans un article au titre explicite : Ce Fillon «déjà coupable» qui ferait gagner Macron et oublier les magouilles de la gauche.

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Le 13 février, Russia Today a raillé lundi les accusations de partialité dont la chaîne fait l’objet et « pointé l’hypocrisie des médias mainstream ». « Le groupe RT a catégoriquement démenti travailler à nuire à la candidature d’Emmanuel Macron à la présidentielle en propageant de fausses informations. De même que de viser à perturber l’élection », souligne l’article, en faisant reposer sa bonne foi sur cette simple affirmation.

L’audience russophone a droit à une couverture encore plus tranchée. L’émission Vesti (sur la télévision d’État) titre En cas de victoire aux présidentielles, Le Pen fera sortir la France de l’OTAN, une douce musique pour un Kremlin rêvant de voir l’alliance militaire rivale s’écrouler.

À la télé russe : « Nous ferons élire Marine Le Pen »

« Marine le Pen gagnera en France : nous la ferons élire ! », a carrément déclaré le chef de file des nationalistes pro-Kremlin Vladimir Jirinovsky sur le plateau de l’émission politique phare de la première chaîne publique Rossia 1. Dans cette même émission (dont le présentateur est le patron de Russia Today et de Sputniknews), les rivaux de Marine le Pen en prennent pour leur grade. Emmanuel Macron a été tour à tour décrit comme un Don Juan corrupteur et un homosexuel caché. Ce dont la France a besoin, expliquait Evgeni Kisseliov dimanche dernier, c’est un changement au sommet. « La France, la belle France tient enfin sa chance d’envoyer une femme à l’Elysée ».

Le Kremlin n’avait pas caché sa préférence pour Donald Trump durant les élections américaines. Dans le cas français, la préférence penchait au départ pour le pragmatisme, c’est à dire  pour le grand favori François Fillon, présenté par les médias russes comme l’ami de Vladimir Poutine. Le « Pénélopegate » a fait pencher ces dernières semaines la balance en faveur de Marine Le Pen, dont le programme anti UE et anti OTAN colle à ses intérêts stratégiques. Centriste, pro-européen et plus proche de l’administration sortante, Emmanuel Macron représente logiquement le dernier choix de Moscou.

Même si les enjeux sont moindres que pour les États-Unis, l’élite politique russe suit attentivement la campagne présidentielle française, ainsi que l’élection du futur chancelier allemand, qui doivent toutes les deux se dérouler cette année. La France est un pilier de l’Union européenne, perçue à Moscou comme un rival géopolitique qu’il convient de diviser et d’affaiblir. Le front commun des européens gêne aussi considérablement les efforts monopolistiques du géant gazier Gazprom sur le continent. Une Europe affaiblie laisserait les mains libres au Kremlin pour regagner son influence (économie, culturelle, politique et militaire) perdue en Europe de l’Est.

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