Les politiques français tentent de rattraper leur retard sur ‘Bruxelles’ [FR]

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Après le choc de l’échec du référendum sur la Constitution, les Français réalisent progressivement leur manque de connaissances sur les affaires européennes. Il est pourtant surprenant de constater que même les élites politiques semblent devoir se remettre au niveau concernant ‘Bruxelles’.

Un groupe composé de dix-neuf députés de l’Assemblée nationale et de plusieurs sénateurs s’est rendu à Bruxelles les 30 et 31 janvier 2006, à l’occasion d’une seconde série de visites à Bruxelles et à Strasbourg organisée par la ministre déléguée aux Affaires européennes, Catherine Colonna.

L’idée d’organiser ces visites est venue à la suite de la débacle sur la Constitution de mai 2005, lorsqu’une majorité de Français ont rejeté le projet de traité constitutionnel de l’UE dans un référendum souhaité par Jacques Chirac. Au lieu du plébiscite qu’il avait espéré, M. Chirac a du prendre conscience du fait que le ‘projet européen’ ne bénéficiait plus du soutien inconditionnel de la population française, qui le soutenait pourtant depuis des décennies, le moteur franco-allemand donnant le ton sur les questions européennes. 

La campagne sur la Constitution a révélé que les Français savaient peu de choses sur les politiques européennes et réduisaient Bruxelles à un ensemble de technocrates non élus de la Commission établissant des politiques économiques libérales. M. Chirac a alors donné comme instructions à son gouvernement de prendre des mesures pour remédier à cette situation.

Cependant, il est apparu que même les connaissances des membres de l’Assemblée nationale et du Sénat sur les affaires européennes étaient limitées. Une série de mesures a donc été adoptée pour rattraper ce retard d’informations des élus français, en espérant qu’ils parviendraient ainsi à impliquer leurs électeurs dans le débat européen. 

Des débats sont désormais organisés de façon systématique au Parlement avant chaque sommet européen. Les Ministres doivent systématiquement présenter un rapport sur l’issue des réunions du Conseil et présenter les principales questions devant l’Assemblée nationale. Des visites régulières à Bruxelles et à Strasbourg sont organisées pour renforcer les relations du Parlement avec les institutions européennes. Au niveau local, les assemblées régionales doivent désormais organiser chaque année au moins un ou deux débats sur l’Europe.

Au niveau du gouvernement, le Premier ministre Dominique de Villepin tient désormais une réunion mensuelle avec des ministres concernés pour débattre des questions d’actualité dans l’UE. Cinq réunions de ce type ont déjà eu lieu depuis leur introduction en juin de l’année dernière. Les débats ont par exemple porté sur les programmes nationaux de réforme économique (la stratégie révisée de Lisbonne de la Commission Barroso), la directive Services et la révision de la politique européenne des transports.

Des initiatives sont également prises pour impliquer la société civile française dans les affaires européennes. Ainsi, tous les six mois, c’est-à-dire au début de chaque présidence de l’UE, Mme Colonna organise une réunion avec les ‘partenaires sociaux’ (syndicats et patrons) pour débattre des questions européennes.

Il semble cependant que le manque de connaissances sur l’Europe ait également des racines plus profondes (dans le système éducatif). Un conseiller de Catherine Colonna, diplômé de la prestigieuse Ecole Nationale d’Administration (ENA), de laquelle sont issus la plupart des ministres et des chefs d’Etat français depuis la seconde Guerre mondiale, a déclaré à EURACTIV qu’il y a seulement cinq ans de cela, il n’existait aucune épreuve sur l’Europe à l’ENA.

Pour remédier à cette lacune, il a été décidé en décembre 2005 de créer des formations spéciales pour les fonctionnaires de l’administration française sur les questions européennes et le mécanisme décisionnel de l’UE.

Cependant, communiquer sur l’Europe auprès du grand public en France semble un défi beaucoup plus compliqué en raison du manque d’intérêt des médias. S’exprimant devant les députés lors d’une visite à Bruxelles le 30 janvier, Marc Paolini, correspondant bruxellois du quotidien économique ‘La Tribune’, a souligné le manque de représentants des journaux et chaînes de télévision français à Bruxelles. En effet, la chaîne de télévision la plus populaire en France, TF1, n’a même pas de correspondant permanent dans la capitale belge.

La vice-présidente de la Commission, Margot Wallström, a présenté le 1er février son Livre blanc visant à améliorer la stratégie d'information et de communication de l'UE. Ce Livre tente également de s'attaquer au "déficit démocratique" dont souffre l'UE depuis longtemps et qui a été révélé l'année dernière par l'échec des référendums français et néerlandais. Il s'éloigne ainsi de l'idée selon laquelle la stratégie de communication est en grande partie "l'affaire de Bruxelles" et a l'intention de se concentrer davantage sur les citoyens plutôt que sur les institutions (EURACTIV, 2 fév. 2006).

  • L'Assemblée nationale française organisera un débat avant les réunions du prochain sommet européen en mars et juin. Parmi les sujets débattus figureront le processus d'élargissement de l'UE et l'avenir du traité constitutionnel de l'UE. 
  •  De février à juillet 2006, la Commission écoutera les commentaires des parties concernées et des citoyens postés sur le site Internet dédiée à la consultation sur le Livre blanc;

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