Suite au scandale entourant de potentielles discussions sur un programme de « remigration », les dirigeants du parti d’extrême-droite allemand, AfD, ont été sommés de s’expliquer, en partie par leurs proches alliés du Rassemblement national. Une réunion entre les chefs européens des deux partis est d’ailleurs prévue mardi (6 février).
Le parti allemand d’extrême droite AfD (Alternative für Deutschland, en allemand) a suscité l’indignation après que certains de ses membres aient assisté à une réunion secrète à Potsdam où les participants auraient discuté de l’expulsion de tous les étrangers et des citoyens allemands d’origine étrangère : un concept connu sous le nom de « remigration », comme l’a rapporté Correctiv, un journal d’investigation indépendant à but non lucratif.
Le terme apparaît également dans le manifeste de l’AfD pour les élections européennes, dans lequel le parti plaide pour une « remigration au lieu de l’acquisition de talents ».
Ces révélations ont amené Marine Le Pen, leader politique du RN, à remettre en question leur alliance au sein du groupe européen Identité et Démocratie (ID). Le présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale a déclaré être en « total désaccord» avec le concept de « remigration ».
Les dirigeants de l’AfD, eux, ont affirmé que Mme Le Pen avait confondu le terme « remigration », tel qu’il avait été défini lors de la réunion secrète, avec la définition officielle du parti.
Mercredi (31 janvier), le parti s’est vu contraint d’adopter une résolution officielle pour préciser le sens du terme « remigration » tel qu’il figure dans son manifeste.
Le parti affirme que lorsqu’il utilise ce terme, il fait référence à l’expulsion des « étrangers légalement obligés de quitter le pays » plutôt qu’à l’ensemble des résidents appartenant à des minorités ethniques.
« Nous nous opposons fermement à des demandes inconstitutionnelles telles que l’expulsion collective arbitraire d’étrangers […] ou même l’expulsion de citoyens allemands issus de l’immigration », peut-on lire dans la résolution.
Réunion au sommet avec le RN
L’AfD cherche également à apaiser les tensions directement avec le RN.
À cette fin, Maximilian Krah, tête de liste de l’AfD pour les élections européennes, et Gunnar Beck, chef de la délégation au Parlement européen, rencontreront mardi à Strasbourg Jean-Paul Garraud, président de la délégation du RN au Parlement européen, lors d’une réunion «informelle» en marge de la session plénière au Parlement européen, a déclaré l’eurodéputé français à Euractiv France.
Les deux partis devraient aborder la réunion de Potsdam, «afin de savoir ce qu’il en est exactement et s’il existe des modifications dans le programme politique de l’AfD, notamment en ce qui concerne cette ‘ remigration ’», a confirmé M. Garraud.
À la lumière des déclarations rassurantes de l’AfD de ces derniers jours, M. Garraud s’est montré confiant quant à la possibilité de résoudre la querelle. Selon ses informations, « l’AfD conteste totalement ce qui lui est reproché par certains médias et ses adversaires politiques» et qu’il « n’y aurait aucun changement dans la ligne politique » du parti allemand.
La chute tout de même ?
L’affaire a déteint sur les intentions de vote et les opposants politiques ne lâchent plus prise.
Mercredi, le chancelier socialiste Olaf Scholz et le chef de l’opposition de la CDU (droite), Friedrich Merz, ont critiqué sévèrement et consensuellement l’AfD.
« Il ne s’agit pas seulement d’un mot », a déclaré M. Scholz aux parlementaires à Berlin, en référence à la «remigration». Selon le chancelier, « des conférences dans des maisons de campagne [et] la “remigration” — cela rappelle les périodes les plus sombres de l’histoire de l’Allemagne », a-t-il ajouté.
Le chef du gouvernement faisant référence à la réunion à Postdam qui a eu lieu à environ huit kilomètres de la villa Marnier de Berlin dans laquelle, en janvier 1942, des dirigeants nazis ont organisé les premiers temps de la « solution finale».



