L’Italie dans l’incertitude après une crise gouvernementale surprise 

EPA-EFE/ANGELO CARCONI

Élections rapides en vue d’un gouvernement potentiellement 100 % d’extrême droite ou équipe technique ? Décidé brutalement par Matteo Salvini, l’éclatement de la coalition populiste au pouvoir depuis 14 mois plonge l’Italie dans l’incertitude.

Des élections sans doute, mais quand et avec quel gouvernement ? Un exécutif technique pour mener le pays au scrutin ? Ou avec le gouvernement actuel expédiant les affaires courantes dans l’attente du vote ?

C’est « une farce qui ne fera pas rire grand-monde. Les Italiens en ressentent déjà les effets » avec la hausse des taux d’intérêt sur la dette italienne, écrit l’éditorialiste Claudio Tito dans le quotidien La Repubblica (gauche).

L’annonce du chef de l’extrême droite a été brutale et a pris de court son désormais ex-allié, Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 Étoiles (M5S, antisystème).

Salvini de plus en plus proche d'Orbán

Matteo Salvini rend visite à son allié Viktor Orbán et n’exclut pas une alliance avec le PPE.

« Allons tout de suite au Parlement pour prendre acte qu’il n’y a plus de majorité (…) et restituons rapidement la parole aux électeurs », a exigé Matteo Salvini dans un communiqué en fin d’après-midi.

Dans la foulée, il a pratiquement lancé sa campagne électorale lors d’un meeting à Pescara (centre).

« On nous dit qu’on ne peut pas réduire les impôts. Nous prouverons, si vous nous donnez la force de le faire, qu’il est possible de réduire les impôts aux travailleurs italiens », a-t-il lancé devant ses sympathisants.

Cette décision inattendue de Matteo Salvini a provoqué la colère du chef du gouvernement Giuseppe Conte et de Luigi Di Maio, qui ont accusé le ministre de l’Intérieur de vouloir capitaliser sur ses bons sondages, sans se soucier du bien des Italiens.

En Italie, l'élection européenne remet en jeu la coalition au pouvoir

Les élections européennes pourraient faire de la Ligue italienne le plus grand parti d’extrême droite du nouveau Parlement européen, élevant ainsi son leader, Matteo Salvini, au rang de porte-drapeau des populistes. Elles risquent aussi de faire plonger le pays dans des perturbations politiques.

Conte a estimé que M. Salvini devra « expliquer et justifier » devant le peuple italien sa décision de mettre un terme à la coalition populiste au pouvoir, alors que la Ligue en avait obtenu pratiquement tout ce qu’elle voulait.

La crise au sein de la coalition a été déclenchée par le dernier vote de la session parlementaire sur la ligne Lyon-Turin, mercredi.

Le M5S a tenu à voter contre ce projet de liaison franco-italienne à grande vitesse, soutenu avec force par la Ligue.

Des élections dès octobre ?

Selon les médias italiens, la Ligue voudrait que les élections législatives se déroulent dans la seconde moitié d’octobre. Les dimanche 13, 20 et 27 sont évoqués.

Quelle que soit la date, la Ligue se présentera en position de force avec ses 34 % recueillis aux européennes et des sondages qui la donnent à 36-38 % des intentions de vote, lui permettant potentiellement de gouverner seule, ou avec l’appui déjà acquis d’avance du parti post-fasciste Fratelli d’Italia.

Le M5S est pour sa part retombé loin derrière, avec environ 17 % des intentions de vote, moitié moins que son score aux législatives de mars 2018.

« La Ligue et le M5S auront la tâche difficile d’expliquer au pays comment la joyeuse machine de guerre », leur gouvernement de coalition, « s’est déjà fracassée », écrit pour sa part Massimo Franco, l’éditorialiste du principal quotidien italien Corriere della Sera.

La nomination de von der Leyen provoque une nouvelle crise en Italie

Les deux partis au pouvoir en Italie sont entrés en conflit à propos d’ Ursula von der Leyen. Leurs dissensions met en péril les espoirs de Rome d’obtenir un poste haut placé dans le nouvel exécutif.

La grande inconnue reste la réaction du chef de l’État, Sergio Mattarella, qui a seul le pouvoir de dissoudre le Parlement, après consultation des présidents des deux chambres et des principaux dirigeants politiques avant de convoquer un scrutin.

Or M. Mattarella est notoirement opposé à des élections à l’automne, la période où le gouvernement doit préparer le budget de l’année suivante, en discuter avec Bruxelles et le faire adopter au Parlement.

Un gouvernement sortant, expédiant simplement les affaires courantes, n’aurait pas le poids nécessaire pour négocier avec Bruxelles et cette situation pourrait nuire à l’Italie sur les marchés.

Selon l’agence AGI, le Sénat pourrait se réunir le 20 août pour acter la chute du gouvernement, et le Parlement pourrait être dissous quelques jours plus tard. De nouvelles élections devraient alors être convoquées dans un délai de 50 à 70 jours, selon la Constitution italienne.

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