L’OTAN accueille Blinken et l’attend sur l’Afghanistan

Le nouveau secrétaire d'Etat américain Antony Blinken. [YONHAP/EPA]

Les alliés européens de l’Otan s’attendent à une opération de charme du nouveau secrétaire d’Etat américain Antony Blinken lors de leur première rencontre mardi (23 mars), mais ils doutent d’en savoir plus sur le désengagement des Américains en Afghanistan et leurs priorités stratégiques.

« Les ministres vont poursuivre leurs consultations sur l’Afghanistan et pour l’instant, toutes les options restent ouvertes », a déclaré lundi le secrétaire général de l’Otan, le Norvégien Jens Stoltenberg, lors de la présentation de la réunion.

« Est-ce que nous restons après le 1er mai ou est-ce nous partons? Nous ne savons pas ce que nous allons faire et c’est un problème », a déploré un ministre européen auprès de l’AFP sous couvert de l’anonymat.

Une décision était attendue pour la réunion des ministres de la Défense de l’Alliance le 17 février, mais elle a été différée dans l’attente d’un résultat des négociations sur un accord de paix en Afghanistan.

« Ces pourparlers sont le seul moyen de définir une solution durable, politique, au conflit », a insisté lundi Jens Stoltenberg.

Un arbitrage devient urgent pour « Resolute Support », la mission de formation de l’Otan en Afghanistan, car l’accord conclu avec les talibans par l’administration de l’ex-président américain Donald Trump prévoit le départ de toutes les troupes étrangères le 1er mai.

Le président Biden a reconnu la semaine dernière qu’il serait « difficile » pour Washington de respecter cette échéance, suscitant l’indignation des talibans qui ont averti que les États-Unis seraient « responsables des conséquences ».

L’Otan est en Afghanistan depuis presque 20 ans, mais a réduit sa présence, passée de 130.000 militaires de 36 pays engagés dans des opérations de combat à 9.600 aujourd’hui, dont 2.500 Américains, chargés de la formation des forces afghanes.

L’Afghanistan est le premier sujet à l’ordre du jour de la réunion qui va durer deux jours au siège de l’Alliance à Bruxelles.

Elle se déroule en présentiel pour la première fois depuis le début de la pandémie, alors que le virus continue de frapper durement les pays européens.

La question turque

Les Européens souhaitent aborder de manière franche plusieurs sujets difficiles, notamment le comportement de l’allié turc avec ses achats militaires à la Russie.

« Les discussions sur la Russie sont compliquées par la Turquie. C’est un peu l’éléphant dans la pièce », a souligné un diplomate européen de l’Alliance.

« Mais les Américains ne sont pas encore prêts à aborder la question », a estimé le ministre européen.

« La Turquie est un allié de l’OTAN très apprécié et de longue date », a affirmé le conseiller de M. Blinken pour l’Europe, Philip Reeker, lors d’un point de presse ce week-end.

Jens Stoltenberg s’est toutefois dit « préoccupé » par le comportement de la Turquie et les violations des droits démocratiques dans ce pays.

Il a souligné « les divergences de vues (entre alliés) en Méditerranée orientale, la décision de la Turquie d’acheter le système de défense antimissiles russe S-400″, la semaine dernière lors d’une visioconférence avec les membres de la sous-commission Sécurité et Défense du Parlement européen.

Rassurés par la volonté du président Joe Biden de mettre un terme aux décisions unilatérales des Etats-Unis, les Européens attendent des Américains « de la prévisibilité, de la fiabilité et des consultations », a plaidé le diplomate européen.

Certains des Européens ne se font toutefois pas beaucoup d’illusions. « Biden est un peu plus doux, mais ses objectifs restent les mêmes, notamment sur le partage des dépenses de défense. Il n’y a pas de changements sur le fond » avec Donald Trump , a estimé le ministre européen.

Mais l’objectif de la réunion avec Antony Blinken n’est pas d’attiser les tensions, a assuré le diplomate européen. Les consultations doivent préparer le terrain pour le premier sommet de l’Alliance de Joe Biden qui pourrait se tenir en juin, en même temps que le sommet du G7, si les conditions sanitaires le permettent, ont expliqué les deux interlocuteurs de l’AFP.

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