Les membres de l’OTAN s’apprêtent à renforcer les relations avec l’Ukraine dans le but de montrer leur soutien politique au pays déchiré par la guerre et à sa demande d’adhésion, bien qu’une feuille de route concrète pour l’adhésion reste encore une perspective lointaine.
La demande d’adhésion à l’OTAN présentée par l’Ukraine il y a huit mois est restée sans réponse jusqu’à présent, mais elle devrait être au centre du sommet de l’Alliance à Vilnius en juillet. Entre-temps, l’idée de renforcer le statut de partenaire de l’Ukraine au sein de l’Alliance gagne du terrain.
Les deux parties se rencontrent actuellement au sein de la Commission OTAN-Ukraine, qui dirige les activités de coopération et fournit un forum de consultation entre les membres de l’OTAN et l’Ukraine sur les questions de sécurité d’intérêt commun.
Les pays de l’OTAN cherchent depuis des mois à améliorer le statut de l’Ukraine dans ses relations en créant un « Conseil Ukraine-OTAN ».
Cette idée a gagné en popularité et serait un signal pour montrer également une amélioration des relations, ont déclaré plusieurs diplomates de l’OTAN à EURACTIV.
Il s’agirait de la première mesure visant à renforcer le partenariat politique entre l’Alliance et Kiev depuis le début de la guerre et la demande d’adhésion de l’Ukraine, selon deux diplomates de l’OTAN.
Les ministres des Affaires étrangères de l’OTAN doivent se rencontrer à Oslo la semaine prochaine, où ils devraient discuter de la forme et du calendrier du nouveau conseil et de l’adhésion future, ainsi que de la nécessité de renforcer l’aide militaire à l’Ukraine alors qu’elle se prépare à son offensive estivale contre la Russie.
Sur un pied d’égalité
Selon ce plan, l’Ukraine serait un membre à part entière du Conseil Ukraine-OTAN, et ne serait plus seulement invitée à participer aux discussions, comme c’est le cas actuellement.
Les Ukrainiens pourraient alors convoquer des réunions quand ils le souhaitent, et il leur serait plus facile de faire directement le point sur la situation sur le champ de bataille, selon deux personnes au fait des discussions.
Cela ouvrirait la porte à un large éventail de nouveaux domaines de coopération qui n’existaient pas auparavant, ont expliqué trois personnes à EURACTIV.
Ceux-ci pourraient inclure davantage de partage de renseignements et de consultations, des exercices conjoints, des investissements dans l’industrie de la défense et des travaux sur l’interopérabilité entre les forces armées de l’Ukraine et celles des États membres de l’OTAN. Cela donnera à Kiev la possibilité de s’aligner sur les communiqués et les normes de l’OTAN.
Par ailleurs, certains États membres de l’Alliance ont souligné que la Russie — l’agresseur de l’Ukraine — dispose d’un conseil conjoint OTAN-Russie, bien que les réunions n’aient plus lieu, alors que leur partenaire, l’Ukraine, n’en dispose pas.
En 2019, l’Ukraine a officiellement adopté un amendement constitutionnel l’engageant à poursuivre son adhésion à l’OTAN.
Mais même si le pays a entrepris plusieurs réformes de son secteur de la sécurité au cours des dernières années, des experts et des diplomates alliés affirment que l’Ukraine doit encore faire davantage pour s’intégrer dans les institutions occidentales.
La création d’un format commun avec Kiev contribuerait à en faire un futur membre, ce qui l’aiderait à se rapprocher le plus possible des normes de l’OTAN pour permettre une transition en douceur le moment venu, selon les diplomates.
L’Ukraine en route vers l’OTAN
Le mois dernier, lors d’une visite surprise à Kiev qui a été perçue comme une importante manifestation de soutien, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré que « la place légitime de l’Ukraine est au sein de l’OTAN ».
Bien que les diplomates de l’OTAN reconnaissent qu’une adhésion accélérée n’est pas envisageable, certains souhaitent mettre officiellement Kiev sur la voie de l’adhésion.
Les membres d’Europe de l’Est les plus optimistes estiment que l’OTAN doit indiquer clairement que « l’Ukraine sera membre de l’Alliance après la guerre », ont déclaré deux diplomates de l’OTAN, appelant à l’élaboration d’une feuille de route ou d’un plan concret pour l’adhésion.
Certains membres de l’OTAN estiment également que la formule du sommet de Bucarest de 2008 — promettre à l’Ukraine, ainsi qu’à la Géorgie, qu’elles adhéreront un jour à l’Alliance — est un message suffisamment clair d’engagement en faveur de leur sécurité.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré qu’il ne participerait pas au sommet de Vilnius si aucun résultat concret n’était attendu, afin de faire monter la pression sur ses alliés militaires occidentaux.
« Chaque semaine, nous ajoutons de la valeur pour l’Ukraine au sommet de l’OTAN à Vilnius, nous faisons tout pour que la décision du sommet nous convienne », a déclaré M. Zelensky lundi (22 mai) à son retour du sommet du G7 au Japon.
En privé, les responsables ukrainiens reconnaissent que l’adhésion à l’OTAN n’est pas imminente, mais ils demandent toujours un geste de la part de l’alliance militaire occidentale.
En amont du sommet, les diplomates de l’OTAN ont souligné que la réunion viserait également à discuter des attentes de l’Ukraine.
« Sur cette question [de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN], les avis divergent au sein de l’Alliance et, bien entendu, la seule façon de prendre des décisions au sein de l’OTAN est le consensus », a déclaré M. Stoltenberg mercredi, ajoutant que « des consultations sont en cours ».
« Personne n’est en mesure de vous dire exactement quelle sera la décision finale du sommet de Vilnius sur cette question », a-t-il déclaré lors d’un événement organisé par le German Marshall Fund à Bruxelles, mais il a ajouté que « tout le monde est d’accord pour que l’Ukraine devienne membre de l’Alliance ».
Toutefois, le secrétaire général et plusieurs autres membres de l’OTAN se sont abstenus de soutenir clairement la demande d’adhésion de Kiev et de l’accepter, contrairement au soutien qu’ils ont immédiatement apporté à la Suède et à la Finlande au printemps dernier. Ils ont plutôt souligné la nécessité de se concentrer sur le soutien militaire à Kiev.
L’une des options permettant d’orienter le processus d’adhésion serait que les membres de l’OTAN évaluent les progrès réalisés par l’Ukraine dans quelques années et qu’ils réévaluent alors sa demande d’adhésion.
Cependant, cette option ne semble pas être soutenue par une majorité de membres de l’Alliance.
À l’origine, les États-Unis et l’Allemagne étaient très prudents tandis que la Hongrie restait fermement opposée en raison de problèmes bilatéraux avec l’Ukraine, et les grandes puissances européennes telles que la France et le Royaume-Uni se sont retrouvées dans une position intermédiaire, selon ce qu’a compris EURACTIV.
Les diplomates de l’OTAN, cependant, affirment que le défi crucial pour le sommet de Vilnius sera de trouver une formule équilibrée pour confirmer la « politique de la porte ouverte » de l’OTAN sans promettre une adhésion rapide.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]