L’UE aide l’Ifremer à décrypter les mystères de l’océan

Les 3900 flotteurs du projet Argo permettent de connaitre l'état de l'océan en temps réel aux quatre coins de la planète

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’UE mise sur le développement durable à la bretonne.

De l’étude des microplanctons toxiques à celle des courants et de la température océanique, les projets Euro Hab et Euro Argo tentent de comprendre les océans. Une mission à laquelle les Britanniques collaborent , mais que le Brexit pourrait compliquer.

Du haut de la pointe du Diable, les 610 salariés de l’Institut français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer (Ifremer) de Plouzané scrutent l’océan Atlantique.

« Étudier l’océan, c’est sans fin, car l’océan recouvre 70% de la planète sur 4 ou 5 kilomètres de profondeurs ». Responsable du projet le projet Argo, Guillaume Maze, océanographe, pilote la partie française d’un programme qui couvre 30 pays et a déjà permis de déployer 3900 flotteurs. Des installations qui analysent en continu la température de l’eau, ainsi que sa salinité aux quatre coins de la planète. « Pour observer un océan, il faut être partout tout le temps », explique le chercheur.

Un flotteur du projet Argo mis à la mer en Espagne. [Angeles Alvarino]

L’autonomie des flotteurs, qui peuvent rester des années en mer en envoyant tous les 10 jours les informations recueillies par satellite, permet d’étudier les océans en toutes circonstances. «  Historiquement, les mesures par bateaux sont biaisées, car davantage effectuées sur les saisons de beau temps et les régions faciles d’accès. Ce n’est pas le cas avec les flotteurs », détaille le chercheur.

Un réchauffement de l’océan avéré

Entre la première expédition océanographique mondiale, en 1872, et aujourd’hui, le réchauffement de l’océan en surface a été de +0,6°C.  Et entre 2006 et 2017 , l’augmentation s’est poursuivie puisque la température a augmenté sous l’eau de +0,3°.

Avec ces nouvelles mesures, « on a pu mettre en évidence le réchauffement des océans », explique Guillaume Maze.  Un suivi fondamental, puisque 93% de la chaleur créée par l’homme est stockée dans l’ensemble des océans. « Aujourd’hui, la question, c’est de savoir si l’océan va continuer à stocker la chaleur en surplus ou pas », questionne le chercheur.

Pour continuer à suivre les évolutions de l’océan, les flotteurs Argo doivent maintenant accéder aux zones les plus reculées : les pôles dont l’accès est compliqué par la glace et les abysses, soit au-delà de 2000 mètres de profondeur.

Des développements qu’il faudra financer, peut-être sans le Royaume-Uni. 12  pays européens contribuent ensemble à Argo au sein d’Euro-Argo. « Cette coordination permet aussi de répondre à certaines questions plus européennes. Et de bénéficier de fonds européens, pour  financer par exemple plus de flotteurs » explique Guillaume Maze.

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Le Brexit, un risque pour les programmes de recherche

Le Brexit pourrait cependant changer la donne :  « On vient de remporter un projet de 4 millions d’euros pour 4 ans auprès de l’Europe qui va démarrer en 2019. Le Royaume-Uni  s’intéresse beaucoup à l’océan, et continuera certainement à financer Argo, mais on ne sait pas encore comment » détaille le chercheur.

« Pour l’instant c’est statu quo. Au moment du vrai Brexit il y aura surement des changements » reconnait Grigor Obolensky qui s’occupe du programme Euro-Argo.

La question de l’avenir de coopération avec le voisin britannique se pose encore davantage dans certains projets d’étude autour de la Manche, comme le projet Euro-Hab, qui utilise les satellites de  l’Agence spatiale européenne pour étudier les microalgues ainsi que les espèces toxiques de microplanctons présents d’une parte et d’autre de la Manche.

« Ce projet est né il y a deux ans d’une idée commune avec une collègue de Plymouth », explique Francis Gohens, responsable pour l’Ifremer d’Euro Hab. Et bénéficie de subvention de l’Europe dans le cadre d’Interreg, le fonds européen dédié aux régions transfrontalières.

« On cherche à comprendre dans quelles situations les algues toxiques ou les microplanctons vont se développer. Car cela a des répercussions des impacts sur la qualité de l’eau,  l’aquaculture la conchyculture, mais aussi le tourisme  ».

La surveillance satellitaire doit permettre d’alerter rapidement de l’apparition et la propagation d’algues nuisibles, et permettre de gérer au mieux aux pêcheurs et conchyculteurs de faire face.

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