L’UE appelle à ne pas abandonner la Syrie dans le contexte de la guerre en Ukraine

Le haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, s’adressant à la presse après la sixième « Conférence de Bruxelles sur le soutien à l’avenir de la Syrie et de la région » au Conseil européen à Bruxelles, Belgique, le 10 mai 2022. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

La crise humanitaire syrienne reste l’une des principales priorités de l’UE, a déclaré Josep Borrell, le haut-représentant de la diplomatie de l’Union, lors de la sixième conférence des donateurs pour ce pays du Moyen-Orient déchiré par la guerre, mardi 10 mai à Bruxelles.

« L’opinion publique mondiale semble ne pas être capable de gérer plus d’une crise à la fois. Aujourd’hui, l’Ukraine fait les gros titres, mais n’abandonnez pas la Syrie », a déclaré M. Borrell aux journalistes après la réunion.

Il a également reconnu « une certaine fatigue » après 11 ans de conflit, « mais cela reste dans nos esprits. »

La Commission européenne s’est engagée à verser 1,56 milliard d’euros à la Syrie pour 2022 et a promis le même montant pour l’année prochaine.

L’UE est réticente à verser des fonds pour la reconstruction du pays tant que le régime de Bashar el-Assad est encore au pouvoir, a déclaré M. Borrell.

« Si vous allez dépenser de l’argent pour reconstruire la Syrie, cela va soutenir le régime syrien. Nous voulons soutenir le peuple syrien », a affirmé le diplomate en chef de l’UE, précisant qu’une reconstruction soutenue par les fonds de l’UE aura lieu lorsqu’une « transition politique véritable et complète en Syrie sera en cours ».

Si l’UE ne considère pas actuellement la « normalisation » des relations avec M. Assad comme possible, M. Borrell n’a pas exclu une telle possibilité à l’avenir, si le président syrien crée les conditions d’un tel dialogue.

« Nous n’assouplirons pas nos sanctions pour maintenir la pression sur le régime d’Assad ni ne normaliserons les relations avant que les gens puissent rentrer chez eux en toute sécurité », a-t-il déclaré.

Lors de la conférence de mardi, M. Borrell a réaffirmé le soutien de l’UE à la résolution 2254 de l’ONU sur la Syrie, approuvée en 2015, où la communauté internationale a demandé un cessez-le-feu et la négociation d’une solution politique qui respecte la souveraineté du pays.

La Russie exclue

Bien qu’étant un acteur crucial en Syrie, la Russie a été exclue de la réunion des donateurs internationaux pour la région.

« Nous invitons les partenaires qui ont un intérêt véritable et réel à contribuer à la paix dans le monde », a expliqué M. Borrell.

Avec l’exclusion de la Russie, a-t-il ajouté, l’UE « envoie un message clair de rejet de l’agression militaire russe contre l’Ukraine. »

Pour la première fois, la conférence n’a pas été co-organisée par les Nations unies, en raison du siège permanent de la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU.

Mardi, le principal département de renseignement du ministère ukrainien de la Défense a accusé les troupes russes de transporter des récoltes volées en Ukraine vers le territoire russe, vers la Crimée et vers des cargos en Méditerranée, d’où elles seront très probablement transportées vers la Syrie.

« Nous avons entendu ces informations également, nous ne les avons pas confirmées, mais je ne serais pas surprise si c’est ce qui se passe », a déclaré l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, à des journalistes à Bruxelles.

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Crise humanitaire

À l’heure actuelle, 90 % des Syriens vivent dans la pauvreté et 60 % souffrent d’insécurité alimentaire, aggravée par la guerre en Ukraine en raison de la flambée des prix et des complications liées aux importations alimentaires.

Selon les données de l’ONU, 14,6 millions de Syriens ont besoin d’une aide humanitaire, tandis que jusqu’à 20 millions de personnes dans la région environnante sont dans le besoin en raison de la crise syrienne.

Les pays voisins — le Liban, la Turquie, la Jordanie et l’Irak — ont appelé la communauté internationale à renforcer les fonds humanitaires, car ils ont de plus en plus de mal à couvrir les besoins des réfugiés.

Parallèlement, le Liban et la Turquie font également pression pour augmenter les retours volontaires afin d’alléger la charge qui pèse sur leur économie et leur société.

La semaine dernière, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a dévoilé un plan pour le retour volontaire d’environ un million de réfugiés syriens dans leur pays.

S’adressant à la conférence, le ministre libanais des Affaires étrangères Abdallah Bou Habib a déclaré que « la situation économique et sécuritaire en Syrie est bien meilleure qu’au Liban » et a suggéré d’augmenter « l’aide aux Syriens en Syrie. »

Le Liban accueille 1,5 million de Syriens et près d’un demi-million de Palestiniens, qui représentent un tiers de la population.

« Par le passé, le Liban a pu négocier le retour de centaines de milliers de Syriens dans leur pays pour les voir revenir au Liban afin de recevoir des allocations mensuelles de la part des organisations donatrices », a déclaré M. Bou Habib, ajoutant que « les transferts de fonds sont une grande source de devises pour le régime syrien. »

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