L’UMPEO, une unité sanitaire mobile unique en Europe

L'unité mobile dans la ville navarraise d'Oronoz-Mugaire, dans la vallée du Baztan (Navarre, Espagne). [EFE/Villar López]

Une unité sanitaire mobile, unique en Europe, parcourt actuellement différentes localités de France, d’Espagne et d’Andorre dans le cadre du projet EGALURG, un réseau transpyrénéen pour les urgences et les catastrophes qui vise à améliorer la collaboration dans ce domaine entre les territoires situés des deux côtés de la chaîne de montagnes. Un article d’Euroefe.

EGALURG, qui est développé dans le cadre du programme européen Interreg V-A Espagne-France-Andorre (POCTEFA), a officiellement démarré en novembre dernier et doit se dérouler sur 30 mois au total.

Son objectif est d’améliorer les protocoles d’action en matière de santé et d’urgences le long des 656 kilomètres de frontière délimités par la chaîne de montagnes des Pyrénées. Le projet implique les régions françaises d’Aquitaine et d’Occitanie, la Principauté d’Andorre et les communautés autonomes espagnoles de Catalogne, d’Aragon et de Navarre.

Il s’agit d’un réseau de coopération transfrontalière destiné à promouvoir l’équité en matière de soins médicaux d’urgence ou de catastrophe, en surmontant les obstacles juridiques et en mettant l’accent sur la formation spécialisée dans les urgences et le développement de l’innovation et de la technologie.

Une unité mobile polyvalente unique en Europe

Dans le cadre d’EGALURG, le CHU de Toulouse a construit l’UMPEO (Unité mobile polyvalente Europe Occitanie), une installation conçue pour accueillir des cabines de soins intensifs (8 en urgence absolue et 10 en urgence relative) au sein de cinq cellules entièrement équipées. Une fois déployée, l’unité occupe une surface maximale de 66 mètres carrés et mesure 12 mètres de long.

Sa rapidité de déploiement fait de l’UMPEO une unité mobile unique en Europe, car il ne lui faut que 20 à 45 minutes pour être opérationnelle. En tant qu’unité de soins de soutien à un hôpital, elle est en mesure de prendre en charge 18 patients.

Afin de pouvoir utiliser l’unité mobile, une équipe de professionnels de la sous-direction des urgences du Service de santé de Navarre-Osasunbidea (SNS-O) et de Navarrabiomed s’est rendue à Toulouse les 11 et 12 janvier afin de suivre une formation technique sur le déploiement et le maniement de l’installation.

Ensuite, les professionnels de la gestion des soins primaires du SNS-O et de Navarrabiomed ont coordonné le déplacement de l’installation dans divers lieux de la communauté autonome de Navarre pendant les mois de janvier et février.

Auparavant, l’hôpital mobile a été utilisé en France dans certaines zones isolées de la Haute-Garonne pour réaliser des tests PCR de masse. Il a également été installé dans la ville de Bayonne pour renforcer le service des urgences du Centre hospitalier de la Côte basque, débordé par la pandémie.

Dans les prochains mois, il devrait également être mis à la disposition du service médical d’urgence de Catalogne et du service de santé d’Aragon.

Un support pour la vaccination contre le covid-19

Bien qu’il ait été conçu pour être utilisé dans la zone transfrontalière lors de grands événements engendrant un afflux massif de personnes, ou en réponse à des urgences ou à des catastrophes, sa construction a été accélérée et adaptée pour faire face à la pandémie actuelle.

À l’origine, selon Diego Reyero, le médecin de l’unité mobile de soins intensifs et chef de la section des urgences et du transport sanitaire du SNS-O, cette unité devait être utilisée en Navarre lors d’événements tels que les Sanfermines (fêtes de saint Firmin), qui « sont des événements avec beaucoup de monde, où les structures de soins peuvent être débordées ».

« Le concept de cette unité mobile est celui d’un hôpital très polyvalent. Il est conçu pour les accidents faisant de nombreuses victimes », l’idée étant de pouvoir effectuer un transfert rapide de l’unité sur le lieu de l’accident, explique Diego Reyero.

De cette façon, poursuit-il, « vous pouvez avoir un box d’urgence complet, avec moniteur, respirateur, ultrasons. Il possède un système d’éclairage autonome et un système de communication. C’est un hôpital miniature, qui peut être déplacé et installé en peu de temps. Nous avons été agréablement surpris ».

Cependant, en raison de la pandémie, son activité a été principalement axée sur la vaccination contre le Covid-19, avant tout dans les zones rurales.

L’hôpital mobile a été conçu pour être utilisé lors de grands événements engendrant un afflux massif de personnes, ou en réponse à des urgences ou à des catastrophes, mais sa construction a été accélérée et adaptée pour faire face à la pandémie actuelle. [EFE/Villar López]

Concrètement, en Navarre, l’objectif de l’unité est de venir en renfort pour vacciner les personnes dépendantes, les travailleurs sociaux et sanitaires, les professionnels des services de soins à domicile et le personnel de soins primaires dans les zones rurales, comme Alsasua-Etxarri, Irurtzun, Oronoz-Mugaire, Sangüesa, Carcastillo, Peralta, Lodosa, Los Arcos et Estella.

Dans chaque municipalité, l’unité mobile fait office de lieu de vaccination de référence, elle évite aux gens de devoir se rendre dans les centres de santé ou de s’y entasser, ce qui permet de limiter les éventuels risques de contagion et d’accélérer le processus de vaccination.

Au service des personnes âgées et dépendantes

Diego Reyero souligne que l’unité mobile permet « d’apporter la vaccination en certains lieux de Navarre. Les gens n’ont plus à parcourir des kilomètres pour se faire vacciner, en particulier les personnes âgées et dépendantes ».

« Cela nous convient très bien, car ces personnes à charge n’ont pas à parcourir de longues distances. En outre, nous réussissons à ne pas interférer avec les activités de soins des centres de santé », ajoute le médecin, qui précise que l’unité mobile vaccine entre 170 et 300 personnes par jour.

Troisièmement, relève-t-il, l’unité mobile « nous donne de la visibilité, ainsi les gens se rendent compte que, lorsque les vaccins arriveront à un rythme différent, il n’y aura pas lieu de douter. Il est clair que le début de la sortie de cette pandémie passe par la vaccination de masse ».

Diego Reyero assure que la Navarre dispose d’une « énorme » capacité de vacciner, mais « pour l’heure, le monde entier doit faire face à des limitations liées à l’arrivée de plus ou moins de doses de vaccins. Lorsque davantage de doses arriveront, les gens peuvent être assurés que nous serons en mesure de fournir des milliers de vaccins supplémentaires ».

« C’est très bien qu’ils se souviennent de la zone rurale »

Dans la localité navarraise d’Oronoz-Mugaire, une habitante du village qui a reçu sa deuxième dose de vaccin au sein de l’unité mobile, exprime sa satisfaction d’avoir pu se faire vacciner sans avoir à se déplacer à Pampelune. L’UMPEO, dit-elle, facilite la vaccination de nombreuses personnes car aller à Pampelune fait perdre beaucoup de temps, ne serait-ce que pour le trajet. « C’est très bien qu’ils se souviennent aussi de la zone rurale ».

Juanita Oteiza Maisterrena, une habitante de la ville navarraise d’Oronoz-Mugaire, a été vaccinée dans l’unité sanitaire mobile. [EFE/Villar López]

Cette habitante reconnaît qu’elle se sent plus en sécurité après avoir reçu la deuxième dose, car, « chez nous, c’est un environnement un peu délicat, j’ai un fils qui est très dépendant, alors on a toujours un peu plus peur » face à cette pandémie.

La coopération transfrontalière, une expérience réussie

Le chef de la section des urgences et du transport sanitaire du SNS-O assure que la coopération avec la France dans ce domaine « est très bonne ». En Navarre, la collaboration transfrontalière ne date pas d’hier et à l’heure actuelle, « nous développons une base de données européenne de patients souffrant de traumatismes graves et nous collaborons également à une simulation clinique de patients souffrant de traumatismes ».

Il existe aussi une approche conjointe pour que, si quelque chose se produit lors d’événements tels que les Sanfermines, « une collaboration entre les communautés limitrophes s’établisse » pour procéder par exemple à la prise en charge d’un accident qui ferait de multiples victimes.

Diego Reyero valorise ce type de collaboration : « En matière de santé, il est clair qu’il est toujours enrichissant d’aller voir comment ça se passe ailleurs ; cela permet aux gens de rester à jour en termes de formation ».

« Ce sont des projets qui vous obligent à continuer à étudier chaque jour et à offrir la meilleure version des professionnels de santé, afin que le pronostic des pathologies pour lesquelles le temps est déterminant s’améliore sans cesse. Nous sommes au service des citoyens. Ils ne nous choisissent pas, mais nous choisissons cette profession et nous devons toujours être à jour », souligne-t-il.

Tomás Belzunegui, directeur scientifique du projet EGALURG, reconnaît pour sa part que dépasser les frontières « n’est pas facile, car il existe des obstacles bureaucratiques, juridiques et administratifs considérables. »

Mais « nous travaillons aussi à surmonter les obstacles. Les urgences ne connaissent pas de frontières et c’est ainsi que nous devons le comprendre » ajoute-t-il.

Une répartition des tâches bien définie

Le budget total pour la réalisation d’EGALURG s’élève à 2 343 192 euros, dont 1 523 075 (65%) ont été cofinancés par le Fonds européen de développement régional (FEDER), par le biais du programme POCTEFA 2014-2020.

Les régions participant à EGALURG ont clairement défini la répartition des tâches à effectuer pour atteindre les objectifs fixés. Ainsi, la gestion et la coordination du projet, tout comme la recherche, le développement et l’innovation technologique incombent au Centre hospitalier universitaire de Toulouse, alors que la communication est assurée par Navarrabiomed, par le biais de sa Fondation Miguel Servet.

Le Centre Hospitalier de la Côte Basque (France) est responsable du plan de prévention des catastrophes et de la gestion des événements majeurs. Son objectif est de concevoir un protocole commun pour les grands rassemblements et de rédiger un document de recommandations.

La coopération transfrontalière en matière de traumatologie et de médecine de catastrophe, ainsi que la formation, relèvent du Service médical d’urgence de Catalogne.

« L’expérience de la coopération est bonne, nous avons un autre projet sur les accidents vasculaires cérébraux et encore un autre sur la fragilité ; les projets POCTEFA émergent continuellement et favorisent la collaboration entre les partenaires, principalement les hôpitaux français et espagnols », conclut Tomás Belzunegui.

Supporter

Measure co-financed by the European Union

Ce projet a été financé avec le soutien de la Commission européenne. La présente publication [communication] reflète uniquement l’avis de l’auteur et la Commission ne peut être tenue responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations qu’elle contient.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer