Macron appelle à surmonter le «malentendu» avec l’Italie

Emmanuel Macron a appelé, dans une interview à une chaîne de télévision italienne, à « aller au-delà » des « péripéties » et à surmonter le « malentendu » qui s’est fait jour selon lui entre Paris et Rome.

Depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition formée par le Mouvement 5 étoiles (anti-système) et la Lega (extrême droite) en juin 2018, les relations entre Paris et Rome se sont crispées notamment autour des questions migratoires et plus récemment autour de la crise des gilets jaunes.

Ces tensions ont atteint leur paroxysme début février lorsque Paris a rappelé pour une semaine l’ambassadeur de France à Rome pour protester contre des déclarations jugées « outrancières » et une « ingérence ».

« Il y a un malentendu qui s’est installé, les péripéties les plus récentes ne sont à mes yeux pas graves et il faut passer au-delà », a estimé Emmanuel Macron dans l’émission « Che tempo che fa » sur Rai Uno.

« Il y a eu des propos excessifs. Il y a des péripéties aujourd’hui. Moi, je pense que ce que nous devons à nos peuples, à notre histoire et à l’Europe, c’est d’aller au-delà », a-t-il souligné. « C’est aussi pour cela que nous nous sommes parlé et que j’ai voulu inviter le président italien [Sergio Mattarella] à venir. »

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La secrétaire d’État italienne à la Culture, Lucia Borgonzoni (Lega), avait déclenché une polémique en semblant remettre en question en novembre 2018 un accord prévoyant que l’Italie prête à la France ses tableaux de Léonard de Vinci pour une grande exposition prévue au Louvre à l’automne. Elle avait notamment fait un parallèle malheureux entre les œuvres que certains pays d’Afrique réclament à la France, qui s’en est approprié durant la période coloniale, et les tableaux de de Vinci qui sont dans l’Hexagone.

Elle a depuis expliqué que le précédent gouvernement italien n’avait en fait signé aucun accord formel, se contentant d’échanges de courriers avec la France. « Nous devons comprendre ce que veut donner la France à l’Italie » et « la discussion doit avoir lieu au niveau des musées, pas des ministres », avait-elle spécifié.

Le 2 mai prochain, « nous serons pour les 500 ans de Léonard de Vinci au Clos Lucé, à Amboise et à Chambord avec la jeunesse française et italienne, pour parler avenir et Europe », a ajouté le chef de l’État français.

À moins de trois mois des élections européennes, Emmanuel Macron a également estimé que l’Europe ne pouvait pas « avancer » si l’Italie n’en faisait pas partie. « Pour moi le dialogue avec l’Italie, le dialogue avec Rome est absolument essentiel », a-t-il dit.

À l’exception d’une question sur la liaison ferroviaire Lyon-Turin – dont il a souligné l’importance -, le président français s’est gardé d’évoquer les sujets qui fâchent comme le soutien des dirigeants populistes italiens au mouvement de protestation des gilets jaunes ou la fusion entre les Chantiers de l’Atlantique (ex-STX France) et Fincantieri.

Il a en revanche longuement parlé de son amour pour l’Italie, de ses voyages, de ses lectures, de Naples… « Il y a tant et tant de Français qui aiment l’Italie et d’Italiens qui aiment la France et les Français. Mais du coup, on a presque oublié qu’il fallait continuer à apprendre à se comprendre », a-t-il expliqué.

« Je ne sous-estime aucune des difficultés du quotidien et des impatiences, mais je crois qu’entre nos pays, il y a toujours eu et il y a du cœur, c’est-à-dire de l’amitié, de l’amour », a-t-il ajouté dans un message final face à la caméra.

En Italie, l’interview a provoqué la polémique avant même sa diffusion: Emmanuel Macron a choisi de répondre à Fabio Fazio, l’une des bêtes noire du vice-Premier ministre Matteo Salvini (extrême droite) et des souverainistes qui le considèrent comme l’archétype du journaliste « bobo ».

Pendant l’entretien, le président français a aussi cité l’écrivain Roberto Saviano, l’un des critiques les plus virulents de Matteo Salvini, et fustigé « la simplification du message de certains nationalistes ». « Aucun pays, aucun en Europe, ni l’Italie, ni la France, ne règlera les problèmes qui sont les siens en s’opposant aux autres pays européens et en se repliant juste sur le plan national », a-t-il insisté.

Il a aussi estimé que l’Europe était comme « sur un volcan »: « Il y a des gens qui pensent qu’on peut continuer comme des somnambules, comme si de rien n’était, ils seront ensevelis. Moi, j’ai la conscience du tragique […]. Nous avons besoin d’une vraie pensée philosophique complexe et de réinspirer nos peuples ».

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