Macron sera-t-il l’artisan de la transition énergétique ?

Emmanuel Macron et la ministre de l'Écologie et du Développement durable, Ségolène Royal [@EPA/PHILIPPE WOJAZER / POOL MAXPPP OUT]

Comme sur bien d’autres sujets, Emmanuel Macron n’était ni le plus écolo, ni le plus « nucléocrate » des candidats mais les partisans de la transition énergétique misent sur son pragmatisme pour la mettre en œuvre. Un article de notre partenaire La Tribune.

« Il y a tout ce qu’il faut dans la loi pour que ce président soit celui de la transition énergétique, affirme Corinne Lepage. Pour lui qui est très pragmatique, ce qui importe d’abord, c’est de savoir combien coûtent et rapportent les différentes solutions – en matière de mix énergétique », ajoute-t-elle.

Sur certains sujets, Emmanuel Macron se montre volontiers ambitieux. Il manifeste ainsi une réelle volonté de massifier la rénovation énergétique des bâtiments, notamment des logements, un projet qui permet de cocher toutes les cases : maîtrise de la consommation d’énergie, baisse des émissions de CO2, lutte contre la précarité énergétique et création d’emplois. Cette ambition inspire confiance à Géraud Guibert (La Fabrique écologique) : « Je pense qu’Emmanuel Macron est preneur d’un paquet bien ficelé ».

L’écologie peine à trouver sa place dans la politique française

À quelques heures du débat Macron – Le Pen, la rédaction du Journal de l’Environnement a rencontré deux experts pour évaluer la place de l’écologie au premier tour et envisager son avenir dès le 8 mai. Économiste de l’environnement, Alain Grandjean a animé plusieurs réflexions collectives sur la transition énergétique et son financement. Magistrat, Géraud Guibert est aussi le créateur de la Fabrique écologique, l’un des rares think tanks transpartisans dédiés à l’environnement.

Pour Yves Marignac (négaWatt), « tout va dépendre de l’équilibre qui va se faire entre une approche qui continue à ne pas placer la transition énergétique au cœur d’un programme économique et industriel, et un pragmatisme économique qui le rend capable d’en saisir tout l’intérêt, et les opportunités ».

Tout en affirmant qu’aujourd’hui, le nucléaire est ce qui lui « permet, à structure productive constante, de fournir l’électricité la plus décarbonée », Emmanuel Macron s’est engagé à lancer dès le début du quinquennat tous les appels d’offres permettant d’industrialiser et de massifier les énergies renouvelables. Mais aussi à amener la part du nucléaire dans le mix électrique à 50 % en 2025, une promesse renouvelée le 5 mai face à Mediapart, alors même, reconnaît-il, que « personne ne sait dire concrètement comment y parvenir ».

Tout en s’inscrivant dans la loi de transition énergétique, il se refuse à dessiner une vision globale à moyen et à long terme. Pas question, comme il l’a répété à Mediapart, de viser une France 100 % renouvelables en 2050.

« Ce cap-là serait désespérant pour les salariés du secteur, a-t-il affirmé. 2025, c’est un cap que je peux tenir scientifiquement, politiquement et socialement ».

Au-delà, « je ne sais pas si la nouvelle génération [de nucléaire] qu’on est en train de faire n’aura pas de sens. » Or, c’est précisément en anticipant ces transformations afin de former ces mêmes salariés qu’on pourra éviter que le secteur de l’énergie connaisse le même sort que celui de la sidérurgie. Ses anciens bastions, les plus durement frappés par le chômage, ont massivement voté en faveur de Marine Le Pen le 7 mai. Ce manque d’anticipation a déjà contraint le gouvernement précédent à renoncer à fermer les centrales à charbon, faute de solution de reconversion des 400 salariés concernés. Tout comme l’absence de stratégie industrielle post-fermeture a nourri l’opposition des salariés de Fessenheim.

Écologie: les loupés de la campagne présidentielle

Jamais les candidats à la magistrature suprême n’avaient autant truffé leur programme d’environnement. Ce qui ne veut pas dire qu’ils aient bien compris de quoi il s’agissait. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Quel ministère pour l’Énergie ?

Pourtant, les opportunités industrielles ne manquent pas pour l’opérateur historique : expertise en démantèlement nucléaire, développement des énergies renouvelables, services de maîtrise de la consommation et exploitation des réseaux qui, sur fond de décentralisation de la production d’énergie, sont les vrais actifs stratégiques de demain…

Le positionnement de l’énergie dans le prochain gouvernement pourrait également jouer un rôle déterminant dans la mise en œuvre de la transition. Observant que dans son programme celle-ci est traitée sous un angle industriel, ses partisans redoutent qu’elle ne réintègre le ministère de l’Économie, arguant que cette situation se traduit systématiquement par la main mise d’industriels aveuglés par des objectifs de court terme et rétifs à tout changement.

Huit ONG ont ainsi réclamé dans une lettre ouverte dès le 9 mai la création d’un grand ministère de l’Environnement au périmètre élargi, avec à sa tête un ministre d’État, numéro deux dans l’ordre protocolaire.

Géraud Guibert, président de la Fabrique écologique, suggère quant à lui de créer deux ministères, l’un chargé du mix énergétique, des transports et du logement, l’autre des sujets relevant plutôt de l’environnement et la nature (biodiversité, santé environnementale, etc.). Réponse à cette première question, qui pourrait en déterminer bien d’autres, dans les prochaines semaines…