Malte met un coup de projecteur sur les droits LGBTI dans l’UE

Helena Dalli, ministre maltaise des Libertés civiles, lors de la conférence du 23 février. [Facebook live feed]

La ministre maltaise des Libertés civiles a donné le coup d’envoi d’une conférence sur les droits de la communauté LGBTI dans l’UE. Elle invite la classe politique à « faire évoluer l’opinion publique, et non à se laisser diriger par celle-ci ».

Le 23 février, Helena Dalli s’est exprimée à Malte lors d’une conférence ministérielle de haut niveau sur les droits de la communauté LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, intersexués), dans le cadre de la présidence maltaise de l’Union européenne.

À cette occasion, elle a cité son propre État, une île méditerranéenne de 500 000 habitants à l’idéologie socialement conservatrice, comme exemple d’un pays en passe de rattraper son retard en matière de droits sexuels et d’égalité des genres.

S’adressant aux spectateurs de la conférence à La Valette, elle a reconnu que Malte et d’autres États étaient perçus comme « pas encore mûrs pour progresser », mais qu’ils pourraient « évoluer très rapidement ». « Les hommes politiques sont là pour faire évoluer l’opinion publique, et non pour se laisser guider par celle-ci », a-t-elle précisé.

>> Lire : Malte promet une présidence forte sur les libertés civiles

Malte est connue pour être le seul État membre de l’UE à interdire complètement l’avortement, même si l’Irlande et la Pologne appliquent également de sévères restrictions.

Cependant, Helena Dalli a souligné trois mesures libérales récemment prises par le pays. Tout d’abord, le vote d’avril 2014 pour légaliser l’union civile.  Cette législation doit maintenant être mise à jour pour autoriser le mariage gay. En deuxième lieu, les toilettes des bâtiments gouvernementaux sont neutres depuis septembre 2016. Enfin, Malte a annoncé au moment de la conférence vouloir éliminer la classification « binaire des sexes » sur les cartes d’identité et les passeports.

Parmi les autres intervenants de la conférence figuraient Tiina Astola, directrice générale de la DG justice et consommateurs de la Commission européenne, Michael O’Flaherty, directeur de l’Agence européenne des droits fondamentaux, et Ulrike Lunacek, vice-président du Parlement européen.

Ils ont mentionné le résultat d’un sondage réalisé auprès de 93 000 personnes issues de la communauté LGBT au sein de l’UE. Il en ressort que 47 % d’entre elles ont été victimes de discrimination au cours des 12 derniers mois. 90 % des victimes disent ne pas avoir dénoncé ces discriminations à la police ou aux autorités. Près de 66 % déclarent avoir évité de se tenir la main en public, et 80 % rapportent avoir entendu des plaisanteries visant la communauté LGBTI. Enfin, 20 % des sondés affirment avoir été discriminés sur leur lieu de travail ou dans leur recherche d’un nouvel emploi.

>> Lire : « Les pays européens perdent du terrain sur les droits LGBT »

L’Association internationale lesbienne et gay (ILGA) a exigé une plus grande implication de l’UE sur ces questions. « La Commission européenne a établi une liste d’actions à entreprendre en faveur d’une plus grande égalité pour la communauté LGBTIQ en Europe. C’est un bon point de départ, mais pour qu’un réel progrès soit observé sur le terrain pour la communauté LGBTIQ et leurs familles, l’UE doit se montrer davantage déterminée dans son rôle de leader », a déclaré Katrin Hugendubel, directrice du plaidoyer d’ILGA-Europe, lors de la conférence.

Un autre membre de l’association, Brian Sheehan, co-président de l’événement, a affirmé qu’il existait une « majorité silencieuse » en faveur d’une plus grande intégration pour la communauté LGBTI au sein de l’UE. « Pour l’UE, il est évident que la ‘majorité silencieuse’ soutient fermement les progrès réalisés pour une meilleure intégration des personnes LGBTI. Notre défi collectif consiste à donner une voix à cette majorité dans une atmosphère de menace grandissante contre les progrès réalisés en matière de droits », a-t-il indiqué lors de la conférence.

Helena Dalli a cependant averti que l’UE ne pourrait pas résoudre tous les problèmes seule. Elle a mis le doigt sur un problème précis en demandant: « Comment pouvons-nous garantir qu’Internet ne devienne pas un outil de propagation de discours haineux? »

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