Marine Le Pen et Gilbert Collard jugés pour la diffusion de photos d’exactions de l’État islamique

Marine Le Pen et Gilbert Collard, députés du Rassemblement National, lors de la session hebdomadaire des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale. [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

La présidente du Rassemblement national et l’eurodéputé RN comparaissent ce mercredi 10 février 2021 devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour « diffusion », sur les réseaux sociaux, « de messages à caractère violent ou portant gravement atteinte à la dignité humaine, susceptibles d’être vus par un mineur ».

Ils vont s’expliquer devant la justice cinq ans après les faits. Marine Le Pen et Gilbert Collard sont jugés ce mercredi 10 février 2021 pour diffusion sur les réseaux sociaux, en décembre 2015 de photos d’exactions de l’État islamique (EI ou Daech). Le procès, renvoyé une première fois en 2019 à la demande de la défense, a été reporté de nouveau l’an dernier en raison de la crise sanitaire.

La présidente du Rassemblement national et l’eurodéputé RN sont poursuivis pour « diffusion de messages à caractère violent ou portant gravement atteinte à la dignité humaine, susceptibles d’être vus par un mineur ». Une infraction passible de trois ans de prison et 75 000 € d’amende.

Des photos sur Twitter et Facebook

En réponse au journaliste Jean-Jacques Bourdin qu’elle accusait d’avoir fait un parallèle entre l’EI et son mouvement politique, Marine Le Pen avait relayé sur Twitter trois photos : l’une montrant un soldat syrien écrasé par un char, une deuxième un pilote jordanien brûlé vif et enfin le corps décapité du journaliste américain James Foley. Des clichés accompagnés du commentaire : « Daech, c’est ça ! » Dans la foulée Gilbert Collard avait diffusé sur Twitter et Facebook la photo d’un homme exécuté, gisant au sol. « Bourdin compare le FN à Daech : le poids des mots et le choc des bobos », a-t-il écrit aussi.

Jean-Jacques Bourdin avait déclaré le 16 décembre 2015, lors d’une émission avec le politologue Gilles Kepel, spécialiste du monde arabe : « Je voudrais revenir sur les liens… euh… entre Daech et le Front… enfin les liens, pas les liens directs entre Daech et le Front national, mais ce repli identitaire, qui finalement est une communauté…. d’esprit, parce que l’idée pour Daech c’est de pousser la société française au repli identitaire. »

Tollé après les attentats du 13 novembre 2015

La publication des images d’exactions du groupe djihadiste État islamique avait déclenché une importante polémique, quelques semaines après les attentats meurtriers du 13 novembre à Paris et Saint-Denis. Le parquet de Nanterre avait lancé des procédures, après un signalement du ministre de l’Intérieur. Après trois ans d’instruction, les deux élus ont été renvoyés devant le tribunal.

Marine Le Pen et Gilbert Collard seront présents à l’audience au tribunal judiciaire de Nanterre ce mercredi, selon leurs avocats qui plaideront « naturellement » la relaxe. Attaquant une procédure « qui ne repose sur aucun fondement juridique sérieux », souligne Me Jean-Marc Descoubes, conseil de l’eurodéputé. Il pointe un « procès politique », rappelant le « contexte alors tendu à un an de l’élection présidentielle. »

« Liberté d’expression », plaide l’avocat de Marine Le Pen

Me David Dassa-Le Deist, avocat de Marine Le Pen, appuie aussi sur le contexte : « La publication de ces trois photos, d’ailleurs en accès libre à ce moment-là sur les moteurs de recherche, c’était pour montrer la barbarie d’une organisation terroriste. Et dire qu’on ne peut pas raisonnablement la comparer à un parti politique. »

Pour lui, la présidente du RN « a seulement répondu à une provocation ». L’accusation, dit-il, « est allée chercher un texte éminemment important, fait pour protéger l’intégrité morale des mineures contre des personnes dangereuses ou des pervers, afin d’en faire un moyen de censure de la liberté d’expression de Mme Le Pen. C’est ça, ce dossier ».

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