Mise en garde des experts : les initiatives d’autonomisation des villes risquent d’être des « exercices sur papier »

Les outils participatifs tels que les consultations et la prise de décision partagée entre les citoyens et les gouvernements municipaux sur les budgets des villes sont considérés comme un moyen de responsabiliser les citoyens aux enjeux locaux. [Shutterstock/TZIDO SUN]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Le budget participatif : effet d’annonce ou panacée démocratique ?.

Les projets visant à donner du pouvoir aux habitants des villes de l’UE risquent de se limiter à un exercice de remplissage de cases, à moins que les dirigeants municipaux ne parviennent à convaincre autant de leurs concitoyens que possible de participer.

Les dirigeants des villes européennes partagent le pouvoir avec leurs citoyens afin de renforcer la confiance de ces derniers dans les administrations locales par le biais d’une série d’initiatives collaboratives et citoyennes.

« Je pense que pour maintenir la confiance dans la démocratie représentative, nous devons la faire évoluer, notamment au niveau local, vers une démocratie participative et directe », a déclaré le maire de Zagreb, Tomislav Tomašević, lors du Forum de Budapest en septembre.

Les outils participatifs tels que les consultations et la prise de décision partagée entre les citoyens et les gouvernements municipaux sur les budgets des villes sont considérés comme un moyen de responsabiliser les citoyens aux enjeux locaux.

Cependant, les processus participatifs en tant que « question de partage du pouvoir » ne fonctionneront que s’il existe une volonté politique d’aller au-delà du « remplissage de cases ». C’est ce qu’affirme Anna Lisa Boni, secrétaire générale d’Eurocities, un réseau de grandes villes européennes.

Certains se sont même demandé si ces outils renforçaient vraiment la démocratie locale.

Selon Rebecca Rumbul, responsable de la recherche chez mySociety, une organisation à but non lucratif travaillant sur l’engagement civique, ces initiatives se révèlent souvent n’être que des « exercices sur papier », sans participation réelle et égale.

« Je pense que les exercices participatifs, les consultations, et ce genre de choses sont souvent utilisés dans l’unique but de légitimer le processus », a-t-elle confié.

Heli Rantanen, responsable du développement de la participation numérique à l’administration d’Helsinki, ne partage pas cet avis. « Ce n’est pas le cas du budget participatif », dit-elle.

La capitale finlandaise a mis en place un processus de budgétisation participative de deux ans appelé OmaStadi. Mme Rantanen affirme que les consultations permettent aux citoyens de donner leur avis sur les projets prévus, et le budget participatif leur permet de dire comment le budget municipal devrait être utilisé.

« La ville est obligée de concrétiser les résultats, il n’y a aucun doute là-dessus », a-t-elle déclaré.

Toutefois, Mme Rantanen a reconnu que tous les citoyens ne prennent pas part de manière égale à cet exercice participatif. L’évaluation de la ville de 2020 a souligné la sous-représentation des groupes minoritaires comme, par exemple, les immigrants, qui rencontrent souvent des barrières linguistiques et culturelles.

La ville a déclaré qu’elle coopérait désormais avec des ONG locales afin de combler ce fossé et d’atteindre les communautés marginalisées pour y remédier. L’administration a également découvert que les personnes qui ne faisaient pas confiance à l’administration locale dans leur pays d’origine étaient moins susceptibles de participer lorsqu’elles devenaient résidentes en Finlande.

Cependant, le manque de confiance n’est pas la seule cause des faibles taux de participation des citoyens. Un rapport de 2015 a montré que 41 % des Européens n’étaient pas du tout intéressés par les initiatives de citoyenneté active.

De plus, les personnes les plus aisées sont deux fois plus susceptibles de s’engager que les personnes moins aisées sur le plan financier, de même que les plus instruits ne participent pas en raison de contraintes de temps, tandis que les moins instruits évitent de le faire par manque d’intérêt.

« Lorsque l’on ne pense qu’à survivre, à avoir une maison, à sa santé, on ne peut évidemment pas participer. Comment pouvons-nous espérer que ces personnes participent dans ces conditions  ?», a déclaré Laura Pérez, adjointe au maire de Barcelone, lors du Forum de Budapest en septembre.

La proximité des citoyens avec les propositions de projet peut également jouer un rôle. Dans ses recherches, Mme Rumbul a constaté que les habitants sont plus intéressés par le bon fonctionnement des services locaux que par le fait de participer à des consultations sur des projets qui n’affectent pas directement leur vie quotidienne.

« Plus on s’éloigne de son lieu de vie, plus cela nous semble trop lointain pour s’en soucier », a-t-elle déclaré.

Un phénomène similaire semble se produire à Helsinki, où les responsables ont remarqué que 12 % des participants qui ont commencé à voter sur des propositions ont abandonné à mi-chemin.

Les citoyens participant au vote en ligne sur les propositions de développement urbain ont abandonné lorsqu’ils sont arrivés à des idées qui concernaient la ville entière.

« Il y a sept districts, vous en choisissez une, et après cela, vous pouvez voter pour les propositions qui sont faites pour l’ensemble de la ville d’Helsinki. Et c’est là que le bât blesse. » C’est ce qu’a déclaré Johanna Seppälä, chef de l’unité pour la participation et l’information des citoyens à Helsinki

« C’est un point commun à tous les processus participatifs », a confié Mme Rantanen à EURACTIV. « Les gens ne veulent pas simplement participer, juste pour le plaisir, mais seulement et surtout lorsque cela les affecte, eux et leur quartier. »

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